LA VOÛTE DE PIERRES SÈCHES

ENCORBELÉES ET INCLINÉES VERS L'EXTÉRIEUR


Si la maçonnerie à sec a trouvé son emploi par excellence dans l'édification des murs et aménagements extérieurs qui caractérisent le paysage agricole des terroirs pierreux, par contre, à un échelon supérieur, en s'associant à des techniques de voûtement spécifiques - principalement la voûte de pierres encorbelées et inclinées vers l'extérieur et, à un moindre degré, la voûte de pierres clavées -, elle s'est concrétisée dans ce type d'architecture purement paysanne que sont les cabanes en pierre sèche.

Qu'il s'agisse de cabanes françaises (« casèlas » de l'Aveyron, « oustalets » du Gard cévenol, « cabordes » du Doubs, « barracuns » de la Corse du Sud, etc.) ou d'autres pays européens (« barraques » du pays valencien en Espagne, « casedde » des Pouilles en Italie du Sud, « giren » de l'archipel maltais, « booley huts » de la péninsule de Dingle en Irlande de l'Ouest, etc.), la voûte de pierres encorbelées et inclinées vers l'extérieur a été systématiquement employée par les paysans auto-constructeurs ou par les maçons à pierre sèche des deux ou trois derniers siècles pour couvrir l'espace au moindre coût.

Ce type de voûte, édifiée sur une base dérivée du cercle, repose sur deux principes : l'« encorbellement » et l'« inclinaison vers l'extérieur ».

Le principe de l'« encorbellement » consiste à disposer les pierres d'une même assise circulaire en surplomb par rapport à celles de l'assise inférieure, à la manière de corbeaux. Une nécessité impérative est que chaque pierre ne dépasse hors de son centre de gravité propre la pierre sous-jacente, de façon à rester en équilibre. Pour cela, il suffit de donner à chaque corbeau une queue suffisante pour faire contrepoids, et d'atténuer le poids du saillant en l'élégissant. Une autre nécessité est que les corbeaux soient taillés en forme de secteur de sorte que leurs interfaces rayonnent vers le centre du cercle.

Le principe de l'« inclinaison vers l'extérieur » consiste à imprimer aux pierres de chaque assise une légère inclinaison (de l'ordre de 15°) vers l'extérieur (si elles étaient posées horizontalement, on aurait à proprement parler, une voûte en « tas-de-charge », formée d'assises à lits horizontaux). Ce pendage entraîne un arc-boutement horizontal entre les plaquettes d'une même assise et la fermeture d'un polygone de forces : chaque assise est alors « autoclavée » et tient tout seule, en s'appuyant sur la précédente. La poussée horizontale vers l'extérieur exercée par chaque assise est annulée en disposant, à l'arrière de celle-ci, une masse de matériaux jouant un rôle de butée.

Vue de dessus d'une assise autoclavée © Christian Lassure

Les assises successives, du fait du décalage vers l'intérieur, vont en se rejoignant, la dernière assise étant coiffée soit d'une dalle terminale soit de plusieurs dalles juxtaposées. Aucun cintre, aucun coffrage n'est nécessaire dans cette voûte à effets horizontaux (contrairement à la voûte clavée classique qui, elle, est à effets verticaux). Quant à la dalle terminale, elle peut être ôtée sans provoquer l'écroulement de la voûte (contrairement à la clé d'une voûte clavée, dont la chute entraîne l'effondrement de l'ensemble).

Quel que soit le type de voûte en pierre sèche, on n'oubliera pas le fait qu'elle est elle-même revêtue d'une couverture de dalles ou de lauses, selon la technique de la « double peau ».

Couvrement découronné d'une chibotte montrant le système des deux peaux © Christian Lassure

On a voulu opposer voûte encorbelée et voûte clavée, en qualifiant la première de « fausse voûte » par opposition à la seconde, la seule à mériter le nom de « voûte ». En fait, l'expression « fausse voûte » désigne uniquement un couvrement non maçonné (par exemple en bois peint) imitant la disposition et l'apparence d'une voûte maçonnée. La voûte encorbelée doit être considérée comme un système de voûtement à part entière, une voûte « horizontale », par opposition à la voûte « verticale».

