L'ARCHITECTURE VERNACULAIRE

TOME 36-37 (2012-2013)

 

ISSN 2494-2413

 
     

Marc GRODWOHL

ENJEUX ESTHÉTIQUES DANS L'ARCHITECTURE RURALE AU XVIe SIÈCLE :
LE CAS DE WOLFERSDORF (ALSACE)

 

Résumé

Pour la première fois, un village alsacien non fortifié a pu livrer une série de datations dendrochronologiques de maisons à pans de bois antérieures aux destructions massives de la Guerre de Trente Ans. Six maisons et une grange ont été datées entre 1550 et 1586 ; elles représentent près de la moitié des feux d’après-guerre. Aussi, n’est-on pas dans le cas d’objets devant leur conservation à leur caractère hors normes et dont la valeur générale serait discutable. Plus encore, les constructions sont groupées en deux ensembles, ce qui permet de les considérer au sein d’un contexte et de poser le problème de leurs interrelations. Il apparaît que cette période marquée par un rythme soutenu de construction est aussi celle d’allers-retours entre des modèles délibérément traditionnels signifiant l’attachement à l’ordre social ancien, et des constructions élaborées selon les théories vitruviennes ; ces dernières mettent en œuvre les principes de la scénographie et un système sophistiqué de rapport de la forme de la maison à chacun de ses éléments.
Les concurrences esthétiques observées suggèrent des tensions au sein d’un même groupe social et une capacité des maîtres d’ouvrage ruraux à formuler leur dessein architectural et à le réaliser avec l’appareil théorique le plus nouveau de leur temps…ou à refuser ostentatoirement celui-ci.
 

Abstract

For the first time ever, a non-fortified Alsatian village has yielded a series of dendrochronological datings of half-timbered houses that predate the massive destruction wreaked by the Thirty Years’ War. Six houses and one barn have been dated to between 1550 and 1586. They account for nearly half the village’s post-war dwellings, which means we are not dealing with objects whose preservation is attributable to their being outside the norm and whose overall value may be questionable. But more importantly, the edifices fall into two groupings, which enables us to examine them within their context and raise the question of their inter-relationship. It appears that the period, besides being marked by a sustained rate of building, is also one of back-and-forth movements between deliberately traditional models that are synonymous with attachment to the old social order, and edifices conforming to Vitruvian tenets and implementing the principles of scenography as well as an elaborate system of relationship of a house’s form to each ot its components.
The aesthetical competition brought to our attention points to the existence of conflicts within the same social group and the ability of rural craftsmen to formulate their architectural design and to achieve it with the most novel theoretical apparatus of their time… or to ostentatiously reject it.

 

I. Introduction

Par tradition, l’évocation de la dimension artistique de l’habitat rural fait penser surtout au décor et aux ornements. En effet, les folkloristes mettaient en avant la capacité de création de la paysannerie. Souvent à leur insu, ils étayaient la thèse d’une ruralité inventive, par opposition à la stérilité artistique d’un prolétariat urbain coupé de l’inspiration et de l’ordre naturels. À un point tel que les « arts et traditions populaires » renvoyaient exclusivement aux objets de la ruralité.

Cette représentation idéologique était compatible avec une autre idée ordinaire, selon laquelle le style « paysan » était une imitation naïve et savoureuse des styles urbains savants. Enfin, celtisme et l’ancienne ethnologie nationale allemande, la Volkskunde, aidant, les érudits surinterprétèrent l’intention magico-sacrée, y cherchant la permanence de croyances anciennes sous le « vernis » chrétien. Le décor renvoyait ainsi à une sorte de pacte immuable avec la Nature : selon les auteurs et les époques, sagesse quasi génétique ou superstition et crédulité des bons sauvages. De ce fonds idéologique subsiste une difficulté à considérer ces maisons comme des objets architecturaux à part entière, c'est-à-dire pensés et dessinés.

La description de l’habitat rural en Alsace est, plus qu’ailleurs encore, biaisée par l’héritage ethnographique. Le décor exubérant, extraverti, des maisons tant rurales qu’urbaines prête aux jugements de valeurs de société (les vertus de la campagne travailleuse), d’ethnie et de Nations (Germains contre Latins, Allemands contre Français) lorsque -par exemple- on veut reconnaître dans l’agencement des pièces du pan de bois l’alphabet runique des anciens Germains.

Ces thèses ont été discréditées, en raison de leur orientation ethnique consubstantielle du national-socialisme, de l’exaltation du génie de la terre par le régime de Vichy. En dépit de leur connotation raciale et agrarienne, ces idées nourrissent toujours, par une sorte de pensée automatique, une partie de la littérature française. En Allemagne, la rupture avec le fonds idéologique de la Volkskunde est consommée depuis l’Après-guerre : la science de la maison, Hausforschung, enrichit en permanence le corpus de maisons datées et étudiées suivant des standards exigeants et un flot continu de publications. Il existe une pratique libérale de la Hausforschung, que l’on peut qualifier de florissante compte tenu de l’obligation faite aux propriétaires de fournir aux autorités une étude historique du bâti qu’ils souhaitent transformer ou le cas échéant détruire.

Soucieuse de tourner le dos aux interprétations culturelles qui ont fondé l’idéologie nazie, la science de la maison allemande privilégie les éléments objectivables, pour l’essentiel les dispositions techniques de la construction et leurs distributions spatio-temporelles.

La rationalité technocentrée de l’archéologue-ingénieur s’accorde avec celle du géographe, qui relie la forme de la maison à ses contextes physiques et sociaux. Mais une sorte de noyau dur, ce que l’habitant affirme de son individualité dans le groupe, au moyen de son habit(at), reste peu exploré : au meilleur des cas il est qualifié de facteur culturel irréductible, depuis l’ouvrage pionnier d’Amos Rapoport [1].

De mon point de vue, une maison peut être décrite au-delà du visible, selon une méthode ethnographique et sous réserve d’une étude archéologique préalable. Si les acteurs directs, maîtres d’oeuvre et habitants, ne sont plus interrogeables, leurs oeuvres font entendre des fragments de parole. Le dessein des constructeurs, la meilleure adéquation des fonctions et des ressources (économiques, techniques) se réalisait avec un outillage qui n’était pas seulement empirique et transmis oralement. Ce n’est pas une idée nouvelle, l’impact des traités savants d’architecture aux champs, du XVIe s. au XIX e s. a déjà été pris en compte par des chercheurs éminents [2]. Cependant, nombre d’auteurs demeurent sous l’emprise d’une idéologie de la domination : de l’urbain sur le rural, du goût des classes supérieures sur l’absence de goût des classes présumées inférieures. À force d’observer les maisons d’un petit territoire d’une centaine de communes au Sud de l’Alsace, le Sundgau, et de le scruter sporadiquement avec un regard rafraîchi par l’air de l’époque et ma propre évolution, je me suis convaincu d’une nécessité : considérer les objets dans des espaces et des périodes circonscrits, afin de décrire leurs interrelations et les variables au sein de séries en apparence homogènes. Depuis ce point de vue, je pense peut-être davantage « architecture locale », une catégorie de travail provisoirement plus adaptée et plus objective que celle invoquant automatiquement la ruralité.

Je m’efforce de ne pas dissocier les faits techniques (un mode de construire) et les formes (une morphologie, un style, un répertoire décoratif). Je voudrais les saisir comme autant d’éléments d’un même langage. Par ce biais, je crois pouvoir rattacher des constructions fort différentes d’aspect à une même pensée constructive, renvoyant à des aspects sociétaux communs. Il m’est apparu récemment que la question de l’esthétique, comme autonomisation de l’individu au sein du groupe, était fondamentale et qu’on pouvait tenter de la poser en termes scientifiques. La concurrence dans l’affirmation de l’individu ne se nourrissait pas seulement de surenchère, apparente et évidente, des dimensions, du confort et de la profusion décorative de la maison. Elle puisait son inspiration dans le renouvellement de la pensée architecturale du XVIe siècle, diffusée non par l’imitation servile des réalisations d’envergure, mais par un accès direct à leurs fondements théoriques. Les éditions de Vitruve en langue vulgaire, la circulation des connaissances facilitées par la mobilité des hommes, notamment de l’Italie du nord vers le sud de l’Alsace, les modalités d’accès à la maîtrise et la règlementation professionnelle en général, autant de facteurs de diffusion de la théorie auprès de maîtres d’ouvrage et maître d’oeuvre en quête de solutions architecturales.

2. De l’ossature transparente à la forme pleine

Dans un précédent article, publié dans « L’Architecture vernaculaire » [3], j’ai présenté deux contrats de 1498 et 1554, entre maîtres d’ouvrages et charpentiers, concernant la construction de maisons en pans de bois aux environs de Strasbourg. Dans le cas de 1498, le maître d’ouvrage passait commande d’une « maison à quatre pignons », soit une construction à deux pignons et deux murs de refend constituant ferme. Désignant le bâtiment par les éléments répétitifs, les « portiques » qui le structurent, le contrat décrit la maison à travers son système technique, sans différenciation d’un dedans et d’un dehors. Un objet sans contours ni peau pourrait-on dire. En 1554, le second contrat désigne expressément une « forme », celle de la maison à encorbellement ; la répartition intérieure ressort des stipulations détaillées du contrat et non de la définition préalable de l’objet à construire.

Deux contrats ne suffisent pas à justifier l’hypothèse d’une maison qui prendrait visage au cours de la première moitié du XVIe s., en raison de l’importance croissante de l’apparence extérieure, du paraître de la maison et de celui qui l’habite. Cependant, on observe que durant la première moitié du XVIe s ., les maisons rurales datées (en pierres) se font nombreuses et ne dérogent pas au style de leur époque. Pauvre il y a peu de temps encore, le corpus de maisons en bois devient à présent plus abondant pour cette période, grâce à la multiplication, encore modeste, des analyses dendrochronologiques.

