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LA MAÇONNERIE À PIERRES SÈCHES À TRAVERS LES ÉCRITS DES AGRONOMES, INGÉNIEURS, ARCHITECTES, ETHNOLOGUES, MAÇONS ET AMATEURS DU XVIIe AU XXe SIÈCLE
Dry Stone Masonry Through the Writings of Agronomists, Engineers, Architects, Ethnologists, Masons and Amateurs from the 17th Century up till the 20th Century
Christian Lassure
Dans le domaine de la maçonnerie à pierres sèches, une littérature non scientifique à tonalité promotionnelle cherche à répandre l'idée que l'on a affaire à un savoir-faire « ancestral », voire « immémorial », qui s'est transmis oralement et ne connaît pas d'écrits. Ces affirmations à l'emporte-pièce amalgament différents types de maçonneries de pierre sans mortier et font l'impasse non seulement sur les périodes historiques distinctes où ces types ont pu êtrre employés et mais aussi sur les niveaux technologiques différents des sociétés qui les ont mis en œuvre. Rappelons que la maçonnerie à pierre sèche inclut la maçonnerie à pierres crues ou écrues (le matériau y est employé brut) mais exclut la maçonnerie à joints vifs (en réalité une maçonnerie de pierres de taille sans mortier) ainsi que la maçonnerie à mortier d'hirondelle (c'est-à-dire de terre sans liant), et enfin le caladage, appellation méridionale du pavage (les pierres sont fichées dans un bain de terre ou de mortier). * * * 1 - La maçonnerie à pierres sèches à travers les écrits du XVIIe siècle Pourtant, des écrits existent, qui ont contribué, à partir du XVIIe siècle, à la diffusion de l'art de la pierre sèche auprès d'un lectorat d'hommes de l'art ou d'amateurs et de curieux. Certes, ces ouvrages ne sont pas des manuels complets de maçonnerie sèche – il faut attendre la 2e moitié du XXe siècle pour en voir apparaître – , mais ils recèlent, selon le cas, un chapitre, quelques pages ou quelques paragraphes sur la maçonnerie sans mortier, opposée à la maçonnerie avec mortier, dans la clôture ou dans le soutènement. Deux de ces ouvrages, témoins de l'intérêt manifesté pour le sujet, l'un à l'époque d'Henri IV, l'autre à celle de Louis XIV, ont attiré notre attention. 1600 - 1675 Le Theatre d'Agriculture et Mesnage des champs d'Olivier de Serres Exemplaire consultable sur Google Livres Le premier ouvrage est Le Theatre d'Agriculture et Mesnage des champs de l'agronome protestant Olivier de Serres, publié par Jamet Metayer, Imprimeur ordinaire du Roy, le 1er juillet 1600 (19 rééditions de 1600 à 1675). Au chapitre XXX, « Les Cloisons des Jardinages & autres propriétés », l'auteur décrit les quatre grands moyens de clôturer une propriété : la haie vive, le fossé, « la muraille à chaux & sable » et « la muraille sèche ». Si la muraille à mortier a toute sa faveur, il n'envisage toutefois l'emploi de la muraille sans mortier que dans les endroits où les pierres sont non pas « rondes et glissantes » mais « plates et mordantes », caractéristiques qui permettent une bonne liaison entre elles. Il précise que si l'on est contraint de bâtir à sec (sans mortier), la muraille doit être peu élevée et très large à la base (en d'autres termes avoir du fruit). La Muraille à chaux & sable de bonne maçonnerie, de raisonnable hauteur, comme de neuf à dix pieds [291,6 à 324 cm], est la plus parfaite cloison, plus noble et plus serviable que nulle autre: d'autant qu'elle s'applique commodément par tout, quelle assiette que ce soit, platte ou pendante, seche ou humide ; qu'elle conserve en abri les arbres, fruits, & herbes des Jardins, n'aiant les vens, aucun passage à travers icelle. Demeurent aussi par la Muraille les jardins asseurés des larrons, couverts de la veuë des passans, selon que raisonnablement chacun le désire, pour seurement & secretement y sejourner, seul, en compagnie d'amis s'y promenans, devisans, banquetans, lisans, chantans, sans etre apperceus ne contrerolés [...]. On pourra espargner la chaux & le sable, faisant la muraille sèche, sans mortier, mais cela est restreint és seuls endroits, où la pierre favorise l'œuvre, estant large, platte, mordante de grés attenante l'une à l'autre car la ronde et glissante est à cela mal propre : de laquelle estant constraint de bastir à sec, ne peut-on faire murailles que basses & encores fort large du fondement pour les faire tenir. Par ainsi s'occupant la terre comme dessus, & s'y emploiant autant de pierres comme aux murailles à chaux & sable, primes & hautes, on peut voir qu'avec peu de despense davantage, la Muraille s'en fera du tout bien & à propos. Defaillans les commodités & de la pierre & du mortier, en plusieurs lieux se servent de l'argile & terre grasse, dont ingénieusement se font des Murailles, lesquelles enduites & crespies de bon mortier à chaux & sable, ainsi blanchies, ressemblent estre de bonne maçonnerie. Au chapitre II (Election du lieu et du complant pour la Vigne), pp. 148-149, Il évoque également la technique de la construction à pierre sèche d'une série de « murailles traversantes » (perpendiculaires au sens de la pente) sur des terrains très pentus, tout en précisant que l'absence de mortier permet de limiter la dépense. 1693 Traité de la construction des chemins d'Henri Gautier Description et facsimilé du livre sur le site de la bibliothèque numérique patrimoniale des universités toulousaines aux adresses
https://tolosana.univ-toulouse.fr/fr/notice/075578786 (description) Il faut attendre près d'un siècle pour qu'un deuxième ouvrage consacre quelques pages à la maçonnerie à pierre sèche : en 1693, paraît à Toulouse, sous la plume d'Henri Gautier, « ingénieur et inspecteur des grands chemins, ponts et chaussées du Royaume », un Traité de la construction des chemins contenant un exposé sur le soutènement routier intitulé « Du chemin qui côtoye une rampe ou une pente de montagne », assorti d'une planche de dessins. Nous reproduisons ce développement ci-après, en gardant l'orthographe de l'époque. Ce qu'il dit des soutènements de chemins est transposable aux soutènements de terrasses agricoles. On note que l'auteur privilégie la maçonnerie sèche dans le soutènement car elle a l'avantage de laisser passer l'eau de pluie à travers ses joints, contrairement à la maçonnerie à mortier, laquelle ne peut compter que sur des barbacanes pour évacuer l'eau. En quelques lignes saisissantes, il décrit la rupture et l'entraînement inexorables du mur en aval sous la poussée de la terre gorgée d'eau en amont.
Du Chemin qui côtoye une rampe, ou pente de Montagne 1. Du chāgement [changement] de figure du chemin suivant la diferēce [différence] des lieux. Les Rampes (1) des Montagnes ne sont pas toûjours en droite ligne pour y pouvoir tracer également un même ouvrage, propre à soûtenir une route qu'on y veut projetter. Le chemin dans ces lieux est bordé pour l'ordinaire du côté du bas de la rampe par un mur de soûtenement. Tantôt suivant la disposïtion du terrain, on se contente de faire toute la tranchée dans le solide de la montagne, tantôt traversant des rochers, on établit de l'un à l'autre des décharges (2) & des cintres (3) surbaissés pour supporter les murs de soûtenement. Par le trop grand escarpement des lieux, on y pratique des charpentes propres à soutenir la route, tantôt ne pouvant pas y établir une route ni par un mur de soûtenement, ni par aucune charpente, on perce le rocher qu'on rencontre. Enfin, ne pouvant pas se servir d'aucun de ces moyens, on est obligé de pousser la route dans le fonds, & bas des lieux inaccessibles, qui sont trés-souvent des rivieres, &c. De toutes ces manieres différentes de chemins, nous allons traiter dans la suite. (1) rampe : pente. 2. Murs de soûtenement à chaux & à sable pour soutenir un chemin sur la pēte d'une montagne. Les murs de soûtenement qu'on fait pour supporter une voye sur la rampe d'une montagne, sont faits (4) sourciller : jaillir à la surface du sol en petites sources. Les Murs de soûtenement faits avec pierre, chaux & sable, peuvent être pratiqués sur le roc, & dans les lieux les plus secs de la rampe de la montagne, où difficilement pourroit-on pratiquer un mur de soûtenement à pierre séche, capable à soûtenir un grand remblay de terre pour la largeur d'une route. Et ainsi ayant une fois distingué les lieux les plus propres à faire plutôt un ouvrage, qu'un autre, il sera aisé de construire avec solidité la route. 3. Du mur de soûtenement avec pierre seche. Le Mur de soûtenement fait avec pierre seche, doit être assis en bon fonds, observant de luy donner une pente de quelques pouces [1 pouce = 2, 7 cm] du côté du haut de la montagne, afin qu'il soit parfaitement bien assis dans son sol. Ensuite on l'élevera à plomb (9) du côté des terres, ou du remblay, & en dehors on luy donnera du talus (10) un cinquième de hauteur. La largeur par le haut doit estre pour le moins de deux pieds [64, 8 cm], élevé & couronné de pierres plates, couchées de camp (11), pour le moins sur les deux tiers de la largeur du mur par le haut. L'arrangement des pierres doit être tel, que dans le fondement on établira les plus grosses, & les plattes ; à son parement les longues, & qui forment des espèces de bouttisses ; dans le corps du mur les plus petites, & le derrière du mur doit estre garni de moyennes ; le tout avec une certaine liaison (12), que de temps en temps il y ait de longues qui lient le mur d'un parement à l'autre sur sa largeur, si faire se peut, sans qu'aucune terre, mousse, gason, bois, &c. soit employé à la construction. Les terres seront ensuite rangées derrière avec la pelle, qu'on fera descendre du haut de la montagne, & les pierres qu'on trouvera parmi les déblais seront couchées de plat, & tout aupré derrière les murs. Le remblay des terres se doit faire jusques à la hauteur des murs de soutenement, dont le couronnement doit estre couvert à quelques pouces de haut, de gason, herbes, mousse, & de tout ce qui peut se lier aisément pour faire corps, & n'être pas facilement emporté par les eaux des pluyes dans un commencement. L'aire de la voye doit avoir une pente presque insensible du côté du bas de la montagne pour l'écoulement des eaux lorsqu'il viendra à pleuvoir. (9) à plomb : à la verticale. La figure 10 . planche 2 . fait voir le profil d'une route sur la pente d'une montagne, avec un mur de soûtenement.
