UNE TECHNIQUE DE CHARPENTERIE SUPRA-RÉGIONALE :

LA CHARPENTE À POTEAUX DE FAÎTE ET À ARBALÉTRIERS

A supra-regional roofing technique: the roof with ridge posts and principals

Christian Lassure

 

Publication initiale : L’architecture vernaculaire, t. XV, 1991, pp. 53-68

Il convient de distinguer deux types de charpentes à poteaux de faîte dans l’architecture rurale de notre pays :
- d’une part celles à chevrons, observables principalement en Alsace mais aussi sporadiquement le long de la frontière suisse, dans le Jura et en haute Savoie (et, sous la forme élémentaire de charpente à pauxfourches, dans de nombreuses régions) ;
- d’autres part celles à arbalétriers, répandues dans la plupart des anciennes provinces.

Dans plusieurs articles ou notes, nous avons tenté d’attirer l’attention des milieux de la recherche en architecture vernaculaire sur la diffusion supra-régionale de ces deux types de charpente :
- Un programme de recherche prioritaire : les grandes techniques de charpenterie dans la construction vernaculaire en France, dans L’architecture vernaculaire, t. VII, 1983, p. 2 ;
- La tradition supra-régionale des maisons-halle en Lorraine : un accroc au mythe régionaliste de « la maison rurale de type lorrain », dans L’architecture vernaculaire, t. VII, 1983, pp. 39-51, en part. p. 39 ;
- Courrier des lecteurs, réponse à M. Jean-Yves Chauvet, dans L’architecture Vernaculaire, t. VIII, 1984, p. 16 ;
- La construction à poteaux fourchus : une technique attestée en Europe de la Préhistoire à nos jours, dans Attualità del primitivo e del tradizionale in architettura (actes du colloques international de Prato des 8-9 janvier 1988 sur « le ragioni dell’abitaire »), Quaderni di studio sulle tipologie e sulla architecture delle origine, Università degli studi di Firenze, 1989, pp. 69-92.

D’autres que nous ont également prêché dans le désert, ainsi Jean-Christian Bans et Patricia Gaillard-Bans qui, dans un article paru en 1984 dans la revue du Vernacular Architecture Group (Continental roofs: some new clues, part 1, dans Vernacular Architecture, vol. 15, 1984, pp. 56-64, en part. pp. 61-64, « The ridge-post roof »), esquissaient une première cartographie du phénomène : « ... la forme française normale de charpente à poteaux de faîte, c’est-à-dire avec des arbalétriers, (...) est très répandue dans presque tout le pays. On peut l’observer (...) dans la plupart des anciennes provinces : la Champagne, la Lorraine (romane), la Franche-Comté, la Bourgogne, L’Orléanais, L’Auvergne, le Lyonnais, le Dauphiné, la Guyenne, la Gascogne ».

Nos investigations personnelles sur le terrain comme dans la bibliographie d’architecture rurale confirment, du moins en partie, cette distribution. Nous nous proposons de publier ci-après des exemples de charpentes à poteaux de faîte et à arbalétriers que nous avons tirés de livres ou de notre photothèque personnelle et qui sont situés dans les département de la Meuse, la Meurthe-et-Moselle, les Vosges, la Marne, le Puy-de-Dôme, le Tarn-et-Garonne, les Landes, la Vendée. Ces exemples n’ont d’autre prétention que de constituer un simple catalogue.

No 1 - Source : monographie LO 24 du volume Lorraine du Corpus de l’Architecture rurale française (exploitation à Couverges, Meuse : coupe transversale de l’habitation).

La charpente de cette maison comporte une seule ferme transversale délimitant deux « travées ». Un court poteau, dressé sur un refend longitudinal axial, porte la faîtière, dont les extrémités posent sur les pignons. Deux arbalétriers, posés sur le dessus des gouttereaux et assemblés (par tenon et mortaise chevillés ?) en tête du poteau axial, portent chacun deux pannes intermédiaires et une panne sablière.

Datation proposée par les rédacteurs de la monographie : XVIIe siècle, peut-être (en fait seul le porche semble du XVIIIe, les encadrements des baies sont plus tardifs avec leur linteau délardé).