Ces deux contrats et l’accroissement en qualité et en nombre des objets à interroger, m’ont conduit à revenir sur le terrain de mes enquêtes de jeunesse, le Sundgau, territoire vallonné d’une centaine de communes en Alsace méridionale, appuyé sur le Jura. Cette nouvelle recherche a débouché sur une publication en 2010 [4]. Dans la mesure du possible, j’ai voulu saisir les maisons à pans de bois depuis l’ « intérieur », c'est-à-dire en essayant de lire la construction avec les mots qu’employaient, pour la décrire, maîtres d’ouvrages et charpentiers au bas Moyen Âge. Sans étonnement, les catégories de construction que l’on peut en dégager diffèrent des typologies actuelles. La thèse encore couramment admise (en France) d’une construction à bois courts et fermes de charpente sans poteaux, succédant à la construction à bois long et poteaux faîtiers au terme d’un processus évolutif essentiellement technique et rationnel, est mise en question. De même, il n’y a plus guère de crédit à donner à l’idée d’une subordination de l’architecture des champs à celle des villes par imitation tardive et souvent maladroite de la seconde par la première. Dans les lieux étudiés, il semble que les techniques que la rationalité technicienne contemporaine oppose ont pu coexister, car ce ne sont que des variantes là où nous voyons des « types » antinomiques. Maîtres d’ouvrage et d’oeuvre avaient accès à un large éventail de choix techniques. De la même manière, ils n’ignoraient rien du style, des styles faut-il dire puisque cohabitaient en tant que catégories savantes le gothique « allemand » et le retour à l’antique latin, amplement théorisés dans les milieux intellectuels et artistiques au cours de la première moitié et surtout au milieu du XVIe s. Inutile de persévérer dans l’opposition du Renaissance des villes au gothique « attardé » des campagnes. Ce sont deux styles autonomes, contemporains et équivalents ; le rural y puise au même titre que l’urbain et en même temps. Aussi, assimiler le gothique au fixisme de campagnes arriérées d’une part, et d’autre part la Renaissance aux dynamiques urbaines de progrès d’autre part, est caricatural. Au final, l’emploi de telle technique plutôt qu’une autre, son association à un style plutôt qu’un autre, conduisent à produire des objets chargés de significations. Les uns expriment la fidélité à un ordre ancien et idéal des choses, ou une aspiration à la réalisation du passé fantasmé dans le présent. Les autres expriment une entrée dans la dynamique de la mode.

L’espace normé du village du Sundgau est un terrain privilégié d’observation de ces tensions. De part et d’autre de la rue, les pignons se font miroirs des mêmes distributions intérieures, des mêmes modes d’habiter. Toutefois, stylistiquement parlant, ils sont en concurrence, affichant des visions du monde divergentes et une concurrence entre individus. On ne peut pas se contenter d’expliquer cette dernière par la surenchère du paraître, sauf à s’aventurer sur le terrain biologique. Impossible et vain dès lors, d’essayer de rapprocher des époques et des « types » issus d’une seule évolution technologique interne et d’étapes successives de perméabilité aux styles savants. La plupart des formes sont simultanées, nous avons pu le mettre en évidence à la faveur d’un nombre de maisons datées auquel nous n’avions pas accès lors de nos premières recherches voici quarante ans [5]. À ce point, la question nouvelle concerne la nature des relations entre les maisons, dans un temps et un lieu donnés, et non dans des seuls enchaînements typo-chronologiques dans le temps long et au sein d'espaces souvent fabriqués pour les besoins de la cause (par exemple les « pays »).

3. Un système de proportions rattachant l’architecture rurale aux règles vitruviennes

La nature des relations (imitation, adaptation, rejet…) entre les styles de maisons s’évalue à travers les concepts que leurs constructeurs mobilisent ou non. La notion de concept nous fait rechercher des apparentements indécelables au premier coup d’oeil. Nous en prenons pour exemple deux maisons de 1554, celle de Vendenheim connue par le contrat évoqué ci-dessus, et à 150 km au sud, dans le Sundgau, à Ballersdorf [6]. Leur pignon s’inscrit dans un cercle. Le diamètre est égal à la largeur de la maison et sa hauteur entre sablière basse et faux-entrait du toit. Dans ce cercle s’inscrit un rectangle debout de 1 :1,666… dont le sommet détermine l’emplacement en hauteur et la largeur du faux-entrait de la ferme (trapèze supérieur du pignon). Les diagonales du rectangle déterminent la position de l’entretoise formant appui des fenêtres de l’étage, à son croisement avec le poteau central dans le cas de la maison de Ballersdorf. C’était probablement aussi le cas de celle de Vendenheim qui bien qu’à bois courts, présentait un pignon à division symétrique).

Figure 1. Maisons de 1554. À gauche Vendenheim (reconstituée d’après le contrat de maîtrise d’œuvre). À droite Ballersdorf.

Le rapport 1 :1,666… régit également le plan au sol des maisons de Basse Alsace connues par contrats de 1498 et 1554, d’une maison conservée datée 1570 semblable à celle de 1554 dans le même village de Vendenheim, et enfin du presbytère de Meistratzheim suivant le plan joint au contrat de construction de 1673. Ce rapport largeur/longueur n’a cependant rien de général, et est ignoré des maisons du XVIe siècle dans le Sundgau.

Figure 2. Règle pythagoricienne de 1 :1,666 appliquée dans trois plans au sol de maisons de Basse Alsace

Limitons-nous à présent au Sundgau, cadre de ce travail, pour examiner le cas de Ballersdorf. Le tracé « en rosace » confère à cette maison de 1554 deux qualités. D’une part, bien qu’il s’agisse d’une construction sans poteau (« colonne ») et panne faîtiers, la symétrie est assurée visuellement par un fort poteau central, prolongé par un second poteau au niveau des combles. Ce parti de symétrie n’est pas justifié par un motif technique (ce qui serait le cas dans une construction à portique, c’est à dire à poteau central continu du sol au faîtage) ; il relève croyons-nous de ce que nous appellerons la tradition, c'est-à-dire la fidélité à l’image de la maison du père, symbolique du respect de l’ordre ancien des choses. Néanmoins, optiquement, on perçoit une forme circulaire ; nous y voyons une application des préceptes vitruviens de la scénographie, soit l’adaptation de la forme à la vision sphérique du spectateur. De fait, les maisons plus anciennes, dans la région méridionale du Sundgau, n’obéissent pas à cette règle du dessin englobant et centré qui paraît introduite vers 1550 mais non généralisée.

On notera que ce tracé, issu d’une rosace à six branches, est une des solutions pour l’implantation sur terrain d’ angles droits selon la règle de Pythagore, soit une valeur de 3 pour la base, 4 pour la hauteur, 5 pour l’hypoténuse, cette dernière étant ensuite redressée pour déterminer une nouvelle hauteur de rapport 1,666… sur la base 1.

Au cours de la deuxième moitié du XVIe siècle, le tracé circulaire englobant à ponctuation centrale que nous qualifierons dorénavant et par convention de « vitruvien », se diffuse largement sans devenir systématique. Il vient organiser le dessin de constructions traditionnelles à pignon symétrique, dont le centre sera alors appuyé par un décor, un relief sculpté. Mais il permet surtout de résoudre des problèmes complexes, quand il faut concilier la complexification du plan intérieur, la hiérarchisation des locaux [7] (qui perturbe la distribution des poteaux en pignon) et l’intégration de pans de bois ouvragés décoratifs. Une partie des solutions mises en œuvre pour ces cas de maisons « vitruviennes » est intégrée par les maisons « traditionnelles » en suivant les mêmes règles théoriques. D’autre part, le vocabulaire induit par ces solutions vitruviennes (procédant d’une théorie comprise par l’artisan et sans doute le maître d’ouvrage) est transposée, d’une manière purement formelle, à des constructions qui ignorent la base théorique –peut-être jugée inutile et trop contraignante pour la réalisation du programme-. Les objets « déviants » ainsi obtenus s’avèrent à leur tour des sources d’inspiration pour les constructions à tracés rigoureux, qui en incorporent les formes à leur système de rapports entre les parties et le tout.

Ces allers-retours entre le théorisable et l’empirique, ce mouvement de balancier entre le vieux et le neuf, relèvent de la mode : comme le vêtement, la maison se fait objet concurrentiel entre des individus appartenant peu ou prou au même groupe social.

Au sein de ce jeu concurrentiel, les règles vitruviennes de composition architecturale sont appliquées pour donner forme à des intentions opposées. À un extrême, elles permettent d’accentuer, « dramatiser » les caractères symboliques du respect d’une tradition, entendons d’une volonté délibérée de conserver par l’image un ordre ancien. À l’autre extrême, elles posent une trame sur laquelle le style nouveau se construit et s’affiche. Desseins opposés donc, mais référence théorique commune qui donne aux maisons de l’un et l’autre bord un air de famille et en fait des objets également « savants ».

