ARCHITECTURE VERNACULAIRE

L'ARCHITECTURE VERNACULAIRE DE LA FRANCE

Christian Lassure

English version          Resumen


Le présent texte, dans sa version en français, a été publié dans le tome 17 (1993) de la revue L'architecture vernaculaire. La version anglaise a servi a l'établissement de la rubrique "Gallic" de The Encyclopoedia of the Vernacular Architecture of the World (l'Encyclopédie de l'architecture vernaculaire mondiale) publiée en 1996 aux éditions Cambridge University Press sous la direction du professeur Paul Oliver de l'Université d'Oxford (Grande-Bretagne).

I - LE PAYS

SITUATION GÉOGRAPHIQUE ET FRONTIÈRES NATURELLES

Située à l'extrémité occidentale de l'Europe, la France couvre une superficie de 550 000 km2 et possède une population de 55 millions d'habitants. Depuis la fixation de sa frontière orientale à l'issue de la 1re guerre mondiale, le pays n'a jamais été aussi près d'une France idéale, entre les mers, les montagnes et le Rhin, à l'instar de la Gaule antique, à laquelle il s'identifie.

De la situation géographique de la France, découlent une variété et une richesse sans pareilles en Europe.

RELIEF

Du point de vue de la structure, la France réunit les trois éléments fondamentaux du relief européen : plaine monotone au nord, succession de massifs anciens peu élevés au centre, chaînes élevées des montagnes alpines et pyrénéennes au sud. Plaines et coteaux, qui représentent les deux tiers de son territoire, fournissent des terres agricoles fertiles.

GÉOLOGIE

Cette variété des reliefs va de pair avec une grande diversité géologique : roches cristallines (massif armoricain, Massif Central, Vosges), roches calcaires (normandie, Bassin Parisien, nord du bassin aquitain), dépôts fluvio-glaciaires, fournissant des matériaux de construction nombreux et variés.

CLIMAT

En raison de son étroitesse entre le golfe de Gascogne et le golfe du Lion (l'"isthme français"), la France est un carrefour d'influences climatiques : climat océanique pur de l'Armorique à la Flandre, climat de type continental du Bassin parisien à l'Alsace, climat méditerranéen sur la façade méditerranéenne, climat montagnard sur les hauts reliefs, autant de climats qui rendent possible une agriculture des plus variées.

SOLS ET PAYSAGES

Pays de vieille civilisation, la France a vu ses mileux naturels (sols et paysages) profondément modifiés au cours des âges.

L'opposition climatique Méditerranée / Océan atlantique se reflète dans la typologie des sols :

- sols rouges des bassins cultivés des régions méditerranéennes, développés sur des argiles de décalcification;

- sols bruns des régions océaniques, développés sur l'humus forestier et donnant de bonnes terres de culture.

L'homme a cherché à améliorer la qualité de ces sols (amendage séculaire des sols vinicoles de Bourgogne et de Champagne par incorporation de sables, chaulage des terres froides du massif armoricain au XIXe siècle).

Legs de l'histoire, les paysages ruraux se répartissent en trois grands types :

- les "champagnes" ou pays de champs ouverts dominant la France du Nord et du Nord-Est; mis en place au Moyen Age, ils correspondent à l'ancienne pratique communautaire de l'assolement triennal sur les espaces à vocation céréalière et au droit de vaine pâture; ils s'accompagnent d'un habitat groupé (gros villages);

- les "bocages" ou pays de champs clos de haies, caractérisant la France de l'Ouest et du Nord-Ouest; mis en place à différentes époques (Moyen Age, XVIIIe et XIXe siècles), ils expriment l'individualisme agraire, le droit de clore, repoussant les pratiques communautaires; ils sont associés le plus souvent à un habitat dispersé (hameaux et fermes isolées);

- le paysage agraire méditerranéen (Languedoc, Provence), reflétant les différences naturelles de relief et de sol : terres de parcours sur les "garrigues", terres de culture dans les bassins, terres arboricoles le long des versants; il s'accompagne d'un habitat villageois groupé; l'Aquitaine est à part, avec ses champs abrités de haies coupe-vent, son habitat groupé dans les plaines et dispersé dans les collines.

