|
BIBLIOGRAPHIE D’ARCHITECTURE RURALE ET PARLER ETHNO-SOCIOLOGIQUE Christian Lassure (Editorial du tome XVII, 1993, de la revue L'architecture vernaculaire) La compilation d’une bibliographie chronologique de l’architecture rurale française que nous menons actuellement nous apporte une ample moisson de renseignements : non seulement l’énorme masse de références bibliographiques jusqu’ici dispersées et difficiles à vérifier, mais aussi le reflet des modes et des jargons ayant sévi dans ce domaine d’étude. Ainsi – comme nous l’avons constaté – si les mots « ethnologie » et « ethnologique » firent leur apparition en 1969, ce n’est qu’à partir de 1975 que le parler – pour ne pas dire le jargon – ethno-sociologique fit son entrée dans les écrits d’architecture rurale. Un terme en particulier connut une certaine vogue : il y avait déjà le « boire » et le « manger », il y eut désormais « l’habiter » et son avatar « la manière d’habiter » (« Nouvelle approche de l’habiter en domaine occitan », 1975 – « Travaux sur l’habiter traditionnel en milieu rural : Dauphiné - Savoie », 1976 – « Maison, manières d’habiter et famille en haute Provence aux XVIIe et XVIIIe siècles » , 1978 – « Habitat et habiter du Ban-de-la-Roche », 1980). Des libellés alambiqués, obscurs, voire incorrects – mais heureusement peu nombreux – virent le jour : « La maison traditionnelle rurale d’Alsace en tant que rapport social et domestique », 1976 – « Le patrimoine rural : introduction de données ethnologiques en architecture rurale en Berry », 1972 – « L’ostal en Margeride : pour une analyse des modèles sociaux de l’organisation de l’espace ; la transformation du modèle topologique d’un type d’habitation rurale », 1979 – « Nouveaux modèles de formes et d’usages de l’habitat rural d’Alsace : le cas de Kochersberg », 1985 – « Pratique et représentation des espaces bâtis », 1988. Mais c’est surtout dans le recours à des structures binaires ou trinitaires (pour jargonner nous aussi), à des effets de balancement et parfois à des jeux de mots masquant le vide de la pensée, que l’influence du langage sociologique s’est fait sentir : « Maisons riches et maisons pauvres : évolution des modèles sociaux d’habitat dans un village beaujolais », 1977 – « Le foyer pris entre deux feux ou la maison rurale du conservatoire à l’observatoire », 1985 – La maison : le noyau du fruit, l’arbre, l’avenir », 1987 – « La maison, la table et l’habit : la vie matérielle de la Renaissance à la Révolution en Beauce et en Perche », 1989. Force, toutefois, nous est de constater que, dans les milliers de titres parus depuis 1969, le parler
ethnologique reste bien marginal, les auteurs préférant, de loin, des titres simples, clairs et banaux : «
La maison du
cultivateur lorrain au XIXe siècle », 1969 – « Les maisons rurales anciennes de la Porte de Bourgogne et d’Alsace », 1973 – « Les maisons agricoles de la région du Nord au XIXe siècle », 1983. Nombre de ces titres trahissent
cependant une vision idéalisée du sujet d’étude qui est perçu comme intemporel : « La maison
traditionnelle en Ile-de-France »,1969 – « Architecture paysanne de Guyenne et de Gascogne », 1977 – « Reconnaissance de
la maison de pays », 1984. Nous terminerons par une devinette. Qu’ont de remarquable les titres des références suivantes ? : - MENU Alexandre, Construction d’une maison paysanne à Prouvais dans l’ancien temps, dans Almanach Matot-Braine, Reims, 1924; - SILVESTRE Y., Par nos villages, par nos hameaux. L’architecture rurale et traditionnelle, dans Terre Normande, No 1, janvier 1946; - PARENT Michel, L’architecture vernaculaire rurale. Ses modes de conservation et ses limites à l’adaptation, dans Colloque sur l’architecture vernaculaire tenu à Plovdiv du 24 septembre au 2 octobre 1975, Monumentum (Conseil international des monuments et des sites), vol. 15-16, 1976. Réponse : chaque titre respectif comporte – du moins dans l’état d’avancement de notre bibliographie – la toute première occurrence d’une expression qui a été depuis appelée à un grand succès : « maison paysanne », « architecture traditionnelle », « architecture vernaculaire ». © Christian Lassure - CERAV P.S. : En 2002, soit 9 ans après la publication initiale de ce texte, une nouvelle référence portée à notre connaissance permet de faire remonter à 1913 la première mention "maison paysanne" à figurer dans un titre : il s'agit de VAUVY J., Les maisons paysannes (en Champagne), 1913, référence malheureusement incomplète. |