No 2 - Source : REITEL François, La maison et le village, t. I de La tradition en Lorraine, Editions Mars et Mercure, Colmar, 1981, 167 p.

Dans ce croquis sans échelle, les arbalétriers sont assemblés en tête du poteau axial (1) et soulagés en leur milieu, par un poteau intermédiaire en raison de la profondeur du bâtiment. Curieusement, les poteaux intermédiaires sont non pas verticaux mais inclinés vers le poteau central. Les angles entre les poteaux et les arbalétriers sont raidis par des contrefiches. Le poteau central porte la faîtière. Chaque arbalétrier porte trois pannes de versant, dont une au droit du poteau intermédiaire. Du fait du décalage vertical des arbalétriers en haut du poteau central, les pannes de versant de droite reposent sur des sabots superposés afn de rattraper la différence de niveau . On note un contreventement longitudinal sous la forme de liens raidissant l’angle entre le poteau central et la faîtière.

(1) Le dessin ne permet pas de dire avec certitude si l’on a affaire à une superposition des arbalétriers dans une enfourchure de poteau ou à un assemblage par tenon et mortaise chevillés.

No 3 - Source : MALINVERNO Bruno, Charpentes et modes de chauffage dans l’architecture lorraine, dans Villages et maisons de Lorraine, Actes du colloque de Nancy (22-24 octobre 1981), Presses Universitaires de Nancy - Editions Serpenoises, Metz, 1982, pp. 131-145, en part. p. 134, fig. 3.

Dans ce schéma dont l’échelle n’est pas donnée, les arbalétriers sont assemblés à tenon et mortaise en tête du poteau axial et, en raison de la profondeur du bâtiment, soutenus en leur milieu par un poteau intermédiaire. Les angles entre poteau et arbalétriers sont raidis par des contrefiches. Le poteau central porte la faîtière, le poteau intermédiaire est placé sous une panne intermédiaire. Une panne sablière repose sur l’extrémité basse des arbalétriers, là ou ils s’encastrent dans le haut des gouttereaux. Aucun lien longitudinal n’est visible.

No 4 - Source : volume Lorraine du Corpus de l’architecture rurale française, p. 162 (exploitation à Barrisey-au-Plan, Meurthe-et-Moselle : coupe transversale d’une remise).

Dans cette élévation, un poteau axial porte la faîtière, dont les extrémités reposent sur les pignons. Deux arbalétriers, l’un encastré dans le gouttereau maçonné de droite, l’autre assemblé, apparemment sur un potelet plaqué contre le gouttereau de gauche, viennent s’assembler et se superposer, par enfourchement et à mi-bois, dans le haut du poteau de faîte. Chaque versant comporte une panne intermédiaire. On note une panne sablière en haut du gouttereau de gauche. Absence de contrefiches et de liens.

Datation proposée : fin XVIIe ou XVIIIe.

No 5 - Source : monographie LO 27 du volume Lorraine du Corpus de l’architecture rurale française, p. 264 (exploitation à Aroffe, Vosges : coupe transversale de la partie grange).

La maison très étroite (4 m intérieurement de pignon à pignon), a sa charpente constituée d’une « ferme » unique délimitant deux « travées » transversales. Un poteau axial, prenant appui sur un refend transversal, porte, à 10 m de haut, une panne faîtière dont les extrémités reposent sur les pignons. Deux arbalétriers, encastrés dans le haut des gouttereaux, viennent s’assembler et se superposer, à leur extrémité haute, dans l’enfourchure en tête du poteau faîtier. En raison de la profondeur du bâtiment (env. 20 m), les arbalétriers sont soutenus, à mi-parcours, par un poteau prenant appui lui aussi sur le refend. Des contrefiches raidissent les angles entre les arbalétriers et les poteaux, aussi bien axial qu’intermédiaires. Des liens entre poteau de faîte et faîtière assurent un contreventement longitudinal. Au nombre de deux sur le versant de gauche et de trois (dont une non visible ici) sur le versant de droite, les pannes intermédiaires sont au droit des aisseliers.

Datation proposée par le rédacteur de la monographie : fin XVIIIe siècle, semblerait-il effectivement, certaines baies ont un linteau délardé en arc segmentaire; les autres ont la rectilinéarité du XIXe).