(13) couronnement clavé : rang terminal de pierres posées de chant (sur la tranche) à la façon de clés d'arc. 4. Des Chantepleures, & Barbacanes pratiquées dans le mur de soûtenement. Le Mur de soûtenement fait avec bonne maçonnerie, doit être assis en bon fonds comme celui qui est fait à pierres sèches. Les Egouts & Chantepleures qu'on y pratiquera seront ouverts de 3. à 4. pouces en quarré, & au derriere des Murs seront couverts, & comblés de pierres, contre lesquelles, & sur lesquelles on rangera les terres, afin que les eaux le filtrent au travers de ces pierres, cailloüages (15) & gravier, le réünissant plus aisémēt au jour de la Barbacane pour sortir plus facilement. Dans les endroits où l'on trouve du roc, & où le mur de maçonnerie ne sçauroit avoir prise, on pratique dans le roc, au pié du mur des entailles, ou ressauts de niveau, sur lesquels on établit la maçonerie. (15) cailloüage = cailloutage : lit de cailloux. La Figure 11. Planche 2. fait voir un mur assis sur le roc escarpé, avec une Barbacane garnie sur son derriere de son égoût, & comblement de pierres.
5. Arbres, & hayes vives pour border un chemin. Il n'est pas toûjours nécessaire de soûtenir le chemin sur la rampe d'une montagne par des murs. Quelquefois le terrain de la montagne de luy même, est si aisé, qu'on peut facilement se passer d'un mur de soûtenement, en supposant dās le terrain de la montagne toute la largeur de la voye. Il est vrai que les pluyes éboulent les bords de ces sortes de routes, mais comme pour l'ordinaire, on les fait plus larges dans ces lieux, & que le terrain de la montagne n'y est pas ordinairement rapide, on ne craint guiéres pour l'avenir. Une haye vive, & des arbres plantéz à l'endroit du mur de soûtenement, conviendroient beaucoup aux passants, & rendoient toûjours la voye plus solide par leurs racines. La Figure 12, Planche 2, fait voir un profil de cette sorte de route.
6. chemin contre le roc sur un lieu inaccessible soûtenu par un mur à cintres. A la rencontre des rochers escarpés, on y pratique des ressauts, comme nous avons dit pour asseoir dessus la maçonnerie. Quelquefois la difficulté des lieux, ne demande pas qu'on agisse ainsi. Car les rochers se peuvent trouver si escarpéz en de certains endroits, qu'il ne faut pas penser à y placer de la maçonerie. Pour si impraticables que soient les lieux, ils ne les font pas toûjours si fort, qu'on n'y puisse établir des décharges, ou ceintres, qui portant d'un roc à l'autre, donnent le moyen d'y établir un mur de soûtenement. Les décharges sont tantôt égales, & tantôt inégales, comme la disposition du roc, sur lequel elles sont établies le peut permettre. La Figure 13. Planche 2. montre leur figure, & leur disposition.
Henri Gautier a déployé dans son exposé tout un vocabulaire spécialisé que l'on retrouvera par la suite dans la littérature relative aux murs de soutènement, agricoles ou autres, et dans celle de la maçonnerie à pierres sèches : * * *
2 - La maçonnerie à pierres sèches à travers les écrits du XVIIIe siècle
Le Traité de la construction des chemins d'Henri Gautier de 1693 sera réédité en 1715 (« Deuxième Edition, Revüe, Corrigée , & augmentée de beaucoup »), 1721, 1755 et 1778. En dehors de ces réditions, nous n'avons pas trouvé, pour le XVIIIe siècle, des écrits susceptbles d'être cités ici. L'examen des traités agronomiques ou architecturaux publiés au XIXe siècle devrait fournir d'autres
preuves et témoignages de l'existence d'une tradition écrite sur la maçonnerie à pierres sèches et ses emplois dans divers domaines (voirie en région montagneuse, création de champs, soutènement de terrasses de culture, clôture, petits bâtiments agricoles, retenues, etc.). * * *
3 - La maçonnerie à pierres sèches à travers les écrits du XIXe siècle
À partir du XIXe siècle, l’art de construire à pierres sèches fait l'objet, dans les écrits d'architectes et d'agronomes, de mentions ou de passages qui ont contribué à sa diffusion auprès d'un lectorat d'hommes de l'art, d'amateurs et de curieux. Nous nous proposons d'examiner ici ces mentions et passages à partir de l'année 1814, date de parution du Vocabulaire des Arts et Métiers de l'architecte Joseph Madeleine Rose Morisot , jusqu'à 1882, date de la réédition du Nouveau manuel complet du maçon, du stuccateur, du carreleur et du paveur de l'architecte Claude-Jacques Toussaint. 1814 J. M. R. Morisot, Vocabulaire des Arts et Métiers, en ce qui concerne les constructions, faisant suite aux Tableaux détaillés des prix de tous les ouvrages de Bâtiment, à l'usage des Architectes, des Ingénieurs, des Vérificateurs, des Toiseurs, des Entrepreneurs, des Propriétaires de maison et de tous ceux qui peuvent faire bâtir, Ve Volume, à Paris, 1814, chap. Vocabulaire de la maçonnerie, pp. 1-102 (https://cnum.cnam.fr/pgi/redir.php?onglet=e&ident=8KO21_2)
Ce livre de l'architecte-vérificateur des bâtiments du roi J.M.R. Morisot ne contient que quatre mentions susceptibles de nous intéresser : - p. 2 : Puisard. C'est un trou carré ou en forme de puits, pratiqué au milieu d'une cour ou d'un jardin, ordinairement entouré d'une maçonnerie à pierre sèche et couvert d'une pierre trouée, dans lequel s'écoulent les eaux pluviales et les eaux ménagères. - p. 56 : Mur à pierres sèches. C'est celui qui est construit en moellon ou en meulière sans aucun mortier. - p. 75 : Poser à sec. C’est poser les pierres ou les moellons sans mortier ou plâtre.
1817
Jean-Baptiste Rondelet, Traité théorique et pratique de l'art de bâtir, volume 1/6, 1817, pp. 376, 378-379 et 381-382.
En voirie, un accotement est la « partie latérale de soutien d'une route, entre la chaussée et le fossé ou les propriétés riveraines » (voir la rubrique « accotement » du Trésor de la langue française). Une route a donc deux accotements latéraux. Se penchant sur leur solidité, le théoricien de l'architecture Jean-Baptiste Rondelet souligne qu'ils « ne sont ordinairement formés que de terres provenantes des fossés creusés le long des grands chemins pour l'écoulement des eaux pluviales », et de ce fait qu'« on a beau couvrir la superficie de ces terres rapportées, de gravier ou de pierrailles, comme elles n'ont pas assez de fermeté, il s'y fait bientôt des ornières, et ces terres étant susceptibles de s'imbiber d'eau, lorsqu'elles en sont pénétrées, ces parties de chemin deviennent impraticables après les pluies, sur-tout en hiver, et fort incommodes en été à cause de la poussière ».
Comme solution, Rondelet préconise le soutènement des accotements : « il faut qu'ils soient soutenus du côté des fossés par des murs en massonerie, ou plutôt en pierres sèches, pour donner issue aux eaux qui auraient pu les pénétrer, et rendre par ce moyen, le dessus plus sec ».