BIBLIOGRAPHIE

LASSURE, Christian, 1977, 'Essai d'analyse architecturale des édifices en pierre sèche', in « L'Architecture Rurale en Pierre Sèche », suppl. No 1, pp. 1-27 et 36-60 (Paris: CERAPS)

OBEREINER, Jean-Luc, 1977, 'Eléments pour servir à l'étude statique des voûtes de pierres sèches à encorbellements', in « L'Architecture Rurale en Pierre Sèche», suppl. No 1, pp. 28-36 (Paris: CERAPS)

© Christian Lassure


THE VAULT OF CORBELLED AND OUTWARD-INCLINING DRY STONES


Dry-stone walling has been the preferred method of construction for the field walls and structures that characterize the agricultural landscape of stony regions. By combining with specific roofing techniques, mainly the vault of corbelled and outward-inclining stones and, to a lesser extent, the vault of stone voussoirs or keystone vault, it has also enabled a genuine peasant architecture to materialize in the form of dry-stone "cabanes" or huts.

As shown by the French "cabanes" ("casèlas" of Aveyron, "oustalets" of the Cévenol Gard,"cabordes" of Doubs, "barracuns" of Corse du Sud, etc.) or the dry-stone huts of other European countries ("barraques" of Spain's Valencian province, "casedde" of Southern Italy's Puglia, "giren" of the Maltese Islands, "booley huts" of Western Ireland's Dingle Peninsula, etc.), the corbelled vault has been most popular with the self-building peasants or dry-stone craftsmen of the last two or three centuries, to roof space at the least possible cost.

This type of vault, when constructed on a circular basis, obeys two principles: "the corbelling method" and "the method of the outward inclination".

"The principle of corbelling" consists in laying the stones in each circular course with a slight overhang over the stones underneath. It is imperative that the centre of gravity of each stone should be kept within the depth of the underlying stone. To this effect, each corbel is laid with its long edges into the wall for counterweight, while its overhanging end is trimmed. It is also necessary for the corbels to be tapered so that their interfaces should radiate towards the centre of the circle.

"The principle of the outward inclination" consists in giving the stones of each course a slight outward sloping (about 15°). (If the stones were laid flat, they would form, to be precise, a 'tas-de-charge' vault made up of horizontal courses). This inclination causes the slabs inside each course to buttress each other in a horizontal plane, resulting in a polygon of forces being closed: each course thus becomes self-binding and autonomous while being borne by the one below. The outward thrust exerted by each course is cancelled by piling up on top of it material that serves as abutment.

Vue latérale d'une assise autoclavée © Christian Lassure

The succeeding layers curve inwards gradually until they almost meet, the final layer being topped by a single cap-stone. No formwork or framework is required in this vault with horizontal stress (as opposed to the conventional keystone vault which is with vertical stress). While the removal of the keystone from a vault of voussoirs will bring about the fall of the whole vault, the final cap-stone in a corbelled vault can be removed without causing the vault to collapse.

It should be borne in mind that a dry-stone vault, whether corbelled or keystone, is in its turn concealed by an outside covering of slabs or flat stones after the technique of the 'double skin'.

Vinezac (Ardèche) : capitelle couverte de grandes dalles de grès disposées en écailles © Christian Lassure

Attempts have been made to contrast the corbelled vault and the keystone vault by calling the former 'false vault', as though the keystone vault were the only 'true' vault. In fact, the expression 'false vault' is to be reserved for a covering other than of stone (for example, of painted wood), imitating the form and appearance of a stone vault. The corbelled vault should be regarded as a vault in its own right, but a 'horizontal' one as opposed to the 'vertical' vault.

BIBLIOGRAPHY

LASSURE, Christian, 1977, 'Essai d'analyse architecturale des édifices en pierre sèche', in "L'Architecture Rurale en Pierre Sèche", suppl. No 1, pp. 1-27 et 36-60 (Paris: CERAPS)

OBEREINER, Jean-Luc, 1977, 'Eléments pour servir à l'étude statique des voûtes de pierres sèches à encorbellements', in "L'Architecture Rurale en Pierre Sèche", suppl. No 1, pp. 28-36 (Paris: CERAPS)


© Christian Lassure

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