Telle était l’hypothèse posée au terme de notre enquête de 2009-2010 dans le Sundgau. Restait à l’approfondir –ou l’infirmer- en s’appuyant sur de nouveaux cas datés, et relevés par nous-mêmes. Une question restait cependant en suspens. On comprend la concentration des enjeux de représentation sur les pignons, car ils sont confrontés à leur image inversée, les pignons opposés de l’autre côté de la rue. À l’issue de notre recherche précédente, nous demeurions bredouille sur les rapports de proportion entre pignons et façades, sur les faits géométriques constants quel que soit le programme du constructeur. Pourtant, s’il y a une règle, comme le donne à penser l’analyse des pignons, on ne peut admettre qu’elle s’applique seulement à une partie de la maison. Elle doit régir tous les rapports de proportionnalité entre les parties, elles même multiples d’une unité modulaire à l’exemple du pied unité de calcul des proportions du corps humain.

Une nouvelle enquête au printemps 2011 a permis de revenir sur la question des règles de proportions des maisons, en passant d’une aire d'une centaine de communes à une seule d’entre elles, Wolfersdorf.

4. Brève présentation de Wolfersdorf

Wolfersdorf est situé non loin du carrefour de Dannemarie, où la Largue, rivière bordant le village est franchie par un axe est-ouest (des Vosges au Rhin). La limite entre parlers alémaniques et romans est proche (6 km). Le terrain lehmique dans cette moyenne Vallée de la Largue est considéré comme l’un des plus fertiles de la région. Il est exempt de pierres, et la construction en bois y règne en maître.

Les maisons et le parcellaire anciens sont relativement bien conservés, avec des suites de constructions non interrompues par démolitions ou maisons neuves. Le paysage de 35 maisons dévoilé par le plan cadastral de 1824-1826 demeure reconnaissable. On connaît un peu la dimension du village pour la période qui nous intéresse, du XVIe au milieu du XVIIe s. Après la guerre de Trente Ans (l’état d’avant-guerre n’est pas connu), on relève 13 chefs de famille en 1659 [8] et 17 en 1698 [9], chiffres à comparer à ceux concernant le village voisin de Gommersdorf : 13 feux en 1659 et 20 en 1698. Le rythme de reconquête démographique d’après-guerre a été plus lent à Wolfersdorf qu’à Gommersdorf.

Figure 3. Détail du plan de finage de Wolfersdorf vers 1760 (Archives Départementales du Haut-Rhin C 1178/3) sur lequel ont été rapportés le tracé des rues et la localisation des constructions étudiées. Les constructions entre 1550 et 1586 sont indiquées en rouge, celles des décennies 1670 et 1680 en bleu.

Six maisons d’habitation – auxquelles s’ajoutent deux granges – antérieures à la guerre de Trente Ans ont été identifiées. Ce nombre est à rapprocher des 13 feux d’après-guerre (1659). Autrement dit, les maisons du XVIe siècle représentent 50% du parc immobilier du milieu du XVIIe siècle, ce qui est un taux exceptionnel : à Gommersdorf il est insignifiant (un ou deux objets). De même, le nombre de deux maisons portant date sur un total de six est lui aussi exceptionnel pour la période concernée.

5. Motivations et déroulement de l’étude

Wolfersdorf est situé à côté de Gommersdorf, village où fut fondé en 1971 le mouvement des « Maisons paysannes d’Alsace », fondatrice plus tard de l’écomusée d’Alsace. J’avais étudié ce village voisin, en son temps. Toutefois, une forme de fidélité au terrain s’est instaurée au-delà des premiers travaux. Inventée en 1905 [10], une maison de Wolfersdorf datée 1551 fut longtemps « la plus ancienne maison paysanne datée» d’Alsace. Connue des chercheurs, cette maison fut acquise en 1976, en vue d’assurer sa sauvegarde, par la fondation bâloise Hofgruppe Wolfersdorf créée spécialement à cet effet. L’initiative en revint à l’historien de la maison rurale en Suisse, le Dr Max Gschwend, fondateur du musée de plein air de Ballenberg. Outre l’acquisition de la propriété, la fondation dotée d’un capital non négligeable pour l’époque de 50 000 CHF, finança le déblaiement puis la consolidation de la grange. Le chantier fut mené par des étudiants bénévoles de l’Université de Bâle. En 1987, la Fondation Hofgruppe Wolfersdorf céda au franc symbolique la propriété à l’association « Maisons paysannes d’Alsace » (fondateur et propriétaire de l’écomusée), qui mena dans la foulée une nouvelle campagne de travaux de consolidation de la grange grâce au concours financier du Lions Club de Colmar. Il était évident que le moment venu, cette propriété se ferait le noyau d’un projet scientifique et pédagogique, fondé sur l’étude du village et une participation de la commune et des habitants. L’histoire en a décidé autrement, l’écomusée ayant brusquement changé de vocation et de dirigeants en 2006. La maison de 1551 et sa grange de 1561 sont aujourd’hui un simple actif immobilier dans le bilan de l’écomusée.

Néanmoins la commune et les habitants ont, à travers cette histoire, construit un rapport respectueux avec leurs maisons anciennes. Bénévole à l’écomusée de la grande époque, administrateur de la Société d’Histoire du Sundgau et adjointe au maire de Wolfersdorf, Christine Platt a mesuré toute l’importance que représenterait l’étude de ces maisons, pour la commune, pour le renouvellement du regard des habitants sur le caractère exceptionnel de leur village, pour la connaissance scientifique plus largement. Sur sa proposition, le maire Christophe Weber a proposé au vote du Conseil Municipal l’inscription d’un crédit pour l’étude dendrochronologique de 4 maisons. Cette mission a été confiée à Christian Dormoy, bureau Archéolabs. Le chantier s’est déroulé au cours de la première quinzaine d’avril 2011 avec la collaboration de l’auteur, qui a parallèlement réalisé le relevé de l’ensemble des maisons étudiées.

6. Présentation du corpus de maisons datées

6.1. Objets

La maison d’habitation n° 66 portait la date 1551 sur le linteau de l’entrée, supprimé lors d’une rénovation postérieure à la première publication en 1905. Lors de cette rénovation, les pans de bois ont été enduits ; aussi ne peuvent-ils être étudiés aujourd’hui, sinon à l’intérieur des combles où les hauts de pignon sont restés apparents. La charpente du toit, dite « couchée », est semblable en tous points à celle de la maison de 1554 du proche village de Ballersdorf, mentionnée plus haut.

Figure 4a. Relevé du n° 66 par K.Staatsmann (1905), grange de 1561 et maison (détails 12 à 16 et 23 à 25) de 1551.

 

Figure 4b : vue de la maison depuis le nord-ouest, état 1er tiers du XXe s., photographie aimablement mise à disposition par Malou Schneider, conservateur du Musée Alsacien de Strasbourg.

J’ai de longue date identifié à Wolfersdorf deux autres maisons, parentes de celle de 1551 et qui forment avec elles un « groupe stylistique» [11]. Le n° 46 rue principale est le second cas daté par inscription, sur le poteau cornier sur cour et rue. En dessous de la date 1753 rehaussée à la peinture blanche, est gravée la date 1550, peu visible. Le pan de bois du haut de pignon est semblable à celui de la maison de 1551 et de celle de 1554 à Ballersdorf.

Figure 5. N° 46 rue principale. Pignon Est sur rue et façade nord sur cour. Porte les dates 1753 et 1550 sur le poteau d’angle rue/cour.

La date donnée par l’inscription est confirmée par la dendrochronologie Archéolobas, que nous citons : « huit échantillons prélevés, huit analysés et datés. Mise en place de la charpente en 1551, ou dans une année postérieure très proche. Automne/hiver 1549/1550 une jambe-de-force [12]. Automne/hiver 1550/1551 un aisselier de poteau du demi-pignon [13] est et une jambe-de-force. Un poteau latéral, le poteau central, deux contrefiches et une poulongitudinale latérale [14] appartiennent à la cette période de mise en œuvre ».

Figure 6. N° 69 rue principale (1586). Pignon sud-est sur rue et façade sud-ouest sur cour. Au second plan, le n° 66 (1551).

Enfin, tout incitait à rattacher à la même décennie 1550 le n° 69. Son haut de pignon (le pan de bois du rez-de-chaussée et de l’étage ayant été remplacés en sous-oeuvre) et sa charpente de toit, à rattacher aux mêmes années 1550, car ne présentant aucune variation notoire avec les maisons de 1550 et 1551. La dendrochronologie a livré la date inattendue de 1586, soit 35 ans plus récente que l’estimation en chronologie relative. Citons Archéolabs : « automne/hiver 1583/1584 : contrefiche du pan-de-bois nord et une jambe-de-force. Automne/hiver 1584/1585 : un aisselier et deux jambes-de-force. Automne/hiver 1585/1586 : une jambe-de-force. Printemps 1586 : une jambe-de-force».

La composition des hauts de pignon de ces trois maisons est très reconnaissable, en quelque sorte une « marque de fabrique » affichée sur la rue.

On retrouve cette marque de fabrique en position non visible de la rue sur deux autres maisons, le n° 63 et le n° 64, sur le pignon arrière.

Contrairement aux précédentes, ces maisons n’avaient pas particulièrement retenu mon attention. Je croyais que leur construction d’origine se rattachait au même groupe stylistique, mais qu’elles avaient été remaniées trop profondément pour pouvoir être exploitées. Je ne voyais pas ce que mes représentations ne me préparaient pas à recevoir… Mes travaux de 2009-2010, résumés dans la partie introductive de cet article, m’ont montré l’étendue du paysage réel.

Figure 7. N° 63 haut du pignon arrière au sud-est.

 

Figure 8. N° 64 : pignon arrière (nord-ouest) et à gauche, pignons arrière des n° 66 et 69.

Ces deux maisons différent du groupe précédent par le recours à des formes de colombages telles que croix en X à branches droites ou courbes, et dans le cas du n°63 un abondant décor sculpté.