1820-1821
J. S. Lardier, Des Académies de Marseille et de Toulon, et de plusieurs Sociétés d’Agriculture, Essai sur les moyens de régénérer l’agriculture en France et plus particulièrement dans les départements du Midi, Marseille, chez Antoine Ricard, 1820-1821, 3 vol., vol. 3, pp. 109-110.
« Le moyen de rendre plus solides les murailles à pierres sèches qui soutiennent les terres en pente, c’est, I.° de les construire à deux faces, et d’employer de bonnes pierres ; 2.° lorsqu’on a fait la fondation, dans laquelle on doit placer les plus grosses, c’est de mettre derrière la muraille, à chaque assise, un lit de terre, légèrement humide, de douze à quinze pouces d’épaisseur, et de la tasser avec une demoiselle, de manière à n’en faire qu’une masse avec la muraille, qui soit capable de résister aux efforts de la terre meuble, lorsqu’elle est imbibée d’eau en hiver ; 3.° et de rapprocher assez ces murailles, pour que chaque terrasse n’ait que la pente nécessaire à l’écoulement des eaux pluviales surabondantes.
On remarque, dans cet extrait, l'emploi du terme « muraille » pour désigner le mur de soutènement à deux parements, autrement dit la restanque des Provençaux. Page 111, on trouve encore « la façade de la muraille ».
1825
J. R. Delaître, Manuel de l'architecte et de l'ingénieur, ouvrage utile aux entrepreneurs, conducteurs de travaux, maîtres maçons, charpentiers, contre-maîtres, etc., et en général à toutes les personnes qui s'occupent des constructions, Paris, Persan et Cie, éditeurs, 1825.
Ancien professeur à l'École royale militaire, J. R. Delaître s'inspire apparemment des travaux de ses devanciers, et notamment du Traité de la construction des chemins d'Henri Gauthier (1693), pour aborder le sujet du mur de soutènement routier à pierre sèche en montagne.
Celui-ci doit se conformer aux règles suivantes quant à la morphologie et aux proportions de ses différentes parties : - l'assise du mur doit avoir une pente de quelques pouces (1) du côté amont, - la paroi aval doit avoir un talus (un fruit) du cinquième de sa hauteur, - la paroi amont doit être d'aplomb, - la largeur du mur en haut doit être au moins de deux pieds (2), - le couronnement doit être fait de pierres plates posées de chant sur les deux tiers de la largeur du mur. De plus, la disposition des pierres dans le mur doit se faire en fonction de leurs dimensions : les plus grosses et les plus plates vont dans les fondations, les plus longues sont placées en boutisse dans le parement aval, les plus petites dans le corps du mur et les moyennes dans le parement amont.
(1) 1 pouce = 2,7 cm. (2) 1 pied = un tiers de mètre.
- p. 108-111 : CHEMIN A LA MONTAGNE ET A MI-CÔTE. « Lorsque vous sortez de la plaine pour traverser une ou plusieurs montagnes, les rampes ne peuvent pas toujours être en droite ligne ; et si l'Ingénieur a pour objet de conduire sa route au sommet, il doit profiter de tous les moyens que les sites lui permettent pour adoucir les rampes et sauver aux voyageurs, non-seulement les dangers réels, mais même les simples apparences du danger.
Le chemin, dans ces lieux, est bordé, pour l'ordinaire, du côté du bas de la rampe, par un mur de soutènement ; tantôt, suivant la disposition du terrain, on se contente de faire toute la tranchée dans le solide de la montagne; tantôt, traversant les rochers, on établit de l'un à l'autre des décharges et des cintres surbaissés, pour supporter les murs de soutènement. Si on ne peut y établir une route, ni par un mur de soutenement ni par une charpente, on perce le rocher qu'on rencontre ; et cette méthode est la plus certaine.
Les murs de soutenement pratiqués pour supporter le chemin sur la rampe d’une montagne, sont faits ordinairement à pierres sèches ; ceux qui sont faits à chaux et à sable ne sont pas toujours les meilleurs, parce que le mortier qui ferme le joint des pierres, empêche les eaux de se filtrer au travers des terres qui les retiennent comme une éponge.
Les eaux, dans le temps des pluies qui descendent de la rampe de la montagne, s'imbibent dans le terrain, remplissent le fondement des murs, désunissent le mortier, sourcillent enfin entre les joints, et entraînent, par-là, les murs, par l'effort des terres qu'ils soutiennent.
Les murs de soutenement en pierres sèches, doivent être assis en bon fonds. Il faut leur donner une pente de quelques pouces du côté du haut de la montragne, afin qu'ils soient parfaitement bien assis dans le sol ; ensuite on les élève aplomb du côté des terres et du remblai, et en dehors on lui donne un talus du cinquième de la hauteur ; la largeur, par le haut, doit être, pour le moins, de 2 pieds, élevée et couronnée de pierrres plates couchées de champ, sur environ les deux tiers de la largeur du mur. L'arrangement des pierres doit être tel, que les plus grosses et les plates soient établies dans son fondement, les longues à son parement, ce qui formera une espèce de boutisse, et les plus petites dans le corps du mur : le derrière des murs doit être garni des moyennes.
Les terres seront ensuite rangées derrière avec la pelle ; on les fera descendre du haut de la montagne, et les pierres qu'on trouvera parmi les déblais, seront couchées derrière les murs.
Le remblai des terres doit se faire jusqu'à la hauteur des murs de soutènement.
Il n'est pas toujours nécessaire de soutenir le chemin, sur la rampe d'une montagne, par des murs : quelquefois le terrain de la montagne est tel, qu'il suffit de faire la voie plus large, afin que, si les pluies causent des éboulements, la route ait encore sa largeur ; il faut alors soutenir, autant qu'il est possible, les terres par des haies vives et des arbres, dont les racines remplaceraient par la suite le mur de soutènement [...] ».
Plus loin (p. 193), l'auteur fait allusion à un type de maçonnerie sans mortier (et sans joint) pratiqué dans l'Antiquité : - p. 193 : « Les anciens bâtissaient à pierres sèches ; ils frottaient les pierres les unes contre les autres, les usaient et les polissaient ensuite l'une sur l'autre. Elles acquéraient, par ce moyen, une telle adhérence que, par la suite, aucune force ne pouvait les séparer ». Ce n'est toutefois pas ce qu'on entend ordinairement sous la dénomination de « maçonnerie à pierres sèches ».
1834 et réédition de 1852
- M. Toussaint, Manuel du maçon-plâtrier, du carreleur, du couvreur et du paveur. Paris, Roret, 1834, 257 p. - Claude-Jacques Toussaint, Nouveau manuel complet du maçon-plâtrier, du carreleur et du paveur (Nouvelle édition) par M. Toussaint…, Paris, 1852, Roret, Nicolas Edme, éditeur scientifique, 1 vol. VIII-298 - 90 p. 10 f. de pl.
Claude Jacques Toussaint), architecte de son métier, envisage le recours à la construction à pierre sèche dans deux cas précis en rapport avec l'écoulement des eaux : - la pierrée, petit canal souterrain ou découvert, - le puisard, trou recevant les eaux ménagères ou pluviales (dans ce deuxième cas, il fait écho à Joseph Madeleine Rose Morizot, supra).
- p. 75 : On construit des murs en pierres sèches, c'est-à-dire avc des pierres arrangées à la main, sans aucun mortier pour les liaisonner ; on les érige ainsi aux endroits où l'on veut faciliter le passage aux eaux qui filtrent dans les terres. - p. 87 : PIERRÉE. Petit canal souterrain, ou découvert au niveau du sol, construit en meulière ou à pierre sèche, pour rassembler les eaux et les diriger d'un endroit à un autre. - p. 94 : Poser à sec, c'est poser les pierres taillées les unes sur les autres, sans mortier entre les lits ; mais en y mettant un peu d'eau et de grès pilé, et les frottant ou tournant l'une sur l'autre, jusqu'à ce qu'il n'y reste pas de vide, comme dans plusieurs édifices antiques. - p. 96 : PUISARD. Construction souterraine destinée à recevoir les eaux pluviales ou ménagères, et à leur donner issue dans les terres : c’est pour cela qu’un puisard se fait en pierres sèches, c’est-à-dire sans aucun mortier, afin que les eaux se perdent facilement.
1838
Claude-Jacques Toussaint, Mémento des architectes et ingénieurs, des entrepreneurs, toiseurs, vérificateurs et des personnes qui font bâtir, Tome troisième, contenant les cinq ordres et leurs applications ; histoire et l'architecture ; Principes généraux théoriques et pratique, Paris, Roret, 1838.
