ARCHITECTURE VERNACULAIRE

CERAV

LES « CRÊTES À CAYAUX » DE BLATON (BERNISSART, BELGIQUE)

Christian Lassure


Le village de Blaton, dans le Hainaut occidental, s’enorgueillit de posséder des murs de clôture ou de soutènement maçonnés à sec ( mais aussi au mortier de chaux), baptisés du nom de « crêtes à cayaux », délimitant entièrement ou partiellement quelque 25 propriétés.

Localisation

Les murs se rencontrent essentiellement le long des rues de la Montagne, de Condé, de l’Enfer et Émile Zola (1).

Blaton, rue de l'Enfer : muret bas, construit à sec, pourvu d'une « crête à cayaux ». On aperçoit, à l'arrière-plan, derrière la végétation, le front de taille d'un ancien lieu d'extraction de sable et de pierres. Photo Christian Lassure.

Etymologie

Au sens premier, « crête à cayaux » (littéralement « crête à cailloux ») désigne en wallon picard un couronnement  formé de pierres posées de chant. Par métonymie, l’expression en est venue à désigner l’ensemble du mur, dit « meur » en wallon (2). Pour l'anecdote, à Blaton l’expression « aller à crête » signifie se donner rendez-vous au pied d’un mur.

Matériau

Les murs sont construits en « pierres de sable », c’est-à-dire en pierres de grès de Blaton, brutes, plates et irrégulières, dites localement « platoux », trouvées sur place. Ces pierres gréseuses servaient également dans les murs maçonnés des maisons (3).

Un mur ancien, maçonné au mortier de chaux et long de 240 m, est visible le long du canal Blaton-Ath. Un mur de clôture, à « crête de cayaux » et maçonné au mortier, entourait autrefois la chapelle de la Grande Bruyère.

Carte postale ayant voyagé en 1904, montrant l'enclos, aujourd'hui disparu, qui entourait la chapelle de la Grande bruyère à Blaton. Il est formé d'un muret maçonné au mortier de chaux  et terminé par une crête de pierres plates.

Extraction

Les habitants piochaient dans la roche affleurante pour en retirer les pierres plates destinées à monter les murs (4). Des trous d’exploitation sont encore visibles à la rue de l’Enfer, dernier lieu d’extraction, mais aussi dans les propriétés des habitants. Chaque trou avait un nom : « el trau Magnon », « el trau Bachy », etc. (5).

Des archives du 18e siècle relatent des travaux d’extraction de « platoux » dans l’ancienne sablière de la Grande Bruyère (« el Grand’ Bruyère »), aujourd’hui réserve naturelle, au sud-est du village (6). Une carte postale des « Carrières et Usines de la Grande Bruyère des années 1900 laisse voir des trous d’extraction à côté d’amas parallélépipédiques de « platoux » (7).

Détail d'une carte postale des « Carrières et Usines de la Grande Bruyère » à Blaton. On y voit, au premier plan, des trous d'extraction et des tas de « platoux ».

Les carrières produisaient également des pavés pour la construction de routes.

Typologie

Les murs à « crête de cayaux » se répartissent en deux types :
- les murs de séparation (entre deux parcelles), aux deux faces visibles,
- les murs de soutènement (le long d’un talus), à une seule face visible.

Technique de construction

Il n’existe pas de tradition écrite concernant la façon de monter les murs. La technique, qui était oubliée, a été ré-inventée à la fin des années 1990 par un ancien mineur, Théo Bruneel, ayant eu à démonter et remonter un mur frappé d’alignement.

  Le mur

On place en parement le côté le plus rectiligne de la pierre.

On donne aux deux parements du mur autonome un fruit de quelques centimètres par mètre. Dans le cas d’un mur de soutènement, seule la paroi visible est marquée par un fruit (8).

  Le couronnement

Il est réalisé par la juxtaposition de pierres triangulaires plus grandes, posées de chant, à la verticale ou avec une légère inclinaison d’un côté ou de l’autre, ce qui donne au couronnement l’aspect d’une crête de coq, d’où l’appellation « crête à cayaux » (9).

Blaton, angle de la rue de Condé et d'une impasse dans le prolongement de la rue Pasteur : mur de clôture d'une propriété, en pierres maçonnées au mortier. La partie de droite exhibe un couronnement de pierres en épi. Dans la partie gauche, ce couronnement est remplacé par un surhaussement de quatre assises au-dessus de l'arase initiale. Photo Christian Lassure.