Le n°63 est daté par Archéolabs de 1579 : « demi-pignon sud : contrefiche 1570 ou automne/hiver 1570/1571. Il est possible que l'arbre soit mort ou dépérit. L'arbre peut ne pas avoir créé quelques cernes. Poteau entre 1570 et 1575. Contrefiche entre 1570 et 1575. Sur façade est : poteau cornier entre 1575 et 1578. Linteau de porte automne/hiver 1564/1565.Poteau automne/hiver 1576/1577. Poteau automne/hiver 1575/1576

Sur façade nord : traverse sous la croix-de-Saint-André [15] entre 1575 et 1578 ».

Figure 9. N° 63 (1579). Pignon nord-ouest sur la rue, état vers 1975.

 

Figure 10. N° 63 (1579). Pignon sur rue et façade sud-ouest, état vers 1975.

Le n° 64, faisant face au précédent est daté comme suit par Archéolabs : « six bois prélevé dans le demi-pignon nord-ouest et un dans le sud-est. Abattage : quatre échantillons entre 1560 et 1565. Un échantillon au printemps 1563. Un échantillon au printemps 1564. Mise en place probable en 1564 ou dans une année postérieure très proche ».

Figure 11. Vue depuis l’étage de la maison n° 63. Au premier plan n° 64 (1564) ; suivie du n° 66 (1551) et du n° 69 (1586).

 

Figure 12. Pignon du n° 64 (1564) au sud-est. Noter la position surélevée et l’importance de la cave, quasiment de plein pied avec la rue. Le trapèze supérieur du pignon est intact, à l’exception des arbalétriers qui ont été rapportés lors de la transformation de la charpente (auparavant les pannes reposaient directement sur les poteaux). La moulure de la sablière est un élément que l’on retrouve également au n° 63 et au n° 45. À gauche du poteau de refend, la partie la plus large du mur correspond à la Stube ; son pan de bois a été entièrement remplacé au XVIIIe siècle. Le poteau de refend est en place ainsi que le poteau d’huisserie et le poteau d’angle à sa droite, correspondant à la Kammer. Cette maison de 1564 n’est séparée de sa voisine de 1551 que par un étroit Schlupf collectant les eaux pluviales et usées.

Le n° 45 a été retenu car présentant sur sa façade arrière et son pignon sur rue une structure à poteaux traversant deux étages (comme tous les cas précédents), tandis que la façade sur cour est à bois courts, l’étage en léger encorbellement. Cette disposition ainsi que les contrefiches à l’angle des pignons et façade sur rue, nous fait opérer un rapprochement avec un groupe de maisons étudié à une quinzaine de kilomètres au nord, avec une datation possible vers 1530-1540 [16].

Figure 13. N° 45. Façade sur cour au sud.

 

Figure 14. N° 45. Pignon sur rue à l’Est. Façade arrière au nord. À noter ici aussi un Schlupf  entre cette maison et sa voisine de 1550.

Enfin, nous avons retenu le n° 43 rue du canal, présentant une façade comparable à celle du n° 63 par l’emploi de registres de croix en X droites combinés à des contrefiches traversant deux étages. La construction, très homogène et dans un état de conservation remarquable, est datée par Archéolabs de 1671 : « …un échantillon de peuplier (non exploité), trois de chêne et quatre de sapin transporté par flottage. Charpente du toit : échantillon 2, poutre longitudinale latérale est, 1669 environ. Echantillon 3 : ferme 7, étrésillon, 1670/1671 (automne/hiver).

Echantillon 4 : ferme 9, chevron est, 1669 environ. Echantillon 5 : ferme 6, premier faux-entrait, 1670 (printemps). Echantillon 6 :ferme 4, aisselier ouest,1670/1671 (automne/hiver).

Echantillon 7 :ferme 2, chevron est, 1669 environ. Echantillon 8 :entretoise est, 1669 environ »

Figure 15. N° 43 rue du canal (1671). Façade sud-ouest et pignon nord-est.

6.2. Répartition spatiale des objets

Fait exceptionnel, les maisons datées se font contextes temporels les unes pour les autres. Le n° 45 et le n° 46 rue principale sont mitoyens, non loin du 43 rue du canal. Le n° 64 (1564), le n° 66 (maison de 1551 et grange de 1561) et le n° 69 (1586) se font suite, face au n° 63 (1579) de l’autre côté de la rue.

Figure 16. Plan-masse du groupe est. Les flèches rouges indiquent les entrées principales.

 

Figure. 17. Plan-masse du groupe ouest. Primitivement les entrées du n° 66 et du n° 69 se faisaient face. Ceci suggère qu’à l’origine ces deux maisons étaient construites dans le même enclos familial (le père et son fils ?).

La localisation de ces deux groupes sur le cadastre de 1824-1826 permet d’apprécier leur poids dans l’espace construit : il n’est pas négligeable. On remarque que les deux groupes sont nettement séparés par une zone vide de constructions antérieures à la guerre de Trente Ans, ce qui laisse supposer qu’elles ont échappé à un sinistre (incendie, inondation, coulée de boue ?).

Figure 18. Détail du plan cadastral de 1824-1826 (Archives Départementales du Haut-Rhin 3P 653) avec localisation des deux groupes.

A l’exception de la maison et de la grange n° 66 (sous réserve d’investigations approfondies sur la maison), toutes les constructions du XVIe s. ont été affectées par des désordres graves. La partie arrière du n° 45 a été reconstruite, et à cette occasion la maison a été divisée en deux logements (antérieurement à 1824-1826).

La charpente du toit du n° 46 (1550) a été intégralement déposée, et reconstruite quasiment à l’identique avec les bois d’origine à leur emplacement d’origine. Les travaux ont été faits à l’économie : le nombre de chevrons a été réduit et les bois ainsi récupérés ont été employés au remplacement de contreventements défectueux. Cette campagne de travaux (correspondant sans doute à la date 1753 sur le poteau d’angle, au-dessus de la date 1550) répare les désordres de l’affaissement, impressionnant, de la travée centrale de la maison, reconnaissable à la déformation de la sablière haute de la façade sur cour.

Figure 19. N° 46. Contreventement entre deux fermes. Lors de la reconstruction de la charpente de 1550, ce contreventement (sur le modèle de celui d’origine) a réemployé deux chevrons. Ils comportent les mi-bois (et même une cheville) correspondant à l’assemblage du deuxième étage de faux entraits.

Le n° 63 (1579) est la seule habitation du XVIe s subsistant sur ce côté de la rue, recevant les eaux pluviales qui dévalent vers le canal du moulin. La travée centrale s’est effondrée, comme au n° 46. Le pignon sur rue (nord ouest) et la façade sur cour (sud ouest) prennent de plein fouet les pluies horizontales, violentes dans cette région (trouée entre Vosges et Jura). Il s’est ensuivi une dégradation du pan de bois de ces deux façades. Leur angle a été reconstruit en maçonnerie, en gagnant de l’espace au détriment de la galerie sur poteaux (voir plan figure 39). Certains éléments comme la sablière haute de l’ancien mur extérieur sous galerie, ont été récupérés pour la reconstruction de la charpente du toit.

Figure 20. N° 63 (1579). La panne intermédiaire entre fermes réemploie la sablière haute du mur assurant la séparation de la Stube et de la galerie au rez-de-chaussée (positif).

 

Figure 21. N° 63. Encoches à mi-bois dans les solives de la Stube correspondant à leur assemblage avec la sablière (négatif).

La charpente a été semble-t-il été intégralement déposée, puis reconstruite sur le même principe en replaçant la plupart des éléments (notamment les fermes) dans la même composition et à la même place. La reconstruction de la charpente a permis la pose d’une sablière sur laquelle s’assemblent les pieds d’arbalétriers, rétablissant la continuité et la planéité de leur assise, rompues par l’affaissement de la travée centrale.

En face au n° 64 (1564) la charpente du toit a été lourdement remaniée, jusqu’au remplacement sur les pignons des poteaux porteurs de panne par des arbalétriers. Pour autant, l’exécution est médiocre et manifeste un souci d’économie du bois. De même qu’au n° 63 la nouvelle charpente a été posée sur des sablières rapportées, ce qui indique le mauvais état des têtes de solive et des sablières sur lesquelles elles reposent.

Figure 22. N° 64 (1564). Pignon arrière. Le poteau qui portait primitivement la panne a été sectionné pour laisser passer un arbalétrier, au moment du remaniement de la charpente. Cette reprise a préservé le torchis d’origine.

Le n° 69, très proche du sol contrairement au n° 64 et au n° 66 juchés sur de hauts soubassements maçonnés (et cave) a vu ses murs intégralement remplacés en sous-oeuvre par une maçonnerie de briques, à l’exception du poteau de refend du pignon, noyé dans le nouveau mur. La charpente du toit (1586) est en place, mais ses renforcements révèlent aussi de sérieux problèmes de stabilité.

In fine, ces pathologies signalent un terrain d’assiette peut-être instable. Sont-elles aussi un indicateur d’une longue période d’abandon dans les décennies 1630 et 1640, du fait de la guerre ? On aimerait le penser mais les réparations semblent tardives (une date attestée, 1753 et pour les autres probablement aussi le XVIIIe s.). Elles sont aussi réalisées avec un souci d’économie rare pour des maisons de cette dimension, ce qui signale une pénurie de bois d’oeuvre nous renvoyant aussi à un XVIIIe s. avancé.

La dégradation et les réparations de fortune des maisons du XVIe s. contrastent avec l’état de conservation remarquable des trois habitations imputées à la période de reconstruction d’après guerre (1671, 1685 et ?), faites de bois neufs en sections et quantité suffisante et d’une parfaite qualité d’exécution.