No 6 - Source : volume Lorraine du Corpus de l’Architecture rurale française, p. 74 (dessin No 8 : Ahéville, Vosges. Charpente).

La profondeur de la maison (près de 22 m) a nécessité le recours à des poteaux intermédiaires, du moins sous le versant de droite, car un mur porteur coupe en deux le versant de gauche. Les deux arbalétriers ne sont pas assemblés en tête du poteau de fond central : ils reposent sur celui-ci, si bien que la panne faîtière est posée non pas directement sur le sommet du poteau mais sur la jonction des arbalétriers, ce qui est pour le moins curieux. A l’autre bout, chaque arbalétrier est encastré dans un mur, gouttereau à droite, refend porteur à gauche. Deux poteaux de fond intermédiaires viennent soulager l’arbalétrier du versant de droite. Les angles entre ces poteaux et l’arbalétrier sont raidis par des contrefiches, à l’instar du poteau central. Le versant compte cinq pannes, dont une au droit du poteau intermédiaire haut, et deux autres au droit des contrefiches du poteau intermédiaire bas. Sur le versant de droite, entre le poteau central et le refend, s’échelonnent trois pannes. Entre le refend et le goutereau de gauche, il n’y a pas d’arbalétriers : il n’y a qu’un simple chevronnage.

Aucune datation n’est proposée.

No 7 - Source : MALINVERNO Bruno, Charpentes et modes de chauffage dans l’architecture lorraine, dans Villages et maisons de Lorraine, Actes du Colloque de Nancy (22-24 octobre 1981), Presses Universitaires de Nancy - Editions Serpenoises, Metz, 1982, pp. 131-145, en part. p. 136, fig. 5 (Tendon, Vosges).

L’échelle de ce dessin n’est pas donnée. Sans doute pour donner plus de hauteur au bâtiment, le poteau de faîte et les poteaux intermédiaires sont posés sur une sablière courant sur l’arase d’un mur de refend transversal. En raison de la dissymétrie des versants, trois poteaux intermédiaires viennent soutenir l’arbalétrier de gauche, contre un seul poteau sous l’arbalétrier de droite. Les arbalétriers sont assemblés en tête du poteau de faîte, les angles arbalétrier/poteau étant raidis par des contrefiches. Les poteaux intermédiaires ont une contrefiche du seul côté extérieur (côté face au gouttereau). À droite, l’arbalétrier a sa partie basse encastrée dans le haut du gouttereau. À gauche l’arbalétrier a sa partie basse assemblée sur un demi-entrait joignant le gouttereau au poteau intermédiaire le plus proche. Ce dispositif, complété par une pièce oblique reliant le poteau et la sablière de refend, permet, à la façon d’un blochet, de reporter sur cette dernière une partie de la charge (1). Cinq pannes intermédiaires sont présentes sur le versant de gauche contre trois plus une panne sablière sur le versant de droite. Il semble y avoir une sous faîtière.

(1) Un dispositif de même nature est visible sur la charpente de la partie grange d’une maison en ruine à Montmotier dans les Vosges (cf. la photo publiée dans le volume Lorraine du Corpus, à la page 73).

No 8 - Source : ROCARD Jean, Combles et charpentes de bâtiments du Nord-Est de la France, 1re partie : du XIIe au XVIIIe siècle, dans Mémoires de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, t. XCIX, 1984. pp. 146-186, en part. pp. 83-184 et pl. XVII, No 57 (Courtisols, Marne, bâtiment agricole).

Cette charpente est celle de nombreux hangars agricoles de la région de châlons-sur-Marne et de l’Argonne. L’évélation comporte un poteau central entre deux poteaux latéraux. Les arbalétriers, en partie supérieure, se superposent et s’assemblent à mi-bois dans une enfourchure du poteau de faîte, lequel porte la faîtière. En partie basse, ils sont assemblés à mi-bois dans une enfourchure du poteau latéral, lequel porte la sablière. Le contreventement longitudinal est obtenu par une sous-faîtière et des sous-sablières et par des liens. Les angles arbalétrier/poteau de faîte sont raidis par des contrefiches en chevron. L’angle arbalétrier/poteau latéral est raidi par un aisselier. Deux pannes intermédiaires sont posées sur chaque versant.

Datation proposé : le XVIIIe siècle.