La hauteur des murs de pierre sèche, crête comprise, est variable. Elle peut aller jusquà 1 m 50 plus ou moins. Les murs maçonnés au mortier sont plus élevés que les murs à sec.

  Datation

Il s’agit de murs qui, souvent, datent d’avant la première Guerre mondiale. Certains d’entre eux auraient été érigés vers la fin du 18e siècle (10).

Faune et flore

Les cavités des murs servent de refuge à la petite faune (lézards, orvets, petits oiseaux, insectes) tandis que parois et faîte peuvent se couvrir de plantes pionnières (algues, lichens, mousses) ou supérieures (orpin, saponaire, ruine-de-rome) (11).

Sauvegarde

En 1999, les murs de pierre sèche de Blaton n’étaient plus entretenus et avaient tendance à être cimentés, les propriétaires n’étant pas conscients de leur intérêt et ne connaissant pas les techniques de construction à sec (12).

Brèche dans un mur de soutènement en « platoux » rue de l'Enfer à Blaton. Sous la poussée de la terre en amont, des platoux de diverses grandeurs se sont affalées sur la bande verte en aval. Source : http://cretesacayaux.blogspot.fr/p/formations.html Formations.

Un inventaire, des chantiers de restauration et une mise en valeur de ce petit patrimoine ont été menés dans les années 2000 sous l'égide de Fondation rurale de Wallonie.

Depuis 2010, les « crêtes à cayaux » sont inscrites dans la liste du « petit patrimoine populaire wallon ».

Tourisme

Afin de mettre en valeur les murs restaurés dans les années 2000, un circuit des « crêtes à coyaux » a été établi. Partant de l’église de Blaton, il permet de découvrir les anciens lieux d'extraction des pierres, les murs restaurés, la réserve naturelle de la Grande Bruyère et l’ancien mur le long du canal Blaton-Ath (13).

NOTES

(1) Nathalie Squerens, La sauvegarde des murs en pierres sèches, in Les chroniques du patrimoine au Pays Burdinale Mehaigne, ouvrage collectif, pp. 20-22.

(2) Dictionnaire wallon-français de Joseph Hubert, 1857 : « meur, sm. Mur, muraille, maçonnerie souvent en briques, servant de clôture ».

(3) http://cretesacayaux.blogspot.fr/p/accueil.html Présentation, blogue Crêtes à cayaux de Blaton – Belgique

(4) Felice Gasperoni, Sauvegarder les haies de pierres, in Le Courrier de l’Escaut, 8 septembre 2001.

(5) http://bernissart.be/cayaux.pdf Dépliant du Circuit des crêtes à cayaux, No 48, série « Balades et découvertes en Wallonie picarde », Parc naturel des plaines de l’Escaut.

(6) http://cretesacayaux.blogspot.fr/p/ =accueil.html Présentation, blogue Crêtes à cayaux de Blaton – Belgique.

(7) Légende au recto : Blaton. Carrières et Usines de la Grande Bruyère. – Vue du côté de la carrière. Edit. Callewaert, Blaton.

(8) http://cretesacayaux.blogspot.fr/p/publications-et-references.html Publications et références, blogue Crêtes à cayaux de Blaton – Belgique. Voir la photo de la tranche d’un mur autonome qui s’est effondré.

(9) L. L., Intrigantes crêtes à cayaux, in Le Courrier de l’Escaut, 12 septembre 2002.

(10) Felice Gasperoni, Sauvegarder les haies de pierres, in Le Courrier de l’Escaut, 8 septembre 2001.

(11) http://www.reseau-pwdr.be/news/archive-des-news/pierres-sèches-formations-!.aspx Réseau wallon de développement rural.

(12) Nathalie Squerens, La sauvegarde des murs en pierres sèches, in Les chroniques du patrimoine au Pays Burdinale Mehaigne, ouvrage collectif, pp. 20-22.

(13) http://cretesacayaux.blogspot.fr/p/circuit-touristique.html Circuit touristique, blogue Crêtes à cayaux de Blaton – Belgique.


Pour imprimer, passer en mode paysage
To print, use landscape mode

© CERAV

4 octobre 2013 / October 4th, 2013 - Actualisé le 9 octobre 2013 / Updated on October 9th, 2013

Référence à citer :
Christian Lassure
Les « crêtes à cayaux » de Blaton (Bernissart, Belgique)
http://www.pierreseche.com/blaton_cretes_a_cayaux.htm
4 octobre 2013

page d'accueil           sommaire temoins