Dans ce deuxième ouvrage, on relève les mentions éparses suivantes. - p. 149 : Des murs en fondation : si l'édifice est situé sur le pendant d'une colline dans tous les cas, il est convenable, si l'on se trouve sur un tuf ou roc solide, de poser ses assises à sec et sans cales, en piquant et dressant les lits avec beaucoup de soin, au moins jusqu'à la hauteur des caves ou de l'étage souterrain. - p. 166 : si les assises des points d'appui sont posées à sec au lieu d'être liées par un bon mortier, elles cèdent sous un moindre poids. - p. 452 : Contruction de digues : Alors on les pose même à sec, c'est-à-dire sans mortier dans les joints, par assises enclavées les unes dans les autres. De ces mentions, on retiendra surtout celle d'un emploi jusqu'ici non abordé : la construction de digues.
1853
John Burgoyne, Revetments or Retaining Walls, dans Corps of Royal Engineering Papers, 1853, vol. 3, pp. 154-159
Les conclusions de Bourgoyne serviraient aujourd’hui encore de référence pour vérifier la modélisation numérique des murs de soutènement en pierre sèche (3).
1854
Henri Duvinage, Manuel des constructions rurales, Dusacq, Paris, 1854, pp. 113-115 (4).
§ 26. – Murs de terrasse ou de revêtement. (p. 113-116) « Les murs qui doivent soutenir un terre-plein et auxquels on donne conséquemment les noms de mur de soutènement, de terrasse ou de revêtement, ont à surmonter la pression d'un prisme triangulaire de terre, qui tend naturellement à s'ébouler, en vertu de sa pesanteur. – Le plan incliné sur lequel ce prisme repose a d'autant plus d'inclinaison que les matières qui composent le terre-plein ont moins de cohésion et plus de fluidité. – Ainsi, ce plan est moins incliné pour les terres végétales simples que pour celles qui sont mélées de gravier, et moins encore pour celles-ci que pour le sable.
Dans la pratique, il est prudent d'augmenter un peu les épaisseurs indiquées dans le tableau qui précède ».
Pour un mur de soutènement en pierres sèches ayant un talus extérieur (un fruit) de 1:20e de sa hauteur, l'auteur donne, en fonction de la nature du matériau soutenu, l'épaisseur suivante (prise à la crête du mur et exprimée en fraction de la hauteur) qui est prise pour unité : - terre ordinaire végétale (1100 kg le m3) : 0,22, - terre argileuse (1240 kg le m3) : 0,24, - terre mêlée de gros gravier (1600 kg le m3) : 0,25, - terre mêlée de petit gravier (1458 kg le m3) : 0,26, - sable (1340 kg le m3) : 0,37, - décombres, débris de roches (1750 kg le m3) : 0,37, - terre savonneuse (1580 kg le m3) : 0,37
1862 - réédition 1873
R. Bruère et J. Baudry, Traité de consolidation des talus, routes, canaux et chemins de fer contenant Des explications fort étendues sur les causes des éboulements, La description des procédés de consolidation, Le prix de revient obtenu pour 296,000 m carrés de talus, et une analyse des systèmes les plus connus avec un examen des principes, Librairie polytechnique, J. Baudry, libraire-éditeur, 1873, 322 p.
L’usage de la maconnerie de pierre sèche dans la consolidation des grands talus bordant les voies ferroviaires est abordé, en 1862, dans le Traité de consolidation des talus, routes, canaux et chemins de fer rédigé par l’ingénieur civil R. Bruère. Une réédition augmentée, co-signée R. Bruère et J. Baudry, paraît en 1873. Dans cette dernière, au chapitre « Système de soutènement » les auteurs citent, entre autres moyens employés par leurs collègues : - « les contreforts construits en pierre sèche par assises horizontales, se reliant au terrain solide au moyen de gradins » (p. 18-19), - « les murs en maçonnerie, avec liaison de mortier, mais avec un mur en pierre sèche placé en arrière et avec pierrées traversant, de distance en distance, le mur en maçonnerie de mortier» pour faciliter l'écoulement des eaux (p. 20), - « les revêtements en pierre sèche » : ils « ont généralement une épaisseur de 0 m,30 à 0 m,40 cm ; quelquefois, ils sont disposés de manière que l'épaisseur augmente du sommet à la base ; cette augmentation varie suivant l'inclinaison des talus ; d'après M. de Sazilly, on admet communément que l'accroissement doit être de 0 m,05 pour un talus de 1 m,50 de base et de 1 mètre de
hauteur, et de 0 m,10
Les auteurs précisent encore : « dans la construction des revêtements en maçonnerie de pierre sèche, on doit s'attacher principalement à disposer les moellons, à les assembler de telle sorte que toutes les parties d'un revêtement soient solidaires les unes des autres ; il faut encore les placer en boutisses et les faire reposer sur des pierrailles ou du gravier, de manière que les joints soient parfaitement garnis, et que les terres soient à l'abri des influences atmosphériques » (pp. 176-177).
1882
Claude-Jacques Toussaint, Picat (contremaître aux travaux publics), M.-Désiré, Nouveau manuel complet du maçon, du stuccateur, du carreleur et du paveur : traitant de l’emploi de matieres servant à la construction des bâtiments de ville et de campagne, de la confection et de l’emploi des divers stucs, ainsi que des procédés de carrelage et de pavage… (Nouvelle édition corrigée et entièrement refondue par M. A. Romain, Roret (Paris), 1882, 1 vol (IV - 452 p.)
* * * Si ces divers écrits sont très loin d’être des manuels complets, ils recèlent néanmoins quelques développements instructifs sur la maçonnerie sèche dans la clôture basse, le soutènement de terrasses et de routes, la construction de pierrées (chenaux), de puisards et de digues. En revanche, sur la construction d’abris ruraux en pierre sèche, ces écrits restent muets. Il faudra attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour que l'attention se porte sur ce qu'il est convenu d'appeler les cabanes en pierre sèche et les vestiges lithiques agricoles.
4 - La maçonnerie à pierre sèche à travers les écrits de la deuxième moitié du XXe siècle
Si les techniques s'emploient à nouveau dans notre pays, c'est parce qu'elles ont été retrouvées dans les soixante-quinze dernières années par des chercheurs et des passionnés grâce non seulement à des tentatives de construction ou de restauration mais aussi à l'observation minutieuse des vestiges encore accessibles (murs de clôture, murs de séparation, murs de soutènement, échaliers, escaliers volants, tas d'épierrement parementés, renfoncements muraux, ruchers, cabanes à murs porteurs et à voûte encorbellée ou clavée, aiguiers, affûts de chasse, parcs d'estives, bergeries, granges-greniers, tunnels de carrier, mines à eau, puisards, chemises de puits, perrés, montjoies, tours de berger, etc.). Les règles de la maçonnerie à sec telles que nous les connaissons aujourd'hui, ont été mises par écrit par des passionnés, notamment ceux dans la mouvance du Centre d'études et de recherches sur l'architecture vernaculaire (CERAV) (1) : Christian et Jean-Michel Lassure, Michel Rouvière, Pierre Haasé, Benoît Delarozière, François Véber, Jean-Luc Obereiner, Martine Seeman, Georges Desneiges. (1) Pour ce qui concerne mes connaissances, elles viennent de l'observation et du relevé de vestiges en pierre sèche dans une dizaine de départements du Midi de la France (e Lot, la Dordogne, le Tarn-et-Garonne, la Haute-Loire, la Saône-et-Loire, l'Ardèche, la Drome, le Vaucluse, le Gard, les Alpes-de-Haute-Provence), travaux complétés par des enquêtes auprès de paysans et de maçons ainsi que par la lecture de la bibliographie française et étrangère disponible sur le suet, notamment le manuel en anglais d'Alan Brooks, Dry Stone Walling, a Practical Conservation Handbook (The British Trust for Conservation Volunteers Ltd, London, 1977, 120 p.), paru en 1977 (car il faut savoir qu'à la différence de la France, la Grande-Bretagne avait su sauver de l'oubli les techniques de ce qu'on appelle dry stone walling en Angleterre et dry stone dyking en Écosse). * * * C'est en 1952, à Londres, que paraît le tout premier manuel sur la construction de murs en pierre sèche. Son auteur est écossais et de langue anglaise. Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait rien sur le sujet auparavant : quelques rares auteurs lui avaient déjà consacré un passage ou un
chapitre dans un ouvrage plus lgénéral. Citons : (2) La haie pierrée, en anglais stone hedge, est une haie formée d'une levée de terre à parement simple ou double de pierres sèches. Frederick Rainsford-Hannay – Dry Stone Walling, 1952 Cet ouvrage précurseur du colonel britannique Frederick Rainsford-Hannay (références complètes : Dry Stone Walling, Faber and Faber Ltd., London, 1952, 109 p., 4 fig., 17 pl. h. t.) évitera à la technique de sombrer dans l'oubli en Grande- Bretagne.
Une nouvelle édition voit le jour 20 ans après, en 1972 (Dry Stone Walling, Stewartry of Kircudbright Drystane Dyking Committee, Cally Estate Office, Gatehouse-of-Fleet, 1972), puis, en raison du succès de cette deuxième édition, une troisième édition en 1976. Dans celle-ci, la préfacière se réjouit du fait qu'au moment où elle écrit, la construction de murs de pierre sèche n'est plus un art moribond : « Dry Stone Dyking is fortunately at present no longer a dying Craft » (dyking étant le synonyme écossais de walling).