7. Les charpentes de toit

7.1. Caractères communs des charpentes de toit

Toutes les charpentes de toit sont à deux pentes, avec demi-croupes sur les pignons. Les chevrons sont assemblés à leur base avec les solives du plancher des combles, leur sommet entre eux sans panne faîtière (système dit de « chevrons portant ferme »). Deux pannes (« poutres longitudinales de renfort ») courent d’un pignon à l’autre, appuyées à l’intérieur sur trois fermes. Celles-ci, dites « fermes couchées » comportent deux arbalétriers (ou « jambes de force ») reliés au sommet par une entretoise (« étresillon »), formant ainsi une construction en trapèze sur laquelle repose un faux-entrait. Ces faux-entraits sont répétés à la même hauteur pour relier chaque paire de chevrons (sauf aux n° 46, n° 63, n° 64 par suite de remaniements).

Figure 23. N° 66 (1586) Charpente des combles parfaitement conservée avec contreventement en croix entre panne et arbalétriers. Les deux petits aisseliers sont rapportés et signalent ici aussi une fragilité de la travée centrale, problème récurrent à Wolfersdorf.

Un second étage de faux-entraits est conservé aux n° 43 et n° 45, et existait au n° 46 et au n° 69 où ils ont disparu ou ont été recouverts par l’isolation des combles.

Sur les fermes, l’assemblage des arbalétriers et de l’entretoise est assuré par un aisselier. Au n° 66 et au n° 69 (et primitivement au n° 46), l’aisselier est pris dans l’arbalétrier en tenon et mortaise, et se plaque sur l’entretoise et le faux-entrait par un mi bois en queue d’aronde.

Figure 24. N° 66 (1586). Assemblage de ferme

Au n° 63 l’assemblage à mi-bois se fait sur la seule entretoise. Dans les autres charpentes, les assemblages sont à tenon et mortaise.

Parmi les six objets étudiés, seuls deux ont une charpente datée du XVIe s. (respectivement n° 66 de 1551 et n° 69 de 1586) en place, celle du n° 43 (1671) en dehors du champ chronologique de cette étude est en place, et enfin celle du n° 45 est probablement contemporaine des murs mais non datée avec des indices forts en faveur de la fin XVIe –début XVIIe s.

7.2. Caractères variables des charpentes de toit

Les différences majeures résident dans le mode de contreventement longitudinal. Les charpentes étudiées se répartissent en deux groupes ;

Dans le premier groupe, le contreventement longitudinal est assuré par les pannes encastrées dans les hauts de pignons et les arbalétriers des trois fermes. Entre les deux fermes centrales, un contreventement en X est fixé sur les pannes et les arbalétriers. En bout, un lien solidarise arbalétrier et panne, un autre la panne et son poteau porteur sur pignon. Ce principe général concerne le n° 46 (démonté puis remonté en 1753 conformément à l’original de 1550), le n° 66 (1551) et le n° 69 (1586). Le système de numérotation est bien reconnaissable.

Figure 25. N° 69 (1586). Le système de numérotation des éléments de ferme combine des chiffres romains et un repère de position gauche-droite.

Le second groupe présente la même division longitudinale du toit en 4 travées. En bout, les pannes supérieures portent sur un arbalétrier inclus dans la charpente du pignon. Une seconde panne court entre la panne supérieure et le solivage du plancher. Les contreventements, sur le même principe de X que dans le groupe supra sont ainsi subdivisés en sept triangles ou trapèzes au lieu de 4. On note enfin que des réparations tardives ont consisté à poser une troisième poutre longitudinale, en pied de charpente sur les solives : auquel cas la base des contreventements y est assemblée.

Le n° 45 présente une telle charpente homogène, mais non datée. Pour l’instant les plus anciennes charpentes datées avec certitude de ce type dans le Sundgau sont à Blotzheim (1582) à 34 km à l’est et plus proche (9 km) dans la même vallée de la Largue à Hindlingen (1636).

Figure 26. N° 45 (non daté). Le contreventement en croix est renforcé par une panne intermédiaire. À rapprocher des contreventements remaniés du n° 63 (1579), figure 21.

 

Figure 27. N° 43 (1671).

 

Figure 28 : un système de contreventement très répandu dans la grande région (Allemagne du sud, Suisse alémanique), ici au château de Wildegg (Suisse, Argovie) charpente datée de 1705.

8. Deux groupes stylistiques et un isolat

Le n° 45 dont la façade sur cour est à bois courts fait exception. Les autres ossatures étudiées sont à bois longs, c'est-à-dire à poteaux traversants pour les deux étages. Le plus souvent, les contrefiches sont également traversantes. Les hauts de pignons sont de même contreventés par des contrefiches. Des décharges, joignant deux poutres horizontales se rencontrent au n° 45 en façade sur cour, au n° 66 (1551) dans le trapèze supérieurs de pignon arrière et au n° 63 (1579) dans le trapèze supérieurs de pignon sur rue. Enfin des contreventements en X se trouvent de façon isolée au n° 45 et au n° 64, et en registre de haut de pignon, garde corps de galerie, registres à hauteur des allèges de fenêtres au n° 63 et au n° 64. Leur absence aux n°46, n°66 et n° 69 dans l’état actuel de leurs façades ne préjuge pas que d’éventuelles galeries disparues n’en auraient pas comporté.

Deux groupes stylistiques se présentent ; le groupe 1 avec un vocabulaire limité aux poteaux et contrefiches, le groupe 2 avec un éventail de formes plus large faisant passer les contrefiches à un rang secondaire.

8.1. Règles de composition valant pour le groupe stylistique 1 1550-1586

Ballersdorf, mise en œuvre « vitruvienne » d’une forme « traditionnelle ».

Le groupe stylistique 1 de Wolfersdorf 1550-1586 est à rapprocher de la maison de 1554 à Ballersdorf : techniquement, toutes ces maisons sont parentes par leur système de poteaux et contrefiches et les charpentes du toit sont identiques. Le cas de Ballersdorf montre que la récurrence de caractères techniques prégnants n’est pas suffisante pour constituer un « style ». Ce dernier résulte de l’ordre caché selon lequel les caractères techniques sont organisés.

Le pignon de la maison de Ballersdorf est un exemple presque parfait d’inscription de la structure dans une forme circulaire englobant deux registres superposés de quatre rectangles de 1 :1 ,666… debout. Le rang d’entretoises courant à hauteur des appuis de fenêtre de l’étage correspond à la médiane, formant un centre géométrique et optique à sa jonction avec le poteau de refend.

Figure 29. Pignon sur rue de la maison datée 1554 à Ballersdorf. Implantation de huit rectangles de 1 :1,666…

L’opération découlant de ce premier schéma consiste à réunir les quatre rectangles centraux en un seul, divisé à son tour en en quatre mais dans le sens de la hauteur : ils déterminent les hauteurs d’étage (rez-de-chaussée, étage, premier étage des combles).

Figure 30. Pignon sur rue de la maison datée 1554 à Ballersdorf. Implantation du rectangle central en hauteur puis division de celui-ci en rectangles horizontaux

Un troisième tracé sans rapport direct avec les deux premiers s’applique au seul mur de rez-de-chaussée et d’étage du pignon ; il a pour objet l’intégration de la galerie au projet d’ensemble. Mur et galerie représentent (de sablière basse à sablière haute et d’angle à angle 4 rectangles debout de 1,666… Cette valeur est reprise pour les murs latéraux, ainsi que pour la distribution des fermes de la charpente du toit) avec décalage de la valeur d’une largeur de poteau.

Figure 31. Pignon sur rue et façade sur cour de la maison datée 1554 à Ballersdorf. Division en unités modulaires.

Deux opérations de dessin semblent se superposer. La première consiste en subdivisons verticales puis horizontales du cercle, déterminant la trame constituant une forme unidimensionnelle (la totalité du pignon vu de face).

Cette forme complète est à son tour subdivisée en panneaux debout de 1 :1,666 que l’on pourrait dénommer les unités modulaires [17] utilisées pour passer aux trois dimensions, c'est-à-dire la composition et la longueur de la façade latérale, et probablement celle de la charpente du toit. On pourrait se trouver en présence d’une application du précepte vitruvien : l’échelle d’un tout (à l’instar du corps humain) exprimée dans les mesures ordinaires (pour des raisons pratiques) est divisée en unités modulaires (indépendantes du système de mesures ordinaires). Le rapport des parties au tout se mesure avec les unités modulaires : cela expliquant peut-être pourquoi les tentatives de conversion des mesures métriques en pieds ne mènent pas à grand-chose.

Notre travail de 2009-2010 a identifié six constructions s’étalant entre 1554 et 1582, de styles différents dans des contextes divers, mais toutes assujetties à cette règle invisible. Dans la même période, nombre de constructions ne tiennent nullement compte de cette règle.

C’est le cas à Wolfersdorf, concernant le groupe des trois maisons 1550-1586, dont au moins celles de 1550 et 1551 sont à l’évidence dues au même maître d’oeuvre que la maison de Ballersdorf. Le schème circulaire n’a pas le caractère fondateur d’une forme générale divisable en unités modulaires telle qu’observée à Ballersdorf et ailleurs. À noter que dans les trois maisons de Wolfersdorf, le poteau de refend sur pignon n’est pas centré. Les questions d’ordonnancement harmonieux du pan de bois ne se posent pas dans les mêmes termes que dans une construction symétrique.

