L'ARCHITECTURE VERNACULAIRE

TOME 38-39 (2014-2015)

 

ISSN 2494-2413

 
     

Sergio Gnesda (texte) et Pietro Molli (photos)

PIERRE SÈCHE VIVANTE EN ÉTHIOPIE DU SUD-OUEST. LE VILLAGE DE KONSO
 

 

Résumé

Le village de Konso, dans l'Éthiopie du Sud-ouest, est entouré d'une enceinte en pierre sèche destinée à le protéger des coulées de boue, des attaques d'animaux sauvages ou, dans l'ancien temps, des razzias. Dans chaque village de l'ethnie Konso, un réseau de ruelles bordées par des murs en pierre sèche et des palissades de branches mortes divise les zones habitées en quartiers, lesquels abritent les habitations familiales (hutte, grenier), elles-mêmes entourées de murs et de palissades.

Abstract

The village of Konso in Southwestern Ethiopia is ringed by a dry stone enclosure meant to protect it from mudflows, the ingress of wild animals and, in olden times, raids by neighbours. Each and every village of the Konso people is divided into living quarters by a network of narrow lanes lined by dry stone walls and fences of dead branches. Each quarter is occupied by various families whose huts and granaries are protected by similar stone walls and wooden fences.



Les études sur l'architecture vernaculaire en pierre sèche concernent, dans la plupart des cas, et tout particulièrement en Europe, des artéfacts qui ne sont plus utilisés. Mais il existe des situations où les artéfacts en pierre sèche sont un élément intégré et toujours présent dans la vie d’une communauté. La méthode d’étude et de recherche est alors différente car tous les éléments existants sont « authentiques », en ce sens qu'ils ont été conçus et construits pour une utilisation courante, et les populations qui les utilisent peuvent décrire leur fonction et leur signification. Dans ces situations, toutefois, la chronologie des artéfacts n'est pas facile à déterminer car on doit se baser sur des récits et des traditions orales qui ne sont pas toujours faciles à interpréter ou à dater.

Mon ami Pietro Molli, qui par ailleurs connaît bien les murs, terrasses et caselle de Pieve di Teco près d’Imperia (Ligurie, Italie), a eu l'idée, lors d’un voyage en Éthiopie en décembre 2012, de réaliser une documentation photographique sur les murs en pierre sèche d’un village konso. À partir de ses photos et commentaires, et moyennnant quelques recherches, j’ai pu écrire cet article qui, je l'espère, ouvrira la voie à des approfondissements.

En Éthiopie du Sud-ouest, dans le bassin inférieur de l’Omo, à quelques kilomètres du lac Chamo dans le méandre du fleuve Sagan et à 170 km de la frontière avec le Kenya, se trouve le village de Konso de l’ethnie konso.

Localisation.

 Les villages des Konso sont situés au sommet de collines basaltiques et sont structurés comme des forteresses. Chaque village est entouré de plusieurs murs en pierres sèches de 3-4 mètres de hauteur, savamment agencés et flanqués de branchages morts, murs destinés à protéger le village des coulées de boue, des attaques des animaux sauvages et des ennemis. Dans l’enceinte, les huttes sont si rapprochées que les toits parfois se touchent.

Les Konso, qui sont installés dans la région depuis plus de 400 ans, ont construit des villages fortifiés pour se défendre contre les razzias des populations voisines car dans les siècles passés on les considérait comme riches. Quand la population augmentait, les habitants faisaient une nouvelle muraille défensive en pierre sèche autour du vieux village, et ainsi de suite jusqu'à se retrouver avec plusieurs enceintes concentriques abritant les divers quartiers.

Rempart encerclant une partie du village de Konso. © Pietro Molli.

 

Détail du rempart du village de Konso. © Pietro Molli.

Dans chaque village, un réseau d'étroites ruelles bordées de murs en pierre sèche et de palissades de branches d’arbres enchevêtrées divise les zones habitées en quartiers où chaque noyau familial dispose d’un espace privé.

Murs en pierre sèche flanqués de branchages et de troncs morts. © Pietro Molli.

 

Grosses pierres formant la chaussée d’une ruelle. Elles sont polies par le passage des villageois. © Pietro Molli.

L'espace privé est également clos par des murs en pierre sèche et par des palissades. À l’intérieur sont disposés greniers, abris destinés au bétail et diverses huttes circulaires qui servent d'habitations au chef de famille, au fils aîné et à la femme la plus âgée avec ses enfants. L’espace réservé au bétail est généralement en contrebas, séparé de l’espace habitable par un muret qui empêche l’incursion des animaux domestiques dans la hutte familiale.

 

Espace privé d’une famille, avec la hutte familiale (à gauche) séparée, par un muret, du grenier en contrebas. © Pietro Molli.

 

Branchages et petits murs en pierre sèche qui isolent une hutte. © Pietro Molli.

 

Voie d’accès à l’espace privé d’une famille. © Pietro Molli.

 

Espace privé d’une famille délimité par d’imposants murs. © Pietro Molli.

 

L’intérieur de la grande hutte communautaire, le pafta, où les jeunes adolescents masculins viennent passer la nuit. © Pietro Molli.

 

Mur de soutènement d’un petit terrassement. À noter les typiques poteries faîtières des huttes. © Pietro Molli.

Les Konso ont un sens très fort de la solidarité. Il faut la participation de tous pour l’entretien des murs de soutènement des terrasses de culture (qui exigent des soins constants car ils sont fréquemment endommagés par les fortes pluies), pour creuser les puits et pour ériger les hautes murailles défensives de pierre autour des villages ainsi que les murs et palissades à l’intérieur de ceux-ci.

L’organisation sociale des Konso repose sur les classes d’âge. Les rituels et les cérémonies de passage d’une classe d’âge à l’autre se déroulent selon un calendrier établi pour toute la vie. Pour changer de classe et devenir guerrier, un homme doit être capable de soulever au-dessus de sa tête la grosse pierre qui se trouve sur la place du village (mora). Au centre de la place, s'élève l'olayta, le mât des générations, en genévrier sacré. Tous les 18 ans, à l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération, on ajoute un mât à l'olayta, ce qui permet de dater la création du village.

L’olayta, mât des générations et les pierres rituelles. © Pietro Molli.

 

Place du village (mora). Soulever la pierre rituelle n’est pas facile pour notre chauffeur. © Pietro Molli.


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© Sergio Gnesda,  Pietro Molli - CERAV

Références à citer / To be referenced as:

Sergio Gnesda (texte) et Pietro Molli (photos)

Pierre sèche vivante en Éthiopie du Sud-ouest. Le village de Konso (Well and alive, dry stone walling in Southwestern Ethiopia). The village of Konso)

L'architecture vernaculaire, tome 38-39 (2014-2015)

http://www.pierreseche.com/AV_2014_gnesda.htm

3 février 2014

Les auteurs :

Sergio Gnesda, vice-président du CERAV
Pietro Molli

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