Sous sa forme ultime, le livre de Rainsford-Hannay est pour l'essentiel une étude des aspects historique, géographique, géologique, technologique, économique et même littéraire des murs de pierre sèche des îles britanniques. Des 21 chapitres qui composent le livre, nous avons noté plus
particulièrement les suivants : (3) Pour la petite histoire, nous avons signalé l'existence de ces poésies au murailleur Terry McCormick, initiateur et compilateur de Dry Stone Walling, an anthology of international writing from the past and present for the future.(anthologie des œuvres littéraires, poétiques et artistiques liées à la construction de murs secs). * * * Curtis P. Fields – The Forgotten Art of Building a Stone Wall, 1971 En 1971, les États-Unis d'Amérique voient la parution de leur tout premier manuel de construction à sec, sous la plume d'un autodidacte du nom de Curtis P. Fields : The Forgotten Art of Building a Stone Wall, An Illustrated Guide to Dry Wall Construction (Vermont, USA), Yankee inc., Dublin, New Hampshire, 1971. En haut de la page de titre, l'auteur a ajouté la précision suivante : Practical ways of how to build a tailored stone wall without the use of mortar (Méthodes pratiques pour construire un mur de pierres fait sur mesure sans utiliser de mortier). L'auteur, devenu en 1938 propriétaire d'une ancienne ferme près du village de Woodstock dans l'État du Vermont (Nouvelle Angleterre), consacre son temps libre à la restauration des murs de clôture écroulés dans les anciens champs. La pierre, qui est du micaschiste, se fend et se pose bien. Notre murailleur étatsunien met à profit l'expérience acquise dans le relevage et l'amélioration de ces murs pour mettre au point un manuel destiné aux passionnés comme lui. L'ouvrage sera un succès de librairie.
Le sommaire très détaillé de l'ouvrage permet de se faire une idée de l'intérêt du contenu. 1re partie – Observations of safety. The necessity of taking proper precautions while working with stones. (Considérations sur la sécurité. La nécessité de prendre certaines précautions lorsqu'on travaille avec des pierres.) 2e partie – Finding and working with stones. How to locate stones, split them into desirable size, and move them. 3e partie – Building new stone walls. Practical methods of constructing new walls, both curved and straight, with consideration given to using guide lines, drainage, keeping stones level, building corners, gates, steps and stiles.
4e partie – Rebuilding old walls. Some of the problems encountered in reconstructing neglected stone walls and foundations. Lors de la pose de l'assise de fondation d'un mur, Curtis P. Fields recommande de choisir des pierres plates au contour irrégulier et de laisser entre elles un interstice de 2,5 cm environ puis de remplir celui-ci de cailloutis pour permettre à l'eau de s'évacuer. À partir de l'assise suivante, il conseille de laisser les pierres se toucher en veillant à ce qu'elles soient posées à cheval sur les interstices de l'assise de fondation de façon à éviter les infiltrations depuis le haut. Dessin p. 35.
Annexe – A handy list of wall building tools
and equipment. All of them helpful and most of them essential. * * * John Vivian – Building Stone Walls, 1974 Trois ans après The Forgotten Art of Building a Stone Wall, an Illustrated Guide to Dry Wall Construction de Curtis P. Fields, la bibliographie du sujet s'enrichit, en 1974, d'un autre manuel dont l'auteur, John Vivian, s'adonne lui aussi à la maçonnerie sèche dans le Vermont : Building Stone Walls, Storey Publishing, LLC, (Pownal, Vermont), 1974 (hardcover edition), 112 p. La première édition, qui est à couverture cartonnée, est suivie en 1976 d'une édition à couverture souple (paperback edition).
L'intitulé des chapitres est court et sibyllin en comparaison du titre à rallonge des différentes parties du manuel de Curtis P. Fields : L'introduction cerne plus précisément le sujet : comment bâtir, à la force des bras, des murs en pierre sèche, sans une once de mortier, comme il en existe des milliers de kilomètres dans la campagne de la Nouvelle Angleterre (mile on mile of stone walls running through our New England countryside). Il s'agit de murs champêtres, non porteurs, destinés à la clôture. Dans le chapitre Kinds of Stone, on apprend qu'en Nouvelle Angleterre, les glaciers du Pléistocène ont laissé différents types de pierre exploitables : pierres éruptives (granite, basalte), pierres sédimentaires (grès, schiste, calcaire), pierre métamorphiques (marbre, schiste, gneiss). Sous l'en-tête Equipment, John Vivian examine la pléiade d'outils dont un maçon à pierre sèche a besoin pour accomplir les diverses tâches de la construction d'un mur, à savoir creuser la terre, transporter des blocs, dégrossir ou ébaucher des pierres, les sculpter, se protéger le visage des éclats, soulever des pierres, mesurer le mur, en vérifier l'aplomb : une brouette de jardinier (garden cart) en forme de caisse rectangulaire pouvant être relevée à la verticale pour y pousser des pierres, un mètre à mesurer (yardstick), un écheveau de fil solide (hank of stout cord), des piquets (stakes), un cordeau à tracer (chalk line), un fil à plomb (plumb bob), un niveau de maçon (mason's level), un pied-de-biche en acier (steel crowbar), une barre levier (pry bar), un levier à pince (pinch bar), une houe-piochon (hoe / pick), des bastaings (thick planks), des tubes en fer pour servir de rouleau (iron pipes to serve as rollers), des lunettes de protection (safety gogles), un jeu de marteaux de maçon et de géologue (set of mason's and geologist's hammers), des ciseaux à pierre, simples, à pointe, à dents (rock chisels, plain, point, toothed). Le chapitre Laying out the Walll préconise le traçage du mur dans sa longueur et sa largeur à l'aide de piquets et de corde. Au cas où une portion du mur serait incurvée, de la corde épaisse, voire un tuyau d'arrosage feront l'affaire. L'assiette du mur et ses abords immédiats doivent être débarrassés de tout arbuste ou de toute souche qui risqueraient de soulever le mur ou de le déjeter. Si le mur envisagé est bas, il peut être bâti à même le sol : au bout de quelques semaines les pierres, s'enfonceront d'elles-mêmes. Si le mur doit être de qualité, il est préférable d'enlever la terre superficielle et la découverte pour assoir solidement les fondations. Dans Le chapitre Above Ground Building, l'auteur examine la construction du mur au dessus de la semelle de fondation (footing). Les repères (guidelnes) sont placés au niveau du sommet de ce qui sera la première assise hors sol. Ce niveau doit correspondre à la hauteur moyenne des pierres les plus épaisses et les plus lourdes qui lui sont réservées (on évitera ainsi de faire des efforts pour les hisser plus haut que nécessaire). Les pierres plates et d'épaisseur uniforme sont réservées au couronnement sauf si elles sont trop lourdes. On place en parement le côté le plus étroit et le plus plat de chaque pierre. Si une pierre branle sur celle du dessous, il vaut mieux la régulariser avec un outil que de la caler avec de petites pierres. L'auteur insiste sur la nécessité de vérifier la bonne horizontalité des lignes repère ainsi que le bon alignement de chaque assise à l'aide d'un niveau et d'une règle (tout doit être d'équerre). La vérification du fruit de chaque parement se fait à l'aide d'un fil à plomb (plumb bob). Il aborde également le risque des joints montants en succession, ou coup de sabre (vertical fissure) dans les murs de pierres bien plates, énonçant la règle impérative d'une pierre sur deux autres. Si plusieurs coups de sabre se suivent, ils constituent un point faible pour le mur et entraîneront sa dislocation.