CADRE ÉCONOMIQUE

Si les années 1800-1860 ont été l'âge d'or démographique et économique du monde rural, les décennies qui ont suivi et la première moitié du XXe siècle en ont vu le déclin progressif avec la crise du phylloxéra, l'exode vers les villes du prolétariat agricole, la saignée de la 1re guerre mondiale. En 1931, la population urbaine dépassait la population rurale. Même si jusqu'à la fin des années 1960 l'agriculture devait rester la première "industrie" nationale, dix ans plus tard la France rurale était en voie de dislocation, n'employant plus que 2 millions de personnes en 1977. La transformation du pays en grande puissance industrielle et technologique a eu pour contrepartie l'extension du "désert" français : fermes et hameaux abandonnés, villages et bourgs se vidant, maisons rurales transformées en résidence secondaires pour citadins.

DÉCOUPAGE RÉGIONAL

Le récent découpage du pays en 22 régions administratives, constituées à partir du regroupement des départements créés à la révolution, se superpose plus ou moins bien à la mosaïque des anciennes provinces ethno-linguistiques ou historiques des XVIe-XVIIIe siècles, toujours présentes dans la conscience populaire au XXe siècle. Ces provinces peuvent servir de cadre commode à l'étude de l'architecture vernaculaire du pays. On distinguera :

- dans la moitié nord : l'Ile-de-France, la Picardie, la Normandie, les pays de Loire, les pays du Centre, la Champagne, la Bourgogne, la Franche-Comté, la Lorraine, plus la Bretagne à l'ouest et l'Alsace à l'est;

- dans la moitié sud : la Gascogne, le Pays Basque, le Béarn, le Périgord (et le Quercy), l'Auvergne (et le Limousin), le Languedoc (et le Roussillon), la Provence, plus la Savoie et le Dauphiné au sud-est.

II - L'ARCHITECTURE RURALE

UNE ARCHITECTURE VARIÉE

L'architecture vernaculaire rurale de la France est d'une très grande variété, que n'ont pas manqué de souligner les études spécialisées conduites depuis un siècle. D'une région à l'autre et à l'intérieur d'une même région, une foule de différences morphologiques s'observent dans la nature et la mise en œuvre des matériaux de construction, la pente et le volume des toits, la forme et l'agencement des baies, les détails ornementaux, etc. Toutefois, dès que l'on franchit le seuil des maisons, ces différences superficielles s'estompent et l'on distingue des partis de plan qui transcendent, de façon continue ou discontinue, les limites régionales, voire dans certains cas les frontières nationales. A l'échelle du pays, le type de plan peut donc servir de base à une classification des maisons rurales, cette expression étant prise au sens restreint d'unité de logement plutôt qu'au sens large d'unité de résidence (incluant bâtiment d'habitation et locaux d'exploitation).

PARTI DE PLAN ET CLASSIFICATION DES MAISONS RURALES

Selon les travaux les plus récents (C. Bans et P. Gaillard-Bans, C. Lassure, G. I. Meirion-Jones), on peut distinguer les plans fondamentaux suivants :

- la maison à pièce unique,

- la maison longue ou "longère",

- la salle sur rez-de-chaussée ou "salle haute",

- la maison au plan à distribution axiale,

- la maison profonde à nef et bas-côtés,

toutes maisons existant sous une forme élémentaire mais aussi sous des formes dérivées.

LA MAISON À PIÈCE UNIQUE

C'était la maison de l'ouvrier agricole sans terre, matériel ni cheptel, attaché à une grosse exploitation. Elle consistait en une pièce unique plus proche du carré que du rectangle, de plain-pied et sans étage, avec en pignon une cheminée et un four. La façade, généralement en gouttereau, avait pour ouvertures une porte et une petite fenêtre. Une table, des bancs, des lits, une armoire constituaient le mobilier. Y logeait une maisonnée souvent nombreuse, le grenier servant alors de chambre d'appoint.

Si la maison de manouvrier était habituellement isolée, on en trouvait également qui étaient jumelées, voire qui faisaient partie de toute une rangée de maisonnettes (ainsi dans l'Orléanais et le Berry).