Wolfersdorf, n° 46 (1550) et n° 69 (1586)

L’implantation du poteau de refend résulte d’une partition du pignon en 1,5 et 2 unités modulaires. La même unité modulaire est répétée cinq fois pour déterminer la longueur de la façade latérale, le poteau de refend de la Stube étant (comme sur le pignon) positionné par une valeur de deux unités, suivie d’une unité pour le poteau séparant la travée centrale de la travée arrière, celle-ci valant deux unités.

Figure 32. N° 46 (1550). Décomposition du pignon sur rue et de la façade sur cour en unités modulaires.

La construction du n° 69 (1586), postérieure de 36 ans à la précédente, suit la même trame. La subdivision du pignon en 3,5 panneaux de rapport 1 :1,666 produit une unité modulaire répétée 4 fois sur la façade latérale. Même règle, même résultat : le poteau de refend du pignon détermine deux espaces de la valeur respectivement de 2 et 1,5 unités modulaires.

Exprimées en mesures ordinaires, les unités modulaires ont une largeur respectivement de 2,37 m dans le cas de 1550 et 2,60 m dans le cas de 1586.

Même si l’on peut discuter des critères à retenir pour les limites du périmètre à diviser, et nous y reviendrons, on est face à un système de proportions qui résout le problème du décentrement du poteau de refend sur le pignon et règle les rapports largeur/ longueur du bâtiment. C’est une avancée par rapport à nos hypothèses antérieures.

Figure 33. N° 69 (1586). Décomposition du pignon sur rue et de la façade sur cour en unités modulaires.

8.2. Règles de composition valant pour le groupe stylistique 2

Wolfersdorf, n° 63 (1579)

Dans notre travail de 2009-2010, nous exposions comment le pignon du n° 63 nous avait mis sur la voie d’un système de proportions. La sculpture d’un haut de poteau, à l’angle du pignon sur rue et de la façade arrière présente un hexagone à côtés courbes inscrits dans un cercle. Nous posions alors l’hypothèse, maintenant plus solidement étayée, que cette figure était l’enseigne ou la clef du système architectural. À présent datée (1579), la construction s’inscrit dans la fourchette 1554-1582 dans laquelle ce système est en usage, au vu des bâtiments connus et datés pour le moment.

Figure 34. N°63. Haut du poteau d’angle pignon sur rue/façade arrière. Schème hexagonal programmatique (?) et croix en X à rapprocher de la technique d’assemblage solives/sablière à la figure 22.

 

Figure 35. N° 63 (1579). Haut du pignon sur rue, correspondant à la partie alcôve entre le poteau d’angle et le poteau de refend.

 

Figure 36. N° 63 (1579). En haut, pignon nord-ouest sur la rue. Relevé de l’état actuel complété par les informations d’une photographie ancienne et les trous de cheville. En bas, haut du pignon sud-est vu de l’intérieur (voir aussi figure 7).

La composition du pignon du n°63 part d’un cercle se superposant à huit rectangles (numérotés sur la figure A1 et suivants) débout sur deux rangs, soit exactement le même schéma qu’à Ballersdorf (1554). L’axe de symétrie horizontal est signifié par l’entretoise au niveau des appuis de fenêtre de l’étage.

Figure 37. N° 63 (1579). Plan au sol.

 

Figure 38. N° 63 (1579). Linteau de la porte entre la travée centrale, à l’étage, et la galerie.

 

Figure 39. N° 63 (1579). Partie conservée de la galerie. Assis, le propriétaire Pierre Brasa assiste à une conférence de presse de Christian Dormoy (Archéolabs). Avril 2011.

 

Figure 40. N° 63 (1579). Interprétation graphique des étapes de la composition du pignon sur la rue.

Les 4 rectangles au centre de la figure composent un grand rectangle de 1,666 (tracé bleu plein), dont la division en 3 en hauteur positionne le sommet du trapèze supérieur du pignon B1 (espace entre les pannes ou entretoise), la sablière haute du pignon B2, et enfin l’entretoise B3 qui correspond au niveau du solivage du plafond du rez-de-chaussée.

Une fois la sablière haute positionnée, on cale sur elle, en les remontant, les 4 rectangles du bas A5- A6 -A7 -A8 : on obtient par cela la position de la sablière basse, plus précisément du seuil (flèche).

La hauteur du mur pignon entre sablières et sa largeur étant ainsi fixés, celui-ci est divisé en 3,5 unités modulaires, soit comme dans le groupe précédent une partition du pignon par le poteau de refend en panneaux de 2 et 1,5 unités modulaires, ou 2 x 1,5 si l’on tient compte de la galerie sur poteaux (actuellement murée). La même unité est répétée quatre fois en façade latérale.

Figure 41. N° 63 (1579). Unités modulaires.

Wolfersdorf, n°64 (1564)

Le pignon sur rue a été modifié dans sa partie gauche correspondant à la travée de la Stube. La travée de droite de la Kammer est assez bien conservée, avec vestige d’une double fenêtre à linteau en segment d’arc de même facture que celle sur trapèze supérieur du pignon arrière. Le trapèze supérieur du pignon sur rue est meublé de croix en X à branches courbes, sur deux registres superposés.

Figure 42. N° 64 (1564). À gauche, relevé des éléments originels du pignon sud-est sur la rue. À droite, haut du pignon nord-est vu de l’intérieur. Sur les deux pignons, les arbalétriers ont été rapportés lors du remaniement tardif de la charpente.

 

Figure 43. N° 64 (1564). Composition du pignon sur la rue

Le principe de composition du pignon sur rue est identique à celui de la maison n°63 qui lui fait face, postérieure de quinze ans. Le décalage de la composition vers la droite trahit l’asymétrie favorisant l’intégration d’une galerie sur poteaux, ici disparue, mais qu’il faut imaginer semblable à celle conservée le long de la maison de Ballersdorf (1554). La porte d’accès à la galerie depuis l’étage est restée en évidence sur la façade côté cour.

Figure 44. N° 64 (1564). Façade sud-ouest et coupe sur le versant de toiture nord-ouest.

En l’état actuel, sans galerie, le rapport largeur/ longueur est de 3,5 /4,5 unités modulaires.

8.3. Critique de la méthode de restitution du système de proportions

Il est assez facile de justifier n’importe quoi en faisant coïncider de force des relevés et une trame graphique préconçue. Personne ne s’y laissera abuser. La pertinence des points de repère est hautement discutable. Les poteaux sont-ils à mesurer d’entraxe à entraxe, d’extérieur à extérieur, entre poteaux ? Même remarque pour les sablières : dessus, dessous ?

On ne peut pas attendre non des relevés plus qu’ils ne peuvent donner. Ce sont des relevés rapides, à l’échelle de 1 :50, ne tenant pas compte des déformations. Dans plusieurs cas, les cotes en plan peuvent être légèrement affectées (+ ou – 5%) par le remplacement des pans de bois par des murs en briques, plus épais ou par de grosses épaisseurs d’enduits sur pans de bois.

Sauf à concevoir le modèle mathématique adéquat, il n’est dès lors pas possible de convertir les mesures métriques en mesures anciennes. On ne sait pas non plus si elles s’exprimaient in œuvre ou hors œuvre, ou en entraxes etc. Dans les contrats des environs de Strasbourg –ce n’est donc pas la même région- signalés plus haut pour 1498 et 1554, le cumul des cotes intérieures des pièces est égal aux cotes extérieures. Cela montre qu’on ne tenait pas compte de l’épaisseur des murs, or son incidence n’est pas négligeable. Si nous prenons l’exemple d’une maison de 30 pieds de large, pour une valeur théorique de 30,66 cm le pied (correspondant à la mesure récurrente de 9,20 m pour les pignons de Wolfersdorf), l’épaisseur des murs représente 3 x 17 cm au moins soit une marge de plus de 5%.

Dès lors toutes nos tentatives de conversion de mesures métriques en nombres ronds de pieds ont été infructueuses, à se demander si les constructeurs avaient le souci de tels comptes ronds : les cotes données par les (rares) contrats auraient donc une valeur davantage programmatique que d’exécution.

Néanmoins, nous ne devons pas être très loin de la réalité si nous mettons de côté les artifices des superpositions graphiques, pour traiter les chiffres : ils moins aisés à arranger pour les besoins de la cause.

Le graphique ci-dessous met en regard les rapports réels largeur longueur des maisons des maisons suivant relevés, avec les rapports résultant de la théorie 3,5- 4 – 4,5 -5.

Figure 45. Comparaison des rapports théoriques et relevés entre longueur et largeur au sol.

On voit que l’écart maximum entre la réalité et la théorie est de 5% pour le n°66, maison engoncée dans une carapace d’enduits que nous n’avons pu étudier plus avant.

Enfin, le choix d’exprimer les unité modulaire en suites 3,5- 4 -4,5-5 plutôt que 7-8-9-10 s’explique aisément : les formats retenus correspondent dans tous les cas à un rectangle debout de rapport 1 :1,666…dont les dimensions varient en fonction de la largeur du pignon et de la hauteur des étages comme le montre le tableau comparatif ci-dessous.

Figure 46. Comparaison des formats d’unités modulaires.

8.4. Conclusion sur les groupes stylistiques 1 et 2

Deux groupes stylistiques se présentent donc à nous dans le même village de Wolfersdorf, dans la fourchette 1550-1586. Le groupe 1 comporte trois objets de 1550 à 1586, dont deux –ceux de 1550 et 1551- peuvent être raisonnablement imputés au même charpentier, qui est sans doute l’auteur aussi de la maison de 1554 à Ballersdorf. Mais entre la maison de Ballersdorf et celles de Wolfersdorf, il y a la différence majeure d’application ou non d’un système sophistiqué de proportions ; la détermination des unités modulaires découle d’un processus scénographique suivant – pensons-nous – la norme vitruvienne. Dans les maisons parentes de Wolfersdorf, rien d’aussi abouti : seule une déclinaison d’unités modulaires donne le cadre où régler le problème de l’asymétrie du pignon, et ordonner le rapport de proportions entre le pignon et la façade latérale.