L'auteur en vient finalement à la liaison (ou le liaisonnement) (tying in) des parements opposés entre eux, conseillant de placer perpendiculairement au mur (en boutisse) une pierre longue tous les 6 ou 8 pieds (1 m 80 ou 2 m 40) d'intervalle, et cela de chaque côté et en alternance. Pour les extrémités du mur (Ends), il préconise de placer les pierres les plus longues dans le sens du mur. Pour les angles (Corners), il recommande d'alterner boutisses et panneresses et de veiller à mettre une pierre sur deux autres pour éviter les joints montants (les piles d'assiettes). Il indique également la bonne façon, pour le murailleur, de soulever une pierre : non pas debout, en arquant le dos (lifting with back) mais un genou en terre (lifting with arms and legs), en maintenant la pierre contre sa poitrine avec les bras. Il explique ensuite comment extirper une grande pierre du sol au moyen de deux leviers et d'une planche, pour ensuite la déplacer sur le sol à l'aide d'une chaîne et de rouleaux en bois et enfin la hisser sur le mur grâce à une rampe en bois. Dans le chapitre Using Not-So-Good Stone, John Vivian examine le type de maçonnerie sur lequel se rabattre lorsqu'on dispose autant de petites pierres arrondies que de pierres plates quadrangulaires : la pierraille, bien calée, ira entre les deux parements, avec une parpaigne insérée tous les 1,80 m en alternant les parements. Il évoque aussi la solution du pendage vers l'intérieur (down-and-in slant), les pierres arrondies alternant avec les pierres plates,d'une assise à l'autre, ce qui contrarie leur glissement vers l'extérieur. En matière d'évacuation des eaux (chapitre Drainage), l'auteur conseille de taluter la base du mur avec de la terre ou des déblais (spoil) de façon à écarter rapidement l'eau de pluie de la base du mur. Si le mur est bâti perpendiculairement à la pente du terrain, il recommande de creuser en amont un fossé (drainage ditch) qui conduira l'eau de ruissellement plus loin. Dans Special Walls , l'auteur se penche sur Au sujet de ces derniers, John Vivian prodigue plusieurs conseils : La section Wall Furniture aborde les dispositifs destinés à faciliter (pour les humains) ou à entraver (pour les bêtes) le franchissement d'un mur en pierre sèche, à savoir : En matière d'extraction de pierres (chapitre Quarrying), John Vivian examine divers moyens, en particulier celui du classique fendage de grands blocs à l'aide d'une série de coins (wedges). Pour le transport des pierres, il évoque le traineau en bois (the stone boat). Dans le chapitre Mortar, il met en garde contre l'emploi de mortier sec, prêt à l'emploi et sans sable ni ciment, dans les vides d'un mur de pierre sèche : du fait des hivers rigoureux de la Nouvelle Angleterre, ce mortier se désagrègerait rapidement. Si l'on choisit de jointoyer les parements d'un mur avec du mortier sec, il convient de donner à chaque jointoiement une pente oblique (down and out slope) et non pas verticale afin que l'eau puisse mieux s'écouler. Pour finir, John Vivian consacre quelques lignes à l'entretien du mur (chapitre Maintenance). Il préconise l'arrachage de toutes les plantes grimpantes et arbustes ayant pris racine dans le mur pour éviter qu'ils ne disjoignent les pierres petit à petit. De même, il recommande d'empêcher la marmote d'Amérique (woodchuck) de faire son nid dans un mur à deux parements et fourrure de blocaille. Voilà un point de vue qui va à l'encontre de la thèse promotionnelle du mur de pierre sèche source de biodiversité. * * * Jean Vivian – Murets et allées de pierres sèches, 1979 Curieusement, une adaptation en français de Building Stone Walls de John Vivian (1974, cf supra), a été publiée chez Berger-Levrault en 1979, sous le titre Murets et allées de pierres sèches, ce qui en fait le tout premier manuel en français à être publié par une maison d'édition ayant pignon sur rue. Si à l'époque il n' a fait guère parler de lui, aujourd'hui il est quasiment tombé dans l'oubli. Le nom de la collection où l'ouvrage s'inscrit (« Le berger vert »). l'inclusion des termes « murets » et « allées » dans le titre, les dessins de couverture représentant un muret où pendent des plantes en fleur (cachant mal quelques joints montants), un escalier transversal de trois marches, une sente dallée en opus incertum aux joints herbeux, des outils basiques de maçon et de tailleur de pierre, autant d'éléments qui évoquent l'aménagement d'un jardin d'agrément à l'aide d'éléments en pierre sèche ou en dallage. De fait, une place est accordée à la fin de l'opuscule à deux chapitres inédits, « Les murets fleuris » et « Les allées de pierres », propres à intéresser davantage les amoureux des jardins que les apprentis murailleurs.
Alors que le livre en anglais contenait 112 pages, son avatar en français monte à 63 pages seulement. De même, certains chapitres à part entière du premier livre ont été transformés en sous-chapitres dans le second. La plupart des dessins au trait sont conservés mais les photos sont absent in translation. Le chapitre « Les différentes sortes de pierres » se rapporte non plus à l'État américain du Vermont mais à la France et à sa géologie. L' « Iintroduction » du livre anglophone se mue en « Des pierres qui durent », titre qui fait penser davantage aux pyramides d'Égypte qu'à de simples murets de champ ou de jardin bâtis sans le bénéfce du liaisonnement procuré par un mortier à liant.
On retrouve grosso modo les chapitres de Building Stone Walls :
• Equipment devient « L'équipement et le matériel », avec comme sous-sections : • « Où trouver des pierres », chapitre qui, dans le livre en anglais, se trouve paradoxalement en antépénultième position sous le titre « Quarrying » ; • « La construction d'un muret », texte qui regroupe plusieurs sections traitées séparément dans le livre : • Drainage est simplement «
Le drainage » ; • Special Walls devient « Les murs particuliers », avec comme sous-section « Les murs de soutènement » ;
• Wall furniture devient « Les murs aménagés », dont,
• Mortar se change en « L'emploi du mortier » ; • Maintenance se mue en « L'entretien d'un mur», avec comme sous-sections : En définitive, Jean Vivian a concocté, pour un public francophone, un manuel digeste, teinté de jardinique (4). (4) Ou « nouvel art des jardins », néologisme fabriqué par le vicomte de Viart dans son livre Le jardiniste moderne.paru en 1827. * * * Dans les années 1970, en France, le savoir-faire des bâtisseurs de l’âge d’or est déjà oublié lorsque commence à se manifester, chez les générations de l’après-guerre, un intérêt non seulement pour l’étude et la préservation des vestiges matériels où ce savoir-faire s’était concrétisé mais aussi pour la redécouverte et la vulgarisation des techniques de construction à sec. Charles Ewald – À construire vous-même, le "cabanon" romain, 1973 (bâtisseur : Pierre Martel) En septembre 1973, le journaliste Charles Ewald publiait, dans le No 11 de La revue des bricoleurs, bricole et brocante (pp. 54-64), un article intitulé « À construire vous-même, le "cabanon" romain », compte rendu des deux expériences de construction expérimentale d'une cabane de pierre sèche de plan circulaire et à toit, conique conduites en 1967 et 1971 à Bonnechère dans les Alpes-de-Haute-Provence par l'ethnologue provençal Pierre Martel, lequel cherchait jà retrouver les règles La première tentative se solda par un échec : la cabane, en cours d'édification, s'effondra à mi-hauteur en raison d'une méconnaissance des règles de la maçonnerie sèche, notamment l'absence de boutisses dans la maçonnerie du corps de base. Après avoir démantelé ce premier cabanon qui n'aurait jamais tenu, notre bâtisseur, bénéficiant des conseils de quelques anciens ayant des connaissances en maçonnerie de pierre, mena à bien la construction d'un deuxième cabanon. Le corps de base de l'édifice est cylindrique (diamètre extérieur : 5,56 m ; hauteur : 1,80 m) avec un fruit marqué pour la paroi extérieure. Le couvrement est conique, culminant à environ 4,00 m, épi compris, et débordant à sa base par un larmier. La cellule est circulaire (diamètre intérieur : 3,70 m). Elle comporte les aménagements suivants : deux niches, un regard, une cheminée.
