|
Une cabane champêtre, annexe éloignée de la maison villageoise, doit pouvoir être
fermée à clé lorsque ses utilisateurs ne sont pas aux champs. Il lui faut donc une porte en bois, et qui dit porte, dit encadrement, et rien ne vaut un
encadrement en pierres de taille avec tableaux et feuillure.
Dans le cas de ce « cabanon pointu » des collines qui surplombent Mane dans le
département des Alpes-de-Haute-Provence, l’encadrement est de ceux que l’on peut trouver sur des façades de maisons villageoises de la 2e moitié
du XVIIe siècle. Est-ce à dire que notre cabanon remonte à l’époque de Louis XIV ? Cette interrogation est levée dès que l’on regarde d'un peu
plus près ce bel encadrement.
Tout d’abord, les piédroits ont divergé, entraînant la descente des deux niveaux supérieurs de l’arc quarté. Cette
vicissitude est due au fait que cet entourage, prévu à l’origine pour une façade bien d’aplomb et rectiligne, a dû être adapté à une paroi curviligne au
fruit marqué, d’où un remontage de fortune.
Ensuite, on observe que les parements des blocs des piédroits, dans leur partie engagée dans la maçonnerie sèche, sont non
pas lisses mais striés de coups d’outil : c’est le signe que ces parties étaient dissimulées par un crépi.
Pour l’observateur attentif de l’architecture rurale, il ne fait pas de doute que cet encadrement est un
remploi venant d’une façade villageoise. Loin d’avoir 350 ans d’existence, notre cabane remonte vraisemblablement à la grande période de
construction et de reconstruction de l’habitat rural que la France a connue au 19e siècle. Ce n'est déjà pas si mal. |