Recension

Jacqueline Fortin, les « creux de maisons », curieux détails d’architecture,

dans Maisons Paysannes de France , 20e année, 1985, 1er trim., pp. 6-10.


Compte rendu extrait de L’architecture vernaculaire, tome VIII, 1984, p. 73

Contrairement à ce que la première partie du titre pourrait laisser croire, le thème abordé par Jacqueline Fortin est non pas les vestiges de cabanes enterrées ayant servi d’habitations aux franges les plus démunies de la population rurale d’autrefois, mais des cavités de différentes tailles et formes et d’usages divers ménagées dans les murs de bâtiments ruraux dans la commune des Touches en Charente-Maritime.

Si le dévoiement de sens peut paraître regrettable – et la Rédaction de la revue en est consciente, qui assortit l’article d’une mise au point en guise d’introduction –, en revanche l’originalité du sujet, son intérêt pour une compréhension exacte de tous les détails des bâtiments ruraux, méritent qu’on s’attarde un peu aux curieuses cavités murales répertoriées et identifiées par l’auteur.

Il est tout d’abord question de niches à ruche (bournais en parler local), sortes de placards réservés dans l’épaisseur d’un mur périphérique et fermés extérieurement par une dalle percée de trois ou cinq petits trous et intérieurement par des planches. On y met de la cire et les abeilles viennent s’y loger.

Sont ensuite décrites les « cages à chanterelle » (du nom de la femelle de perdrix). Il s’agit de dispositifs semblables aux précédents, placés haut dans les murs et fermés extérieurement par une dalle percée de une, deux ou trois fentes. On y place une chanterelle qui, par son chant, attire les mâles, qu’il ne reste plus alors qu’à « tirer ».

Les « creux pour les moineaux » sont, au pire, de simples trous au carré, de la taille d’un moellon, ménagés sous la rive d’un bâtiment ou de part et d’autre d’une lucarne; au mieux, deux tuiles rondes mises l’une sur l’autre. Il ne reste plus qu’à attraper les moineaux avec une échelle ou par la lucarne.

D’autres types de cavités, mieux connus, sont rapidement passés en revue : les « creux pour les pigeons », les « creux de chafauds » (ou trous de boulin d’échafaudage), les trous d’évier, les creux pour attacher le cheval, les œils-de-bœuf (pour éclairer un évier ou un grenier), etc.

L’auteur, pour finir, mentionne divers types de pots en céramique placés dans les maçonneries : pots à moineaux, pots à résonance (orientés vers l’église, ils permettent de mieux entendre l’angélus…), etc.

Sachons gré à madame Fortin d’avoir pensé à mener cette enquête sur les cavités murales présentes dans les constructions rurales de sa commune. Le recours à la tradition orale locale lui a permis d’identifier des dispositifs qui, avec le passage des générations, n’auraient pas manqué de devenir tôt ou tard d’ « énigmatiques » ou « mystérieux » détails d’aménagement.


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