Si l'article de Charless Ewald est davantage un compte rendu qu'un manuel de construction à pierre sèche, il apporte toutefois une série de recommandations de base dont la pertinence et l'utilité ne se sont pas démenties depuis. Nous les avons pour notre part décrites dès 1980 dans notre « Bibliographie analytique et critique de l'architecture rurale en pierre sèche de Provence », parue dans L'Architecture vernaculaire rurale, suppl. No 2, 1980, pp. 100-102. Pour information : 1 - sélection de pierres non gélives et bien plates ; 2 - rangement préalable des pierres par ordre d'épaisseur, par section de 8 cm, de 10 cm, de 12 cm, etc., et, à l'intérieur de chaque section, par ordre de largeur et de longueur ; 3 - creusement d'un anneau de fondation de 60 cm de profondeur et de 2 m de largeur pour la constitution d'un socle de gros blocs ; 4 - érection, au centre de l'édifice, d'un mât autour duquel tournera une ficelle comportant deux nœuds à son extrémité, le premier pour le rayon intérieur, le second pour le rayon extérieur ; raccourcissement progressif de la corde à chaque nouvelle rangée de pierres au niveau de la voûte ; 5 - assemblage des pierres de manière qu'il n'y ait jamais deux séparations à l'aplomb l'une de l'autre, c'est-à-dure que le centre d'une pierre coïncide avec la jointure de deux autres (sinon, ouverture de l'assemblage) ; 6 - abstention de l'emploi de « mitraille » pour combler les vides (sinon glissement de la « mitraille » vers le bas et apparition de failles) ; 7 - placement de boutisses à intervalles réguliers dans la maçonnerie (une au m2), de façon à constituer des « clés » ; 8 - disposition du plus petit côté des pierres dans le parement, la plus grande dimension étant placée dans le sens de l'épaisseur du mur ; 9 - utilisation, au niveau de la rupture de pente (à 2 m du sol), de pierres plates très larges en saillie extérieurement (sablières) ; 10 - aménagement d'un plancher avec trappe sur des poutres encastrées (à 1,80 m de hauteur), de manière à avoir un échafaudage où poser le matériau et travailler ; 11 - établissement de banquettes provisoires à l'intérieur et à l'extérieur pour avoir de bons appuis sous les pieds; utilisation d'une échelle (de 8 m) pour la réalisation du haut de la toiture depuis l'extérieur ; 12 - choix de très belles pierres bien équarries et ne bougeant absolument pas pour les chambranles de l'entrée. Pierre Martel lui-même a livré, en 1985, son témoignage sur les péripéties de ses deux chantiers dans Pierre sèche en Provence, livre co-écrit avec Pierre Coste (L'histoire complexe d'un simple cabanon. Témoignage de Pierre Martel sur le cabanon pointu de la Bonnechère, dans Les Alpes de lumière, No 89-90, 1er et 2e trimestres 1985, pp. 61-88). * * * Christian Lassure – « La tradition de la petite architecture rustique en pierre sèche du Lot : ses dernières manifestations (1860-1975) », 1976 (bâtisseur : Élie Puech) Autre tentative de renouer avec la maçonnerie en pierre sèche, celle d'Élie Puech, maçon et tailleur de pierre à Aujols, dans le Lot, chargé, en 1966-1967, d'édifier un bâtiment voûté en pierre sèche au-dessus de l'orifice de deux puits à eau contigus sur une propriété privée à Pouzergues. Le récit de ce chantier nous a été livré en 1975 par le maçon lui-même, lors d'un entretien chez lui, pour être publié en 1976 dans une revue locale, sous le titre « La tradition de la petite architecture rustique en pierre sèche du Lot : ses dernières manifestations (1860-1975) » (Quercy-Recherche, No 13, août-septembre 1976, pp. 4-7). Commencée à l'hiver 1966, la construction se fit par petites étapes si bien que ce n'est qu'au printemps 1967 qu'elle fut achevée. Le matériau employé provenait de vieilles étables ou écuries. Bien que de récupération, il était de bonne qualité. En raison de la gêne à travailler sur l'orifice des puits, la construction se fit depuis l'extérieur, exception faite de la base des édicules. Pour obtenir le diamètre intérieur, le maçon eut l'ingéniosité de recourir à une roue de charrette, se servant en outre d'une jauge pour garder une épaisseur de paroi régulière. Afin d'éviter toute monotonie, deux formes distinctes furent choisies, l'une cylindro-conique, l'autre en ogive. Pour les parements, un équarrissage à coups de marteau s'avéra nécessaire de façon à obtenir des moellons réguliers, arrondis légèrement sur leur face visible. Malheureusemen, faute d'une fondation assez profonde, les deux édifices ne résistèrent pas aux mouvements du sol – gonflement au gel, aplatissement au dégel – accompagnant l'hiver quercinois : les maçonneries se mirent à jouer, entraînant le murage des accès par des planches ou des panneaux de bois. Des conversations que nous avons eues avec des maçons et des paysans du Lot lors de campagnes de relevés et d'enquêtes orales conduites dans les années 1970, s'est degagé un premier aperçu des procédés permettant de bâtir une cabane en pierre sèche à toiture conique. Il convenait tout d'abord d'élever la base verticale de l'édifice jusqu'à la hauteur de l'entrée, cela à l'intérieur du cercle figurant la future cellule et où un pivot en bois était fiché verticalement. Deux corfeaux formant gabarits, l'un pour la paroi intérieure, l'autre pour la paroi extérieure, venaient s'articuler autour du pivot, tournant et montant en même temps que s'élevait la paroi verticale. Pour obtenir l'aplomb extérieur, un simple fil à plomb suffisait. Au sommet du mur cylindrique on plaçait plusieurs poutres sur lesquelles étaient posées des planches, formant un échafaudage d'où édifier le couvrement. Pour obtenir l'oblique ou la courbe intérieure, il suffisait de faire un nœud à une corde à chaque tour. Pour obtenir l'oblique extérieure, on se contentait d'un cordeau mobile relié au somnet du mât. Si le toit devait être particulièrement élevé, on faisait un second échafaudage un peu plus haut de manière à pouvoir achever la voûte. Une fois l'édifice terminé, les poutrelles, encastrées dans les parois, restaient en place. La disposition des lauses de la couverture devait répondre à deux règles impératives, d'une part celle de l'imbrication horizontale, nécessaire pour limiter les infiltrations de l'eau de pluie, d'autre part celle de l'inclinaison vers l'extérieur, indispensable pour empêcher l'eau de pénétrer à l'intérieur : ainsi donc, en plaçant des pierres plates à l'imitation des tuiles à crochet, on réduisait au minimum le nombre de gouttières et on dirigeait vers l'extérieur l'écoulement des leaux. * * * Juan Bassegoda Nonell – Constructiones rusticas : como hacer una barraca de viña, 1976 (bâtisseur : Antonio Muntadas Pascual) À l'instar de la France, le désir de retrouver les techniques de construction de murs porteurs et de voûtes en pierre sèche s'est manifesté en Espagne avec l'édification par un paysan catalan, Antonio Muntadas Pascual, d'une cabane de vigne (barraca de viña) en 1976. Sous le titre Constructiones rusticas : como hacer una barraca de viña, La
Vanguardia Espanola (Barcelone) du 18 avril publie un article de Juan Bassegoda Nonell décrivant l'édification en l'espace d'une journée (de 8 h du matin à 6 h du soir) d'une petite barraca d'un type très répandu dans les zones pierreuses du Penedès et Conca d'Odena. Les différentes étapes de la réalisation
de ce type d'abri sont les suivantes : * * * Christian Lassure – Essai d’analyse architecturale des édifices en pierre sèche, 1977 En 1977, l’auteur de ces lignes publie un Essai d’analyse architecturale des édifices en pierre sèche, dans le premier supplément à la revue L'Architecture rurale en pierre sèche créée la même année. Il s'agit non pas d'un manuel technique à proptement parler mais d'une description architecturale de murs et de bâtiments voûtés qui a été réalisée à partir d'observations et de relevés faits sur le terrain de 1970 à 1977. L'ouvrage bénéficie de l'apport de l'ingénieur des travaux publics Jean-Luc Obereiner pour ce qui concerne la statique des voûtes.
Après une introduction mettant l'accent sur l'originalité des bâtiments en pierre sèche et la nécessité d'une étude sérieuse de leurs caractéristiques architecturales, un premier chapitre est consacré à la maçonnerie à sec (définition, origine, mise en œuvre et traitement du matériau). Ensuite, l'attention se porte, dans un deuxième chapitre, sur les principes et morphologies respectives de la voûte encorbellée (dite aussi voûte auto-clavée) et de la voûte clavée en pierre sèche, ainsi qu'à leur statique. Le troisième chapitre se concentre sur la nomenclature propre aux édifices en pierre sèche à travers l'examen détaillé d'une cabane à voûte d'encorbellement et à couvrement conique de lauses. Enfin, l'outillage du constructeur de bâtiments en pierre sèche est décrit dans un quatrième chapitre. La même année voit la publication par moi-même et Geroges Depeyrot, d'un Projet de construction expérimentale de cabanes en pierre sèche, dans le tome 1 (1977) de la revue L'Architecure rurale en pierre sèche (CERAR, Paris, pp. 154-158 + 3 figs. h. t.). Il sera repris, sous le titre « Une architecture populaire et anonyme : l'architecture rurale en pierre sèche de la France (suite), Exemple de construction expérimentale », dans Maisons paysannes de France, 14e année, 1979, No 3, p. 17 ; en 1986 dans Cabanes, casèles et gariotes du département du Lot, articles de revues publiés e 1974 à 1986, L'Architecture vernaculaire, suppl. No 4, 1986, 113 p., pp. 51-57 ; idem en 1996 dans Construire et restaurer à pierre sèche, L'Architecture vernaculaire, t. XX, p. 5-11. * * * Alan Brooks – Dry Stone Walling, a Practical Conservation Handbook, 1977 La même année, en Grande-Bretagne, Alan Brooks publie Dry Stone Walling, a Practical Conservation Handbook (The British Trust for Conservation Volunteers Ltd, London, 1977, 120 p.), ouvrage de synthèse faisant office à la fois d'historique de la construction de murs en pierre sèche et manuel de construction, vingt ans après Dry Stone Walling, l’ouvrage précurseur du colonel Rainsford-Hannay, et un an après la troisième réédition de celui-ci.