Ces maisons se multiplièrent pendant la 1re moitié du XIXe siècle, parallèlement à l'accroissement démographique des campagnes. Avec l'accession à la propriété de leurs locataires, certaines devinrent des fermettes, s'adjoignant même quelques petites dépendances (étable, cellier). Cependant, l'exode rural à partir de la 2e moitié du XIXe devait entraîner leur abandon progressif, si bien qu'aujourd'hui elles ont quasiment disparu du paysage.

COMMUNE DE SAINT-MICHEL-DE-COURS  (LOT)

Maison de petit agriculteur ou d'ouvrier agricole (fin XVIIIe - début XIXe s. ?)

maison rectangulaire à pièce unique, à entrée en gouttereau, constituant le noyau initial d'une longère à deux unités d'habitation et une étable (non représentés) plus un puits couvert dissocié - dim. intér. de la maison : long. 6,10 x larg. 5,00 m; dim. intér. du bâtiment du puits : 3,10 m de côté

Plan au sol

1 - maison à pièce unique; 2 - puits couvert

a - cheminée; b - évier en pierre; c - entrée; d - fenestron; e - pierre d'attache

Relevé C. L. (8/08/1982)

LA MAISON LONGUE OU "LONGÈRE"

C'était la maison des petits paysans (journaliers possédant un petit lopin, métayers, petits exploitants) et des petits artisans. Elle était très répandue dans les zones de pauvreté, en particulier dans tout l'Ouest. C'est une maison étroite, à développement en longueur selon l'axe de la faîtière, de plain-pied, aux accès généralement en gouttereau, plus rarement en pignon.

Dans les "longères" purement paysannes, on distingue, selon l'articulation des locaux d'exploitation à la pièce d'habitation, quatre types :

- la "longère" à pièce unique commune aux hommes et aux animaux,

- la "longère" à pièce d'habitation augmentée d'une étable,

- la "longère" à pièce d'habitation augmentée d'une grange-étable,

- la "longère" à étable ou à grange-étable dissociée, formant l'amorce d'une cour ouverte.

Dans les "longères" à cohabitation des humains et du cheptel (attestées en basse Bretagne, Normandie, Mayenne, Anjou, mais aussi dans le Cantal, la Lozère et les Pyrénées ariégeoises), le bétail était relégué à l'extrémité opposée au foyer, le sol étant en pente pour éviter que le purin n'envahisse la pièce. Dans le meilleur des cas, une cloison en planches séparait l'étable de la pièce d'habitation.

Les aménagements étaient des plus sommaires : une cheminée adossée au pignon avec un four extérieur, un évier ménagé en gouttereau à côté de la porte d'entrée. Le mobilier comportait une table (succédant au plateau sur tréteaux commun avant le XVIIe siècle), des lits plus ou moins clos, un pétrin, un bahut (remplaçant le coffre où l'on rangeait vêtements et objets précieux), un vaisselier, une armoire, des bancs ou des chaises (ces dernières se généralisant après 1850).

LOT

Maison de petit agriculteur (XIXe siècle)

Longère formée par l'adjonction d'une étable-fenil à une maison rectanguaire à pièce unique; four à pain à une extrémité, citerne non couverte à l'autre - dim. intér. : pièce unique : long. 6,50 x larg. 4,00 m - étable : long. 7,55 x larg. 4,00 m

Plan au sol

1 - salle à vivre; 2 - étable à ovins surmontée d'un fenil; 3 - citerne non couverte; 4 - four à pain

a - cheminée; b - évier; c - citerne intérieure; d - crèche-mangeoire; e - entrée; f - fenêtre

Relevé C. L. (15/08/1982)

LA SALLE SUR REZ-DE-CHAUSSE OU "SALLE HAUTE"

C'était l'habitation des notables ruraux, des riches marchands et artisans villageois (tisserands, maréchaux-ferrants) et aussi des vignerons au début des Temps Modernes. Avec l'avènement de l'ère industrielle dans le 1er tiers du XIXe siècle, elle déchut dans l'échelle sociale, devenant maison de petit paysan par adjonction d'une grange-étable en longueur.

Elle comporte un niveau de plain-pied, destiné aux fonctions de production et de stockage, l'habitation étant reléguée à l'étage. On accède à celui-ci par un escalier et un palier extérieurs, généralement disposés contre un gouttereau et couverts d'une avancée du toit soutenue par des poteaux ou des piliers.

