L'ÉVOLUTION DE LA CABANE CAMARGUAISE AU XXe SIÈCLE D'APRÈS DES CARTES POSTALES ET PHOTOS ANCIENNES Christian Lassure IV - LES CABANES DU DEUXIÈME MAS DU SIMBÈU AUX SAINTES-MARIES-DE-LA-MER DOCUMENT No 1 Sur cette carte-photo des années 1950-1960 (bords dentelés), on voit les absides de deux cabanes, une grande (à droite), une petite (à gauche), disposées parallèlement l'une à l'autre. Un petit bâtiment en dur, au toit à deux versants couverts en tuiles, complète, à l'extrême droite, l'ensemble. Il s'agit du mas du Simbèu, si l'on en croit la légende (de la carte). On sait que la création de ce mas remonte à 1930-1931 et que le marquis de Baroncelli y emménagea le 1er octobre 1931 après avoir dû quitter le mas de l'Amarée dont il n'était que locataire. Or le mas du Simbèu fut démoli à l'explosif par les Allemands en 1944 pour éviter que les Alliés ne s'en servent lors de leur débarquement en Camargue. Ces bâtiments, photographiés vers 1950, ne sauraient donc être ceux édifiés par le marquis, ils forment en fait le nouveau mas du Simbèu, construit à proximité de l'endroit où se dressait l'ancien et où fut érigé, en 1951, le tombeau du marquis. La personne en tenue d'Arlésienne est sans doute la maîtresse des lieux, Riquette Aubanel, petite-fille de Folco.
Document No 2 Prise sous cet angle, la cabane centrale du nouveau mas du Simbèu révèle son plan, celui d'une longère basse (sans étage) réunissant sous un même toit deux logements, identifiables aux deux souches de cheminée de la toiture et aux deux entrées en gouttereau. Si la petite cabane garde des dimensions et des proportions conformes au type, par contre la grande bâtière n'est plus vraiment une cabane avec ses hauts murs périphériques (plus de deux mètres), ses entrées en gouttereau, son importante largeur et la déclivité moins marquée de ses versants de toiture : c'est une maison déguisée en cabane de gardian.
Document No 3 L'arrière du nouveau mas du Simbèu, à la même époque (carte aux bords dentelés) mais photographié d'un peu plus loin. On note que l'humidité remonte dans les murs (plages grises) et qu'un bon coup de badigeon s'impose.
Les deux cabanes, vues latéralement. On pourrait croire que la cabane de premier plan cache en partie deux autres cabanes de même taille si l'on ne savait déjà que l'on a affaire à une cabane exceptionnellement longue. Une impression d'abandon et de désordre émane de l'ensemble : la base des murs de la grande cabane a perdu son badigeon blanc, divers objets trainent autour de la petitte cabane (table, échelle, cadre de moustiquaire (?), chaises de jardin, blocs de pierre). Mais l'intérêt de cette photo est de révéler un des gouttereaux de la petite cabane ainsi que son pignon. La rive de la toiture présente une longue échancrure alors qu'il n'y a aucune ouverture en dessous. Y aurait-il eu murage d'une baie ? Quant au pignon, il réserve une surprise : à la place de la porte classique, il y a deux fenestrons ou plutôt fentes, ce qui veut dire que l'entrée de la cabane est dans le gouttereau non visible.
Document No 5 Cette carte montre la moitié arrière de la cabane double du nouveau mas du Simbèu. La large et haute entrée, les deux fenêtres à volets, ne relèvent plus d'une chaumière de gardian. Les seuls éléments ressortissant encore du type sont la couverture de chaume (8 rangées de javelles sous la chemise faîtière) et le badigeon blanc du mur, sans oublier la croix en haut de la croupe absidiale. La grande jarre posée contre le mur de la maison et servant de pot de fleurs est vraisemblablement une ancienne jarre à eau remontant à l'époque où il n'y avait pas l'eau courante. La dame en tenue d'Arlésienne est sans doute Riquette Aubanel.
Document No 6 Au dos de cette carte postale des décennies 1950-1960, ne figurent que le nom de la commune (Saintes-Maries-de-la-Mer) et la mention d'une « manade », c'est-à-dire d'un troupeau de taureaux. Mais la présence des bêtes à cornes, pour pittoresque qu'elle soit, n'est pas ce qui retient l'attention du spécialiste d'architecture vernaculaire. Son regard est immédiatement attiré par la configuration et la morphologie des deux cabanes à l'arrière-plan à gauche : ne s'agirait-il pas du deuxième mas du Simbèu ? On distingue en effet, côte à côte et parallèles, la petite et la grande cabane, vues latéralement depuis l'est. Le long faîtage blanc de la grande cabane forme un long trait blanc ininterrompu des plus révélateurs. Cette rare vue du nouveau mas du Simbèu dans son environnement immédiat, vient utilement conclure le présent panorama.
Et la cabane se mua en maison Avec le deuxième mas du Simbèu, une nouvelle étape est franchie : l'habitation classique disparaît au profit de la cabane en dur. Tout en conservant la morphologie des cabanes des deux mas antérieurs, la cabane a désormais les caractéristiques d'une véritable maison (taille, disposition des ouvertures, aménagements intérieurs, etc.). A son tour, cette nouvelle image est relayée par les cartes postales auprès du grand public des années 1950. À SUIVRE
Pour imprimer, passer en mode paysage © Christian Lassure - CERAV Le 7 septembre 2008 / September 7th, 2008 - Augmenté le 27 janvier 2009 - 22 février 2009 / Augmented on January 27th, 2009 - February 22nd, 2009
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I - Cabanes entièrement en roseau des années 1900 |