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GRAFFITIS ET ÉCRITS RECENSÉS DANS UNE
CABANE DE FERRASSIÈRES
(DRÔME PROVENÇALE)
Graffiti and writings encountered in a
dry stone hut at Ferrassières, Provençal Drôme
Jean Laffitte
Les constructions en pierre sèche – bergeries et cabanes
– de la Montagne de Lure ont abrité nombreuses personnes – agriculteurs, bergers,
résistants, habitants des villages alentour ou tout simplement gens de
passage – dont certaines ont eu le soin de laisser une
trace de leur passage au moyen de graffitis gravés à la pointe du couteau ou
encore de plusieurs lignes écrites à la mine de
plomb sur les pierres à l’intérieur de ces abris.
La construction des grandes bergeries de Lure a commencé à
la fin du XIXe
siècle et s’est poursuivie jusqu’au début du XXe siècle. Les dates
qui y sont gravées correspondent à cette époque. Les écrits des bergers
retracent sur plusieurs lignes, écrites à la mine de plomb et d’une
écriture appliquée, les difficultés liées à leurs
conditions de travail, la solitude, la misère mais
aussi leurs émois amoureux… Il n’est pas rare de trouver les traces
écrites d’un même berger sur plusieurs constructions.
Ces écrits sont en général situés en face de la porte d’entrée et gravés à
hauteur d’homme. Leur lecture n’est pas aisée. Il faut tout d’abord se
familiariser à l’obscurité et ne pas hésiter à se munir d’une lampe
électrique dont l’éclairage permettra de faciliter les recherches et de
lire plus aisément certains graffitis. Les écrits à la mine de plomb sont
souvent effacés ou repassés par-dessus par une autre écriture plus récente,
quant ils ne sont pas illisibles du fait de leur
ancienneté. Il en est de même pour les graffitis gravés à la pointe du
couteau. Les fautes d’orthographe y sont nombreuses et montrent une fois
de plus que les gens des campagnes n’allaient pas souvent à l’école au
début du siècle dernier préoccupés qu’ils étaient par les travaux des
champs.
En venant du Revest du Bion en direction de Ferrassières, il faut prendre
un petit chemin sur la droite avant le Château de la Gabelle. La cabane
qui nous intéresse est située sur la gauche au milieu d’un champ de
lavande. Lors de ce relevé, le 26 juillet 2008, j’ai pu rencontrer
plusieurs personnes, « coupeurs de lavande », qui en sont les locataires
et qui m’ont raconté une petite histoire à son propos :
« Cette cabane servait d’abri pendant la dernière guerre aux
résistants qui y cachaient des armes ». On peut
noter que le terme « borie » n’est pas employé. Ces coupeurs de lavande
rencontrés ce jour-là m’ont rapporté des histoires similaires sur d’autres
cabanes de Ferrassières. Par contre aucun d’eux ne connaissait l’existence
de ces écrits.
Voici le relevé d’une dizaine de ces graffitis et textes
parmi les plus intéressants relevés dans cette construction qui en
compte beaucoup d’autres.
1. En attendant celui que j’aime je ferai
un roman d’amour.
Ecrit à la mine de plomb. Lecture assez aisée. Ce graffiti aurait-il été
écrit par une bergère ?
2. C’est ici la demeure des bergers de Ferrassière. Dioné
Gravé finement à la pointe d’un couteau. Lecture aisée.
3. Un berger / s’est arrêté dans cette / cabane le 10 juillet 19xII /
Il pleut. Il pensait / à sa chère maîtresse.
Bien écrit à la mine de plomb. Assez difficile à déchiffrer.

4. Bonnefoy Garde / 20 mai 1889 / il pleut.
Gravée au couteau, cette inscription est bien lisible. On retrouve des écrits de ce « Bonnefoy »
dans une autre cabane de Ferrasières.

5. 17 janvier. Jeanjoseph Mozard.
Gravure bien ciselée et parfaitement lisible. Difficile cependant de dire
avec exactitude s’il s’agit de Mozard ou Morard…
6. M.Villas
Finement gravé à la pointe d’un couteau.
7. Souvenir de deux camouflés qui n’aiment / pas les boches On les aura
/ Vive la Résistance. 29/9/1943 André / et Gaston.
Cette inscription gravée avec la pointe d’un couteau est très émouvante et
témoigne d’une utilisation de ces cabanes à des fins autres qu’agricoles.
Elle corrobore les dires des coupeurs de lavande sur les cabanes servant
d’abri et de cachette d’armes aux résistants.
8. Masse Lucien. Bidasse à Nice.
Ecrit par-dessus l’inscription suivante.
22 octobre. Dépucelé par ma brune dans cette cabane.
Inscription très difficile à déchiffrer du fait du graffiti précédent
gravé par-dessus.
9. 1881. 22 octobre
10. François Dief. Un p…p…29 7bre.
On trouve encore, dans cette cabane, d’autres inscriptions gravées mais qui n’apparaissent pas
ici du fait de leur déchiffrage impossible, ou parce qu’elles sont trop
récentes et ne représentent que très peu d’intérêt.
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©
Jean Laffitte - CERAV
Le 16 septembre 2008 / September 16th, 2008
Le présent article sera référencé
comme suit :
Jean Laffitte,
Graffitis et écrits rencensés dans une cabane de Ferrassières
(Drôme provençale), http://www.pierreseche.com/graffitis_cabane_ferrassieres.htm,
16 septembre 2008
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