S'il ne subsiste plus que quelques témoins de "salle haute" dans la France du Nord, par contre le type est encore présent en nombre dans le reste du pays, en particulier dans les régions de vignoble (haut Quercy, vallées du Rhône et de la Saône, Touraine, etc.). Dans les hautes vallées du Béarn, la maison montagnarde est du type "salle haute", le rez-de-chaussée servant d'étable et l'accès à l'étage d'habitation se faisant par un escalier intérieur. Le pignon sert de façade dans les témoins les plus anciens, renvoyant ainsi à une tradition médiévale.

LIEU DIT LA VALADE, COMMUNE DE FAYCELLE (LOT)

Maison d'artisan ou de notable villageois construite au XVIIe siècle et agrandie en pignon au XVIIIe

Maison du type salle sur rez-de-chaussée utilitaire ou salle haute, à pignon sur rue et à façade en gouttereau, avec accès à l'étage d'habitation par une rampe de terre. Dim. intér. : 1/ noyau initial : long. 8,85 x 4,85 m - 2/ avec extension : long. : 12,30 x larg. 4,85 m

Plan du rez-de-chaussée (cave) (image du haut)

1 - module originel (XVIIe s.); 2 - extension du module originel avec déplacement du pignon (18 e s.); 3 - réduit sous la rampe d'accès à l'étage; 4 - appentis ruiné (XIXe s.); 5 - fournil; 6 - four; 7 - rue

a - entrée originelle; b - entrée de l'extension; c - entrée présumée de l'appentis; d - puits; e - fenestron muré

Plan de l'étage habité (image du bas)

1 - rampe d'accès avec puits traversant; 2 - salle originelle (XVIIe) cloisonnée en chambres au XIXe s.; 3 - extension de la salle avec déplacement du pignon (XVIIIe s.)

a - entrée d'origine (XVIIe s.); b - entrée de l'extension millésimée (1789); c - cheminée; d - évier (XVIIIe s. ); e - placard mural (ancien évier XVIIe s.); f - escalier d'accès (en bois) au comble

Relevé C. L. (12/08/1982)

LA MAISON AU PLAN À DISTRIBUTION AXIALE

Apparue en haut de la société à la Renaissance (avec le "manoir Renaissance"), la maison au plan à distribution axiale et à la façade à ordonnance symétrique est descendue progressivement dans la hiérarchie sociale, gagnant la bourgeoisie des villes et des bourgs puis la paysannerie moyenne aux XVIIIe et XIXe siècles (avec la "maison de maître").

Extérieurement, elle présente une façade qui s'ordonne symétriquement par rapport à une entrée centrale et s'élève sur deux niveaux, parfois trois, sous la pente d'un toit imposant percé de lucarnes. Intérieurement, un couloir central individualise deux pièces au rez-de-chaussée, l'une servant de cuisine, l'autre de salle de réception. Ce couloir abrite l'escalier montant à l'étage, où deux chambres se répartissent de part et d'autre d'un couloir axial.

Dans certaines fermes à cour centrale des pays du Centre, dans certaines "bastides" de Provence, etc., ce type de maison servait à abriter à la fois le propriétaire et le fermier, chacun d'eux disposant des pièces d'un côté du couloir central.

LIEU DIT LA GRANGE, COMMUNE DE JUILLES (GERS)

Plan à distribution axiale d'un logement aménagé au milieu du XIXe siècle dans le rez-de-chaussée utilitaire d'une ancienne grange fortifiée du XVIe siècle

Dim. extér. : long. 17, 15 x larg. 13,80; dim. intér. : 13,80 x larg. 9,90 m; épaisseur des parois extérieures en pisé banché : 1,70 m

1 - couloir central (délimité par des refends en briques crues); 2 - cuisine; 3 - salon; 4 - chambre; 5 - chai

a - cheminée; b - potager; c - évier; d - placard; e - armoire; d - escalier d'accès aux étages

Relevé C. et J.-M. Lassure (29/07/1983)

LA MAISON PROFONDE À NEF ET BAS-CÔTÉS

C'est une maison à développement en profondeur (c'est-à-dire perpendiculairement à l'axe de la faîtière) dont l'ossature interne - une charpente à couples de poteaux portant ferme - délimite une nef encadrée de deux bas-côtés ou, plus rarement, d'un seul. Elle regroupe, sous un même toit, les fonctions d'habitation et d'exploitation, abritant à la fois humains, cheptel, matériel et réserves. Cette promiscuité relève d'une conception totalement opposée à celle de la ferme aux bâtiments ordonnés autour d'une cour centrale.