No 9 - Source : monographie PC O2 du volume Poitou, Pays charentais du Corpus de l’architecture rurale française (exploitation au lieu dit La Buardière, commune de Sallertaine, Marais Breton : coupe transversale du pressoir).

Ce type de charpente se rencontre dans les plaines du Sud-Poitou. Une file de deux poteaux axiaux posés sur des dés de pierre portent la faîtière. Des arbalétriers, assemblés en haut des poteaux et reposant sur le sommet des gouttereaux, portent les pannes intermédiaires, au nombre de deux pour le versant gauche, d’une seule pour le versant droit. Les nécessités de l’assemblage des arbalétriers sur le poteau de fond ont entrainé leur décalage (celui de gauche s’assemblant juste en dessous de celui de droite), décalage rattrapé par un « sur-arbalétrier » assemblé sur le dos de l’arbalétrier gauche et en tête du poteau. Des liens longitudinaux raidissent l’angle poteau de faîte / panne faîtière.

Datation proposée pour ce spécimen : la fin du siècle dernier (XIXe).

No 10 - Source : volume Poitou, Pays charentais de Corpus de l’architecture rurale française, photo 12, p. 37 (bâtiment agricole à Marsais-Sainte-Radegonde, Vendée).

Cette photo est censée illustrer la présence, dans les plaines du Sud-Poitou, de la technique du poteau de faîte.

Dans un bâtiment agricole en ruines, on distingue un poteau de faîte posé sur un dé calcaire et en tête duquel s’assemblent deux arbalétriers. Deux contrefiches en chevron raidissent les angles formés par le poteau et les arbalétriers. Tous les assemblages sont à tenon et mortaise et chevillés. La panne faîtière n’est pas visible. Chaque versant comporte une seule panne. En partie basse, les arbalétriers sont encastrés dans la maçonnerie en moellons calcaire des gouttereaux.

Aucune datation n’est proposée.

No 11 - Source : BANS Jean-Christian et GAILLARD-BANS Patricia, Continental roofs : some new clues – part 1, dans Vernacular Architecture, vol. 15, 1984, pp. 56-64, en part. p. 63, fig. 62 (maison rurale du XIXe siècle, Cachen, Landes).

Ce dessin est censé représenter la charpente de la façade en arrière de l’auvent.

La faîtière est portée par un poteau axial juché sur un dé, un lien raidissant l’angle formé par le poteau et la faîtière. Les arbalétriers, apparemment posant, en partie basse, sur la sablière des gouttereaux, s’assemblent en tête du poteau, l’un au-dessus de l’autre (le dessin ne permet pas de dire avec certitude s’il s’agit d’un assemblage par enfourchement et à mi-bois ou d’un assemblage par tenon passant dans mortaise). Chaque versant comporte une seule panne. Deux contrefiches en chevron raidissent les angles formés par le poteau et les arbalétriers. Une sous-faîtière contribue au contreventement longitudinal.

Datation proposée : le XIXe siècle.

No 12 - Source : BREUILLÉ Luc, DUMAS Richard, ONDET Roland, TRAPON Patrice, Maisons paysannes et vie traditionnelle en Auvergne*, en part. p. 195 (grange-étable en pisé banché au lieu dit Les Jouberts, Bulhon, Puy-de-Dôme).

Cette charpente relève d’un type répandu dans la Limagne et sur le versant limagnais de la Montagne de Thiers.

Une file longitudinale de deux poteaux sur dé en pierre porte la faîtière. Les arbalétriers sont, en partie basse, encastrés dans le haut du mur en pisé, et, en partie haute, assemblés dans la tête du poteau. Ils supportent les pannes, au nombre de trois sur chaque versant. Les angles poteau de faîte / arbalétrier sont raidis par des contrefiches.

Datation proposée : le XIXe siècle.

No 13 - Source : Documents C. Lassure, 1981 (grange-fenil à Couloumès, Tarn-et-Garonne).

Ces photos représentent la ferme de l’auvent.