Pour compiler cette somme remarquable pour l'époque, l'auteur s'est servi de nombreuses sources dont il dresse la liste en fin d'ouvrage, dans la section « Bibliographie ». Elles relève de cinq grands types : Si l'on ordonne chronologiquement les seules sources centrées sur l'art de la pierre sèche et ses manifestations au Royaume-Uni, on obtient un tableau de l'état des connaissances dans ce domaine au moment de la parution du livre : La table des matières du livre à elle seule témoigne de la richesse informative de celui-ci, chapitre après chapitre : Si l'on examine les différentes sections du chapitre 1, on trouve :
Le chapitre 2, Dry Stone Walls and Conservation, examine les points suivants : Dans le chapitre 3, Walls and the Law, l'auteur se penche sur les questions suivantes : Le chapitre 4, Safety, Equipment and Organization, aborde les aspects suivants : Dans le chapitre 5, Know Your Stone, les points suivants sont développés: Le chapitre 6, Building a Free-Standing Wall – la partie la plus technique du manuel – distingue douze rubriques : Dans le chapitre 7, Retaining Walls and Stone Hedges, Alan Brooks aborde les sujets suivants : Enfin, les sous-sections du chapitre 8, Wall 'Furniture' and Special Applications, ont pour titres : Il ne fait pas de doute que la somme remarquable constituée par Alan Brooks sur l'art de la pierre sèche en Grande-Bretagne a grandement contribué à mettre cette technique à la portée d'un grand nombre d'amateurs et de chercheurs. Pour faire connaître son travail de synthèse,
j'ai pour ma part, au fil du temps, traduit en français et mis en ligne plusieurs passages sur pierreseche.com ou dans la revue L'Architeture vernaculaire : - (en 1983) les murs de soutènement du Yorkshire et de l'Écosse (dans L'Architecture vernaculaire, suppl. No 3, 1983 + http://www.pierreseche.com/murs_de_soutenement.htm),
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Construire et restaurer à pierre sèche (Christian Lassure dir.), 1996
(mur porteur, mur de soutènement, voûte encorbellée ou clavée - France) L’intérêt pour l’histoire et les techniques de « la pierre sèche » se renforce dans les années 1980 et 1990 à travers la multiplication d’articles scientifiques et de manuels.
En 1996, le Centre d'étude et de recherche sur l'architecture venaculaire publie, dans le tome XX de sa revue L’Architecture vernaculaire, la toute première somme sur le sujet en France : Construire et restaurer à pierre sèche (Christian Lassure
dir.), L’Architecture vernaculaire, t. 20, 1996, CERAV, Paris, 129 p.
L'ouvrage reprend les articles sur la restauration et la construction de structures en pierre sèche qui ont été confiés à la revue pour publication de 1977 à 1996. Il comporte trois chapitres : * * * Richard Tufnell, Building and Repairing Dry Stone Walls, 1982, 16 p. (nouvelles éditions en 1986, 1996, 1998 et 2004) – Building Special Features in Dry Stone, 1990, 22 p. (nouvelle éditions en 1992, 1994 et 1997) – Better Dry Stone Walling, 1991 (nouvelle édition en 1998). Richard Tufnell, un instituteur écossais, doublé d'un murailleur, s'était fait connaître, à partir de 1990, dans le milieu des spécialistes britanniques de la maçonnerie à sec, grâce à une série de fascicules édités par The Dry Stone Walling Association of Great Britain.
Richard Tufnell – Building and Repairing Kentucky Rock Fences, 1995 ; Creating a Natural Stone Garden: Inspirational Ideas for Gardens, 1996 À la série précédente, il faut ajouter deux ouvrages :
- d'autre part le résultat d'une excursion dans l'univers des murets, bordures et dallages de jardin : * * * Richard Tufnell – Murs de pierres sèches. Manuel pour la construction et la réfection, 1996 La même année, en Suisse, Richard Tufnell (en collaboration avec Frank Rumpe, Alain Ducommun, Marianne Hassenstein) commet un petit manuel pour bâtir et relever des murs sans mortier, intitulé dans sa version française Murs de pierres sèches. Manuel pour la construction et la réfection, et dans sa version allemande Trockenmauern: Anleitung für den Bau und die Reparatur.
Ce sont les trois petits fascicules cités plus haut qui fourniront la matière première du manuel publié sous le auspices de la Fondation Actions en Faveur de l'Environnement. Le texte sur les techniques de construction y est de Richard Tufnell et Franck Rumpe, celui sur les aspects écologiques est d'Alain Ducommun, l'introduction étant de Marianne Hassenstein. On y apprend qu'il existe en Suisse des centaines de kilomètres de murs de pierre sèche mais qu'ils sont en piteux état car depuis la fin des années1950 les agriculteurs ne peuvent plus les entretenir faute de temps et de personnel et les spécialistes capables d'initier d'aures personnes à l'art de la pierre sèche ne sont plus légion en 1996. Le guide d'initiation de Richard Tufnell aborde les points suivants (hors considérations patrimoniales et écologiques) : * * * Christian Lassure, Essai d'analyse architecturale des édifices en pierre sèche, réédition, 1998 L'année 1998 voit la réédition de mon Essai d'analyse architecturale des édifices en pierre sèche paru en 1977 dans le supplément No 1 de la revue L'architecture rurale en pierre sèche (voir supra). Du fait de l'épuisement de ce supplément dès la fin des années 1970, les chercheurs nouveaux venus dans la discipline ne pouvaient tirer parti des enseignements de cette étude fondamentale. Cette réédition constitue le numéro 18 de la série Études et recherches sur l'architecture vernaculaire éditée par le CERAV (centre d'études et de recheches sur l'architecture vernaculaire).
Pour mémoire (voir supra), l'ouvrage comporte cinq chapitres : 1/ Introduction - 2/. La maçonnerie à sec - 3/ La voûte encorbellée et la voûte clavée en pierres sèches - 4/ Étude architecturale d'un spécimen de construction à voûte de pierres sèches encorbellées de plan circulaire et à couvrement conique ; 5/ L'outillage du constructeur de bâtiments en pierres sèches. * * * Elizabeth Agate, Sean Adcock – Dry Stone Walling, 1999 En 1994, 22 ans après sa première édition, le livre fondamental d'Alan Brooks, Dry Stone Walling (voir supra), a fait l'objet d'une révision complète de la part d'Elizabeth Agate et Sean Adcock et mis gratuitement à la disposition du public sur la Toile. Selon la présentation qui en est faite, ce manuel pratique indique comment construire et relever les murs en pierre sèche, les talus de terre à revêtement de pierre, les murs de soutènement et autres constructions. Il aborde également les questions d'histoire, de sauvegarde, de sécurité, d'outillage et d'organisation ainsi que les aspects juridiques propres à ces murs. Il est destiné aux bénévoles du patrimoine et à toute personne souhaitant apprendre l'art de la maçonnerie à pierre sèche. * * * Michel Rouvière – La restauration des murs de soutènement, 2002 En 1979, fort de ses racines paysannes ardéchoises, Michel Rouvière publiait, dans la revue L’Architecture rurale (devenue en 1980 L’architecture vernaculaire), un article intitulé « L’aménagement des terrasses agricoles dans la région de Vinezac (Ardèche) », dont on peut penser qu’il n'a pas peu fait pour le développement remarquable que connut l’étude des terrasses agricoles en France dans les années 1980. Autre temps fort dans les travaux de Michel Rouvière, la publication en 2002 du manuel La restauration des murs de soutènement dans la série « Les cahiers pratiques » du Parc National des Cévennes. L’auteur passe de l’étude historique des murs de soutènement à la redécouverte et la vulgarisation des techniques de maçonnerie sèche permettant leur restauration. L'ouvrage s'articule autour de quatre grands chapitres :
* * * Enfin, le tournant du XXIe siècle voit la parution de deux manuels de construction à pierre sèche réalisés par mes soins : - Construire une cabane en pierre sèche : mode d’emploi, Études et recherches d’architecture vernaculaire, No 20, 2000, 36 p. (réédité en 2008),
S'y ajoute un Vocabulaire de la maçonnerie à pierres sèches, 3e édition d’un lexique publié initialement – sous une forme abrégée et non illustrée – en septembre 1999. Désormais publié dans sa version entière dans le cadre de la série « Études et recherches d’architecture vernaculaire » du CERAV, ce vocabulaire comporte 226 rubriques et 59 illustrations photos noir et blanc de l’auteur ou de Dominique Repérant, dessins au trait ou à la plume de l’auteur ou de Michel Rouvière. Il constitue le complément lexical et didactique du manuel Comment construire une cabane en pierre sèche publié dans la même série. Les termes couramment rencontrés en maçonnerie à pierre sèche y font l’objet d’une définition ou d’un développement qui en éclairent et illustrent le sens.
Leur matière servira à composer le livre La pierre sèche : mode d'emploi (72 p.), paru aux éditions Eyrolles en 2008 et réédité en 2012, 2014 et 2016. * * * Au début du XXIe siècle, la diffusion de l'art de la construction à pierrres sèche s'acccélère grâce à l'internet et à la publication de nouveaux manuels, mais c'est une autre histoire.... © Christian Lassure Référence à citer / To be referenced as : Christian Lassure
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