Les maisons à nef et bas-côtés sont en fait des maisons construites pour des métayers, à l'origine par des seigneurs nobiliaires ou ecclésiastiques, ultérieurement par la bourgeoisie de robe ou marchande. Les témoins les plus anciens remontent au XVIIe siècle et les plus tardifs au XIXe. Certaines maisons de ce type ont d'abord été des granges à nef et bas-côtés relevant de domaines d'Ancien Régime, dans lesquelles un logis en dur a été aménagé au XIXe siècle.

Le type se rencontre en assez grand nombre dans les Landes, le Pays Basque, en nombre moins élevé dans l'Agenais, la Charente, le bas Quercy, la Lorraine. Quelques témoins sont présents en Bourgogne, en Champagne, dans le Berry, en Périgord.

Dans ces maisons, la division fonctionnelle épouse généralement la division constructive de la charpente, ainsi dans certains spécimens basques du XVIIe siècle, où des refends longitudinaux, perpendiculaires au pignon-façade et joignant les poteaux, délimitent une nef centrale à usage de remise, d'aire à battre, de vestibule (l'"eskaratza", c'est-à-dire le "carré"), et deux collatéraux, l'un pour l'habitation des humains, l'autre pour les locaux d'exploitation, le tout sous un vaste fenil-grenier. Le seul élément transversal est un cellier ou une étable ajoutée à l'arrière du bâtiment.

LIEU DIT GAHARDOU À OSSÈS (PYRÉNEES-ATLANTIQUES)

Maison du type à nef et bas-côtés à façade en pignon, construite en 1635 pour deux ménages

Dim. extér. : pignon 16,62 x gouttereau 18,30 m. la division fonctionnelle épouse la division constructive de la charpente

Nef : 1 - remise et pièce de distribution
Bas-côté de droite : 2 - cuisine; 3 - chambre; 4 - écurie; 5 - étable
Bas-côté de gauche : 6 - cuisine; 7 - chambre; 8 - cellier

Monographie PA 22 du volume Pays aquitains du Corpus de l'architecture rurale française

Inversement, la division fonctionnelle peut ne pas recouper la division structurelle, ainsi dans certains témoins des XVIIe-XVIIIe siècles observables dans les villages-rues de Lorraine : des refends transversaux, perpendiculaires aux alignements longitudinaux de poteaux, déterminent trois travées d'occupation (les "rangs"), la 1re pour le logement des humains, la 2e pour celui du bétail et la 3e pour l'engrangement, chacune avec son ouverture propre en gouttereau-façade.

RUE DU CHEMINEL A BARISEY-AU-PLAIN (MEURTHE-ET-MOSELLE)

Ferme de laboureur datant de 1721, reconstruite en partie en 1862. Maison du type à nef et bas-côtés à façade en gouttereau

La division fonctionnelle n'épouse pas la division constructive de la charpente : trois refends transversaux déterminent trois rangées d'occupation. Dim. extérieures : pignon 22,50 x gouttereau 17,50 m.

Rang à usage d'habitation : 1 - cuisine; 2 - chambre; 3 - buanderie; 4 - débarras; 5 - couloir
Rang à usage de grange : 6 - grange
Rang pour les animaux : 7 - écurie; 8 - étable; 9 - porcherie

Monographie LO 08 du volume Lorraine du Corpus de l'architecture rurale française

LA FERME À COUR CENTRALE

Au concept de la maison profonde regroupant en un seul bloc et sous un même toit toutes les fonctions de la ferme, s'oppose le concept de la ferme aux fonctions disjointes réparties autour d'une cour centrale. A l'intérieur de cette catégorie, on distingue traditionnellement la ferme à cour fermée de celle à cour ouverte.