Pourtant l’idée des unités modulaires découle d’une expérience du processus scénographique complet ; aussi peut-on écarter l’idée que le charpentier aurait acquis le savoir scénogaphique entre 1551 et 1554. Il le maîtrisait probablement dès ses premières réalisations. S’il ne l’a pas mis en œuvre à Wolfersdorf, cela signifie qu’il n’y a pas eu convergence entre ses connaissances et l’intention du maître d’ouvrage, en bref que le programme ne s’y prêtait pas.

A 35 ans de distance de sa voisine de 1551, la maison de 1586 en est une copie conforme, légèrement réduite en longueur, mais identique en tous points y compris dans les techniques d’exécution de la charpente du toit. Pourtant, le maître d’ouvrage –et les habitants du village- avaient sous les yeux les maisons du 2e groupe.

Les maisons du groupe 2, datées de 1564 et 1579, partagent avec les précédentes l’asymétrie du pignon. Toutes deux reflètent une composition dite scénographique, partant du cercle, et organisant le rapport de proportions de chaque partie au tout. Elles sont par ailleurs supports d’un langage ornemental, comportant des éléments sculptés et des croix en X à branches courbes (gothique « allemand » identitaire par opposition au Renaissance « latin ») et des bases de poteau profilées (suivant le motif Renaissance du vase où plongent des rinceaux). Le « milieu » de Wolfersdorf apparaît ainsi réceptif à l’innovation, ne se satisfaisant pas d’emprunter ses formes, mais bien d’en épouser la structure théorique.

Aussi, lorsqu’en 1586 une maison passe à côté des fondements et de la forme des réalisations abouties voisines et reproduit fidèlement une forme ancienne, on ne peut pas, ou plus, invoquer une sorte d’arriération d’une microsociété. Le maintien d’une forme ancienne, hors époque pourrait-on dire, est volontaire. L’image de la maison manifeste comment son habitant entend s’affilier à un ordre ancien des choses et des gens. Un ordre que l’on peut supposer bousculé ; les maisons dites du groupe stylistique 2 montrent à quel point l’appropriation de la théorie savante et l’assujettissement à la mode ont été rapides et les réalisations qui en sont issues, originales l’une par rapport à l’autre.

8.5. Constructions isolées

45, rue principale

Malheureusement non prise en compte dans la campagne d’analyse dendrochrononologiques, cette maison combine des murs en bois longs sur la façade arrière, avec contrefiches traversantes, et des décharges dissociées par niveau sur le pignon côté rue. Le poteau d’angle côté cour est en deux parties, de manière à se raccorder avec la façade côté cour qui est à bois courts. Le système de proportions est réduit au rapport de 3,5 unités modulaires sur pignon sur pignon sur 4,5 sur façade (selon estimation, la maison ayant été rallongée après destruction partielle de la travée arrière). Les constructions mixtes, pour partie à poteaux de fond et pour partie à bois courts, ont été peu observées jusqu’à ce que nous puissions en étudier une série (à Reiningue et Heimsbrunn, au nord de Wolfersdorf) avec une datation denchronologique hypothétique de 1535 pour l’une d’elles. Elle présente des éléments de parenté avec le n° 45 à Wolfersdorf (contrefiches traversantes à l’arrière, contrefiches sur les poteaux d’angle à bois courts de la façade avant, léger encorbellement de cette dernière sur les têtes de solives). Une maison plus proche géographiquement, à Hindlingen, montre des décharges dissociées par étage en 1531 déjà. Une imputation provisoire du n° 45, en attendant les moyens d’une dendrochronologie, à la deuxième moitié du XVIe s., nous permet d’avancer qu’une troisième façon de construire existait peut-être à Wolfersdorf simultanément aux deux présentées plus haut. Dans ce cas, la différenciation ne s’opère plus tant sur le pignon, qui reste à bois longs, que sur la façade. Celle-ci offre, avec son étage en encorbellement l’image d’une construction en bois courts, en rupture évidente avec la technique dominante aux alentours.

Figure 47. N° 45 (non daté). Façade sur cour exposée au sud avec indications des parties remaniées en vue de la partition de la maison en deux habitations distinctes. Reconstitution des fenêtres d’origine d’après feuillures et trous de cheville.

 

Figure 48. N° 45 (non daté). Pignon Est sur la rue avec restitution des fenêtres primitives. Coupe partielle sur la charpente des combles.

 

Figure 49. N° 45 (non daté). Partie de la façade nord vue de l’intérieur et coupe sur la charpente de toit sur son versant nord.

43, rue du canal

Cette maison a été retenue dans la campagne d’expertises dendrochronologiques en raison d’une parenté de composition de son pan de bois avec le n° 63 : l’association de contrefiches ou décharges traversantes et de croix en X. La datation dendrochronologique (1671) donne un écart de près d’un siècle avec le n° 63 (1579). Sinon l’arrangement décoratif des croix qui pourrait relever d’un phénomène de mimétisme, le seul élément commun avec les maisons d’avant-guerre de Trente Ans, est le rapport de 3,5 unités modulaires pour le pignon à 4,5 pour la façade (dont deux et demi déterminant la position du poteau de refend de la Stube).

Figure 50. 43 rue du canal (1671). Façade sud-est sur la rue.

 

Figure 51. 43 rue du canal (1671). Pignon nord-est.

Apparemment deux autres maisons de Wolfersdorf de la même période (décennies 1670-1680) dont le moulin de 1685 et une autre disparue en 2007, ne sont pas décomposables en unités modulaires, et pas davantage les maisons de la même période dans le village voisin de Gommersdorf [18]. Aussi, le système de proportions décrit plus haut ne semble quasiment plus en usage durant la seconde moitié du XVIIe siècle.

Il est à remarquer que le n°43 et la maison disparue sont situées chacune à une extrémité du village. Le développement de leur façade le long de la rue et non perpendiculairement comme dans le cas des maisons du siècle précédent indique plusieurs changements dans le rapport entre l’espace public et privé. La porte principale donne sur la rue, évitant le passage des étrangers dans la cour qui acquiert un statut plus intime. Ceci, avec la mise en exposition de la longue façade correspond aux représentations de l’époque, telles que les donnent à voir les presbytères de style classique apparaissant dans les paroisses rurales. On notera également une augmentation de la pente des toitures d’un siècle à l’autre.

Figure 52. Maison vers 1670 à la sortie ouest de Wolfersdorf démontée par un particulier en 2007. Façade sur rue vers 1975.

 

Figure 53. Maison vers 1670 à la sortie ouest de Wolfersdorf. Pignon en cours de démontage en 2007 (photographie Michaël Brungard).

9. Conclusion

Wolfersdorf conserve miraculeusement deux fragments intacts de ce qu’il fut à la fin du XVIe s. Cela est exceptionnel, concernant les constructions en bois dans la campagne alsacienne, hors vignoble du piémont sous-vosgien. Grâce à Wolfersdorf, nous disposons enfin d’objets bien contextualisés, dont nous pouvons essayer d’évaluer le statut. En effet, le doute est de mise lorsque nous considérons des objets très anciens et isolés. Nous ne savons pas les placer dans une échelle socioéconomique. Maisons de riches, de la classe moyenne, voire habitats ordinaires ? Et ailleurs, nous avons déjà signalé que le maître d’ouvrage peut ne pas être l’habitant, mais un propriétaire institutionnel faisant préfabriquer son bâtiment loin de son lieu d’implantation. Sans y prendre garde, nous nous construisons des représentations du village à la fin du Moyen Âge reposant sur des objets qui ne doivent peut-être leur conservation qu’à leur caractère hors normes.

La réponse à ces doutes plaide plutôt en faveur de la relative «normalité » de nos maisons de Wolfersdorf. Les objets conservés jusqu’à ce jour, et étudiés, représentent près de 50% du nombre de feux recensés au milieu du XVIIe s. au sortir de la guerre de Trente Ans.

La période concernée court de 1550 à 1586. La date première est relativement tardive par rapport aux maisons isolées datées de la décennie 1530 que l’on a identifiées dans des villages proches voire voisins. Le brouillard entre 1586 et 1671, première maison datée du XVIIIe s. , n’est pas particulier à Wolfersdorf. Probablement ne savons-nous pas encore repérer les maisons de la fin du XVIe s. et des deux premières décennies du XVIIe s., avant-guerre. Les moyens pour mener des études dendrochronologiques sont rares, il est compréhensible qu’on les oriente vers des objets que l’on connaît un peu, plutôt que vers l’inconnu.

Les maisons du XVIe s. à Wolfersdorf se répartissent en deux groupes stylistiques qui coexistent durant la même période. Le premier groupe a un caractère « archaïque » pour reprendre, une seule et dernière fois, un qualificatif que nous avons abandonné en matière d’architecture rurale. Il montre de gros poteaux de fond, continus sur la hauteur de deux étages, des entretoises uniquement au niveau des appuis de fenêtre, des contrefiches massives. L’agencement symétrique et répétitif des contrefiches et des poteaux sur les hauts de pignon constitue un marqueur stylistique commun aux maisons des deux groupes. Néanmoins, ces figures sont affichées sur la rue dans le cas du premier groupe, tandis qu’elles sont reléguées au seul pignon arrière dans le second groupe.

Ce point n’est pas anecdotique.