Un poteau de faîte, posé sur un dé en pierre, porte la faîtière. Deux arbalétriers viennent s’assembler de part et d’autre du haut du poteau. L’extrémité basse de chaque arbalétrier est non pas encastrée dans le mur gouttereau en pierre mais posée et assemblée sur un potelet fiché sur un dé. Alors que le potelet de droite se dresse contre la tête du gouttereau, celui de gauche est en partie encastré dans la paroi interne du gouttereau. Les pannes sont au nombre de trois sur chaque versant. Les angles entre le poteau central et les arbalétriers sont raidis par des contrefiches en chevron. Les angles formés par les potelets et les arbalétriers sont adoucis par des aisseliers arqués. Un contreventement lie au poteau de faîte, la saillie de la faîtière. Tous les assemblages sont à tenon et mortaise et chevillés.

L’ensemble paraît bien remanié. À la suite du déversement vers l’éxtérieur vers l’éxtérieur du potelet de gauche, l’extrémité haute de l’arbalétrier de gauche est sortie de sa mortaise, nécessitaant le recours à des crampons métalliques (non représentés sur le dessin de l’élévation) et le remplacement des contrefiches d’origine par des pièces rectilignes, sciées mécaniquement et de moindre section.

Datation : impossible faute d’enquête.

No 14 - Source : monographie PA 13 du volume Pays Aquitains du Corpus de l’architecture rurale française (habitation-exploitation à Serres-Gaston, Landes : coupe transversale).

Chaque élévation de charpente du bâtiment est constituée par un poteau de faîte portant la faîtière (le poteau est ici en partie caché à la vue par le refend axial en maçonnerie surmonté d’une cloison en pan de bois). Deux arbalétriers, encastrés en partie basse en haut des murs gouttereaux, viennent s’assembler de part et d’autre du poteau de faîte (sans doute à tenon et mortaise chevillés). Des contrefiches en chevron raidissent les angles poteau/arbalétrier. Chaque arbalétrier supporte une panne de versant. Il n’y a pas de panne sablière. Empêchant le flêchissement des arbalétriers sous la charge de la toiture, des potelets au droit des pannes reportent cette charge plus bas, sur des poutres transversales joignant les gouttereaux au refend axial.

Datation : l’auteur de la monographie ne propose aucune indication précise, se contentant de signaler que le bâtiment figure déjà sur le cadastre de 1834. Cependant, l’axe segmentaire des encadrements en pierre de taille de la façade postule la 2e moitié du XVIIIe siècle.

No 15 - Source : documents C. Lassure, 1982 (bergerie à Azur, Landes).

Ces photos représentent la ferme de l’auvent.

Un poteau de faîte porte une faîtière réduite à une simple planche posée sur la tranche. Deux arbalétriers viennent s’assembler de part et d’autre du poteau, mais à quelques dizaines de centimètres en dessous de son sommet. L’assemblage, à tenon et mortaise, est doublement chevillé. En partie basse, les arbalétriers viennent reposer sur une sablière à l’aplomb d’un fort potelet marquant l’éxtrémité de chaque gouttereau en pans de bois (alors que dans l’auvent de Couloumès – cf. supra – l’assemblage est inversé, l’extrémité basse de l’arbalétrier posant directement sur le potelet). Chaque versant comporte une seule panne intermédiaire. Une sous-faîtière à tenon passant claveté vient s’ancrer sous l’assemblage des arbalétriers. L’angle qu’elle forme avec la face arrière du poteau est raidi par un lien.

Les angles entre le poteau de faîte et les arbalétriers sont raidis par des contrefiches en chevron. Les angles entre les potelets et les arbalétriers sont adoucis par des aisseliers. Les sablières des gouttereaux saillent en avant des potelets et ont leur extrémité taillée en quart de rond. L’angle potelet/saillie est raidi par un lien. On peut penser que la faîtière était à l’origine une pièce de forte section, terminée en quart de rond comme les sablières des gouttereaux, avec un lien aujourd’hui disparu. Les pièces de bois, aux faces bien plates et rectilignes, ont manifestement été sciées.

L’ensemble de la ferme a travaillé ainsi que l’attestent le léger dévers du poteau de faîte vers la droite et la sortie du tenon de l’arbalétrier gauche. Pour contratrier ce déversement latéral, une planche a d’ailleurs été clouée horizontalement en travers de la jonction poteau/arbalétriers (au niveau de la mortaise du lien longitudinal, désormais cachée à la vue).