La ferme à cour fermée. Elle était le centre d'un domaine foncier exploité en faire-valoir direct ou indirect par un "maître" dirigeant et surveillant un nombreux personnel. Si avant le XVIIIe siècle, cet espace clos, d'origine nobiliaire ou ecclésiastique, avait pu obéir à des impératifs de sécurité et de défense, par la suite il n'a plus répondu qu'à la nécessité de se protéger des éléments atmosphériques ou des regards, tout en restant synonyme de puissance économique et de prestige social.

Dans sa configuration la plus typée, la ferme à cour fermée est une cour bordée, sur ses quatre côtés, de bâtiments ou de murs, avec pour seul accès une porte cochère monumentale accotée d'une porte piétonnière. Le corps de logis est du côté opposé à l'entrée, les étables et écuries occupent les côtés qui lui sont perpendiculaires, tandis que la grange est du côté où s'ouvre l'entrée de la cour.

Elle est répandue dans les régions céréalières s'étendant au nord de la Loire jusqu'à la frontière belge (Beauce, région parisienne, Champagne pouilleuse, Picardie, Flandre wallonne). En dehors de la France du Nord, elle ne se rencontre qu'individuellement ou par petits groupes isolés.

Exemple de ferme à cour fermée dans les Flandres françaises (carte postale du début du XXe siècle)

La ferme à cour ouverte. Par opposition à la ferme à cour fermée, elle a ses bâtiments non pas jointifs mais séparés les uns des autres par des intervalles ouverts. Cette disposition est caractéristique des grandes fermes où l'élevage occupe une place importante : les intervalles facilitent le passage du bétail. L'origine de ce type de ferme est à chercher dans le développement d'une exploitation agricole à partir d'une maison, "longère", "salle haute" ou autre.

L'aire d'extension de la ferme à cour ouverte va de la Flandre occidentale à la Vendée, couvrant tous les pays de l'Ouest (Normandie, Bretagne, Maine, Anjou); elle barre transversalement la France du Poitou au Charolais. Ailleurs, le type ne se présente plus qu'en îlots.

Poussé à l'extrême, le type donne la ferme du pays de Caux (haute Normandie), avec ses bâtiments dispersés au milieu d'un espace mi-pelouse mi-verger (la "masure") et entourée sur ses quatre côtés d'une levée de terre plantée de grands arbres et percée de plusieurs barrières. Ou encore la ferme des Landes, avec ses bâtiments disséminés à la surface d'une pelouse plantée de chênes (l' "airial") et dépourvue de clôtures et de haies.

Exemple de ferme à cour ouverte en Sologne (carte postale du début du XXe siècle)

LA RECONSTRUCTION DU XIXe SIÈCLE

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, qui vit la construction ou la reconstruction d'une bonne partie des maisons et des bâtiments ruraux, les matériaux dominants étaient le pan de bois, le torchis, le pisé, les pierres tirées des champs, la terre, etc. (pour les murs), et le chaume de seigle, le genêt, le roseau, la tuile de bois, etc. (pour les toitures), sauf pour les maisons les plus aisées. Le paysage architectural était de ce fait relativement homogène d'un bout à l'autre du pays.

A la fin du XIXe, cette relative homogénéité avait cédé la place à une grande diversité : l'accession à la propriété du prolétariat agricole et l'enrichissement de la petite paysannerie leur avaient permis d'accéder à des matériaux (pierres de taille, briques, ardoises, tuiles de terre cuite, chaux, etc.) antérieurement réservés aux classes aisées et désormais disponibles en quantité grâce au progrès technique (ouverture de carrières, création de tuileries-briqueteries et de fours à chaux, transports ferroviaires et fluviaux). Ainsi la brique industrielle conquit la Sologne sous le second Empire et les débuts de la 3e République, servant à remplacer le torchis dans les bâtiments anciens en pans de bois et à élever les murs des maisons neuves. De même, en haute Auvergne, les toitures en chaume ou en lauses firent place, dès le XIXe, aux couvertures d'ardoise bleue des carrières d'Allassac en Corrèze.

Ce mouvement de construction ou de reconstruction, amorcé plus ou moins tard selon les régions, a été signalé dès l' "Enquête sur les conditions de l'habitation en France", publiée sous la direction d'Alfred de Foville et Jacques Flach en 1894 et 1899. S'y trouvent systématiquement opposés "type ancien" et "type moderne", "ferme ancienne" et "ferme nouvelle", c'est-à-dire les maisons des XVIIe-XVIIIe siècles et celles du XIXe par lesquelles elles avaient été remplacées.

BIBLIOGRAPHIE

DEMANGEON, Albert, 1946," L'habitation rurale", chap. 8 de France économique et humaine, in Géographie Universelle (publiée sous la direction de P. Vidal de la Blache et L. Gallois), t. 6, La France (Paris : Armand Colin)

de FOVILLE, Alfred, et FLACH, Jacques, 1894 et 1899, "Enquête sur les conditions de l'habitation en France. Les maisons-types", 2 volumes (Paris : Comité des travaux historiques et scientifiques)

GAILLARD-BANS, Patricia, 1979, "Aspects de l'architecture rurale en Europe occidentale", série Etablissements humains et environnement socio-culturel, vol. 15 (Paris : Unesco)

LASSURE, Christian, 1984, "L'architecture vernaculaire : une approche et un moyen pour la sélection des témoins architecturaux domestiques, agricoles et pré-industriels à protéger et à conserver", in L'architecture vernaculaire, t. 8 (Paris : CERAV)

MEIRION-JONES, Gwyn I., 1985, "The vernacular architecture of France: an assessment", in Vernacular Architecture, vol. 16 (VAG)

 

Resumen

La arquitectura vernácula de Francia

Las casas rurales

La enorme extensión de Francia asi como sus particularidades regionales han dotado a la arquitectura vernácula francesa de una gran variedad de formas. Así por ejemplo, la casa, presenta claras diferencias según sus caractéristicas o su emplazamiento. En este trabajo, el professor Christian Lassure hace una clasificatión de las casas rurales francesas basándose en los diversos tipos de planta. Distinguiendo los siguientes:

- La casa con habitación única. Era la vivienda del obrero agrícola sin tierra, de gran simplicidad, consiste en una pieza unica, más cercana al cuadrado que al rectángulo.

- La casa larga o alargada, que sería la vivienda del pequeño labrador y del pequeño artesano. Suele encontrarse en las zonas más pobres, en particular en todo el oeste del país. Es una casa estrecha, desarrollada a lo largo según el eje de la techumbre. Cuenta con una sola planta. Presenta variedades según se articulen los espacios de explotación con el espacio que se utiliza para vivir.

- la casa con sala sobre la planta baja o sala alta. Era la vivienda de los notables rurales, de los comerciantes enriquecidos y de los artesanos urbanos, así como de los viñateros en los inicios de la Edad Moderna. Muestra un piso inferior destinado a taller o almacén, mientras que la zona de vivienda se emplazaba en el piso superior.

- La casa con plan de distribución axial. Surge en el Renacimiento. Se trata de una vivienda que desciende progresivamente en la jerarquía social, sirviendo desde la burguesía de ciudades y burgos a los campesinos medios de los siglos XVIII y XIX. Exteriormente presenta una fachada ordenada simétricamente, con un entrada central, y distribuida en dos plantas, a veces en tres. Interiormente un pasillo central individualiza las diferentes estancias y de él parte la escalera que comunica con la planta superior.

- La casa profunda con naves central y latarales Se trata de una casa desarrollada en profundidad con el esqueleto interno delimitado por una nave central encuadrada por dos laterales, o solamente por una. En ella se agrupan funciones residenciales y de explotación. Son casas construidas per aparceros, aunque en origen correspondieron a señores nobles o eclesiáticos, y posteriormente a la burguesía administrativa o mercantil. Los testimonios más antiguos se remontan al siglo XVII y los más recientes datan del XIX.

El concepto de casa profundas agroupa en un solo bloque y bajo un mismo tejado todas las funciones de la granja, oponiéndose al concepto de la granja con las diferentes funciones repartidas alrededor de un patio central. En el interior de esta categoría se distingue tradicionalment la granja con patio cerrado (rodeados sus cuatro lados por muros o edificios que sólo permiten la entrada por una puerta) de la de patio abierto (en la que los edificios que la conforma aparecen separados dejando espacios abiertos entre ellos).


© Christian Lassure - CERAV

Actualisé le 17 février 2006 - le 15 décembre 2006 / Updated on February 17th, 2006 - December 15th, 2006

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