Datation : l’arc segmentaire (en bois) présent à l’entrée latérale de la bergerie postule la 2e moitié du XVIIIe siècle.

REMARQUES SUR LES DÉFORMATIONS DES FERMES À COULOUMÈS ET À AZUR

L’avatar subi par les fermes d’auvent de Couloumès et d’Azur montre que leur point sensible réside dans l’assemblage des arbalétriers sur le poteau de faîte. En théorie, les tractions opposées exercées par les arbalétriers sur le poteau s’annulent. Il suffit cependant qu’un versant encaisse un poids plus important que l’autre pour que des désordres apparaissent. À Couloumès, les arbalétriers étant en partie basse posés et assemblés sur le sommet d’un potelet, un des potelets s’est déversé extérieurement sous la poussée, amenant le tenon de l’arbalétrier à sortir de sa mortaise en partie haute. À Azur, c’est le poteau central qui s’est déversé d’un côté, entraînant la rupture de l’assemblage de l’arbalétrier du côté opposé. Les potelets semblent avoir mieux encaissé car recevant les charges par l’intermédiaire d’une sablière sur laquelle est posé chaque arbalétrier.

ESSAI DE TYPOLOGIE DES ASSEMBLAGES

Les exemples de charpentes à poteaux de faîte décrits ci-dessus ne permettent pas, compte tenu de leur faible nombre (15) et de la diversité des régions d’où ils sont tirés, de distinguer des types historiques ni de cerner avec précision des zones de diffusion. On constatera simplement que la date la plus ancienne proposée est la fin du XVIIe siècle ou le début du XVIIIe et que la date la plus récente est la fin du XIXe. La seule typologie que l’on puisse échafauder est celle des assemblages, d’une part au niveau des poteaux de faîte, d’autre part au niveau des poteaux latéraux ou des gouttereaux.

1/ Au niveau du poteau de faîte

1a/ L’assemblage des arbalétriers dans le haut du poteau de faîte se fait par tenon et mortaise chevillés; les bouts des arbalétriers sont soit au même niveau, soit décalés; le poteau de faîte porte directement la faîtière (9 cas).

1b/ Les arbalétriers viennent se superposer, par enfourchement et à mi-bois, dans l’enfourchure en tête du poteau faîtier; celui-ci porte directement la faîtière (5 cas, dont un douteux, cf. F. Reitel).

1c/ Les arbalétriers reposent sur la tête du poteau de faîte, si bien que la panne faîtière est posée non pas sur le sommet du poteau mais sur la jonction des arbalétriers (1 cas – douteux : Ahéville, Vosges).

Assemblages au niveau des poteaux de faîte :
en haut, Couloumès - en bas, Azur.

2/ Au niveau des gouttereaux ou des poteaux latéraux

2a/ Les arbalétriers sont posés sur le dessus des gouttereaux (2 cas).

2b/ Les arbalétriers sont encastrés dans la partie supérieure des gouttereaux (8 cas).

2c/ L’arbalétrier a sa partie basse assemblée sur un demi-entrait joignant le gouttereau à un poteau intermédiaire (1 cas : Tendon, Vosges).

2d/ Les arbalétriers sont assemblés a mi-bois dans une enfourchure ménagée dans la tête des poteaux latéraux, lesquels portent la panne sablière (1 cas : Courtisols, Marne).

2e/ L’extrémité basse de chaque arbalétrier est posée et assemblée sur un potelet, la panne sablière étant portée par l’arbalétrier (1 cas : Couloumès, Tarn-et-Garonne).

2f/ L’arbalétrier, en partie basse, vient reposer sur une sablière à l’aplomb d’un fort potelet (2 cas : Cachen et Azur, Landes).

Azur (Landes) : assemblages au niveau du poteau de faîte (abstraction est faite des renforts).

Couloumès (Tarn-et-Garonne) : assemblages au niveau du poteau latéral de droite.


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© CERAV
Le 27 mai 2008 / May 27th, 2008

Références à citer / To be referenced as :

Christian Lassure
Une technique de charpenterie supra-régionale : la charpente à poteaux de faîte et à arbalétriers (A Supra-Regional Roofing Technique: the Roof with Ridge Posts and Principals)
http://www.pierreseche.com/poteaux_de_faite.htm
27 mai 2008

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