Figure 54. La position des refends longitudinaux est en relation, dans l’axe, avec la trame technique traditionnelle. Le désaxement du refend traduit l’adéquation des mesures des pièces à leur fonction.

En 1550, les maisons de Wolfersdorf sont libérées du schème symétrique traditionnel. Selon ce dernier, la position du poteau de refend dans l’axe du pignon reflétait une mémoire du poteau central primitif portant la panne faîtière [19]. Se libérant de l’emprise de ce modèle, Wolfersdorf décale les poteaux de refend du mur pignon, ce qui traduit la hiérarchie des locaux intérieurs.

Aussi l’image forte du poteau central soutenu par des contrefiches se reporte-t-elle dans le haut du pignon, au niveau des combles où ne se pose pas de problème de refend longitudinal. Cette enseigne, ce réduit de la maison archétypale a-t-on envie de dire, est évidente dans le premier groupe et cachée dans le second. Cela peut vouloir signifier une valeur d’attachement proclamé à la tradition dans le premier groupe et une valeur plus intime, affective peut-être, dans le second groupe.

Le premier groupe stylistique nous apparaît ostentatoirement traditionnel, sans changement entre les deux cas de 1550 et 1551 et celui qui surgit à contre-courant en 1586. Le facteur de respect d’un « certain ordre, mais d’un ordre transmis par les ancêtres : revendication de droits anciens en opposition avec toute velléité de reprise en mains du pouvoir politique ou religieux ? » pour citer Jean-Michel Boehler [20] est probablement prégnant.

On notera que la permanence de la forme traditionnelle s’exprime peut-être dans l’espace d’enclos familiaux où deux maisons se construisent à deux ou trois décennies d’intervalle. La maison la plus récente étant celle du fils marié, ou du père retiré ? Nous ne savons pas grand-chose des modalités de cohabitation des générations au XVIe s. dans cette région. Wolfersdorf apporte peut-être le premier exemple connu en bois d’un complexe familial, avec la maison de 1551 juchée sur un haut soubassement et, lui faisant face dans la même cour (figure 17) la maison de 1586, identique quoique légèrement plus courte et posée à ras du sol. Entre les deux il y a filiation et hiérarchie. La question du maintien délibéré de formes anciennes s’apprécie non seulement dans un contexte général d’opposition « tradition/nouveauté », « gothique/Renaissance », « Germains/Latins » mais aussi en termes de respect filial…ou de retour du vieillard à la maison de l’enfance.

Chronologiquement situées dans la période courant entre le plus ancien et le plus récent objet du premier groupe, deux maisons de 1564 et 1579 témoignent de l’intégration de la théorie vitruvienne à la construction locale en bois. À défaut d’une vérité approchée par la comparaison des réalisations effectives aux règlements professionnels (à l’exemple de ceux connus pour tailleurs de pierres et menuisiers), nous avançons une hypothèse à présent assez bien étayée. Le volume de la maison, ses partitions horizontales et verticales exprimées par les pans de bois, sont obtenus par des unités modulaires résultant de l’application d’un système de proportions au mur pignon, par analogie avec le corps humain. Le pignon s’inscrit dans un cercle, selon le principe vitruvien ad circulum. À ce cercle se superposent des rectangles d’un rapport largeur/hauteur de 1,666…donnant la position des poteaux, sablières et entretoises. Le mur déterminé par cette méthode est divisé en unités modulaires, reprises pour déterminer la longueur des murs latéraux. Les rapports entre le nombre d’unités modulaires du pignon (constant) et des façades est de 3,5 x 4 ou 4,5 ou 5. À défaut d’un modèle mathématique et d’un corpus plus large et rigoureux, on doit s’abstenir de rechercher une conversion de l’unité modulaire en mesures courantes.

Les maisons « vitruviennes » de Wolfersdorf intègrent des formes de pans de bois complexes, particulièrement des croix en X à branches droites ou courbes (dès la date précoce de 1564), éléments dont les variations de combinaisons permettent de différencier fortement les pignons, tout en masquant les problèmes d’asymétrie structurelle.

Les éléments du paysage qui s’est dévoilé à nous sont divers. De part et d’autre de la rue, les pignons traditionnels et les pignons vitruviens se regardent, visages d’une société relativement égalitaire –les maisons sont de dimensions et qualité comparables- au sein de laquelle la concurrence du paraître s’exerce non par une surenchère de signes de richesse, mais au sein de l’opposition plus fondamentale de l’ancien et du neuf. En cela tracer un parallèle entre la rue de Wolfersdorf au XVIe s. et une rue du lotissement le plus proche n’aurait rien de gratuit, les fondements anthropologiques du rapport de la maison au temps sont sans doute comparables. La petite fenêtre vitruvienne –une quarantaine d’années tout au plus- ouverte dans l’architecture locale de cette région nous permet aussi de réfléchir à ce qu’est un système. Wolfersdorf confirme que la traduction de la théorie architecturale en mode opératoire intervient dans des périodes de changement rapide, quand se fait sentir le besoin d’une structure sur laquelle organiser des relations cohérentes entre les usages et paraîtres nouveaux et le temps long du milieu. Le recours au système de proportions se fait oublier lorsque, déjà, le neuf est devenu ordinaire et que la profusion des apparences se suffit à elle-même.

 

Figures 55 et 56. Peut-être le chaînon manquant entre 1586 et 1671 ? Une maison dans la presqu’île de la Largue à Wolfersdorf (vers Dannemarie), aujourd’hui disparue, vers 1975.

Notre propos se conclura par deux vues des derniers états d’une petite maison de Wolfersdorf, image des sources qui s’effacent sous nos yeux avant même que nous ne soyons en pleine capacité de les lire.

NOTES

[1] RAPOPORT Amos. Pour une Anthropologie de la maison. Ed. Dunod. Paris.1972.

[2] CUISENIER Jean. La maison rustique : logique sociale et composition architecturale. Ed. PUF. Paris.1993. Les XVIIIe s. et XIXe s. sont privilégiés, cf le programme du colloque de l’Institut national d’histoire de l’art « L’art de bâtir aux champs. Modernité du patrimoine rural et théories des constructions agricoles » (Paris 14-15 octobre 2010).

[3] GRODWOHL Marc. (en collaboration avec METZ Bernhard et SEILLER Maurice). « Préfabrications et déplacements de maisons rurales en Alsace, 1489-1554 ». In L’Architecture vernaculaire. Tome 32-33 (2008-2009)

[4] GRODWOHL Marc. Habiter le Sundgau 1500-1636. La maison rurale en pans de bois. Techniques, culture et société. Éditions Société d’Histoire du Sundgau. 2010. Lorsque je me réfèrerai à cette publication dans le présent texte, je la désignerai par « recherche de 2009-2010 ». « Sundgau » désigne historiquement le domaine des Habsbourg dans le sud de l’Alsace, et géographiquement le territoire de collines sous-jurassiennes dans un triangle Mulhouse-Belfort-Bâle, soit un peu plus de cent communes.

[5] Aujourd’hui (septembre 2011), je peux l’appuyer sur 19 datations dendrochronologiques de maisons à pans de bois, pour un espace d’une centaine de villages et 30 km de diamètre. 11 datations ont été réalisées depuis 2009. Il faudrait pouvoir doubler ce nombre pour que soient pris en compte des bâtiments que je connais bien et qui me paraissent importants pour la connaissance.

[6] Figures 15 et 16 dans GRODWOHL 2008, op.cit., note 3.

[7] Voir nos publications notes 3 et 4. Deux pièces se partagent la largeur du mur pignon. La plus large, dont les fenêtres donnent également sur la cour, est la Stube, salle de séjour chauffée (« poêle »). La seconde plus étroite est la chambre, Kammer. À partir du milieu du XVIe siècle, la hiérarchie entre ces deux pièces devient visible de l’extérieur, via le décentrement du mur de refend longitudinal qui sépare Stube et Kammer.

[8] GANTER André. Le recensement de 1659. Chez l’auteur. Morschwiller-le-Bas.1987.

[9] GANTER André. Le recensement de 1698 dans les seigneuries de Thann et Altkirch. Chez l’auteur. Morschwiller-le-Bas.1988.

[10] STAATSMANN Karl. Das Bauernhaus in Deutschland. Lepzig.1905.

[11] Dans mon travail de 2010 (op.cit., note 4, p. 30), je définis les styles comme « se rapportant aux effets de composition qui font passer les caractères de la sphère des nécessités – techniques et statiques – à celle du représenté, du symbolique ».

[12] Selon notre terminologie : arbalétrier.

[13] Selon notre terminologie : trapèze supérieur du pignon.

[14] Selon notre terminologie : panne.

[15] Selon ma terminologie : croix en X.

[16] GRODWOHL 2010, op.cit., note 4, p. 152 et suivantes. Maisons à Heimsbrunn et Reiningue.

[17] Définition in Grodwohl 2010, op.cit., note 4, p. 207.

[18] Différents articles de 1972 à 1980, parus dans les publications de l’association « Maisons paysannes d’Alsace »,  mise au point in : GRODWOHL Marc. « Les cousines de Gommersdorf (1682) et Hagenbach (1683) à l’écomusée d’Alsace ».25.02.07.http://www.marc-grodwohl.com/content view/82/28/.

[19] …que les habitants de Wolfersdorf avaient constamment sous les yeux puisque les granges, dont il reste deux exemplaires dont un de 1561, sont construites de cette manière.

[20] Dans le compte-rendu qu’il a aimablement fait de mon travail de 2009-2010, in Histoire et sociétés rurales n° 35, 1er semestre 2011.


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© Marc Grodwohl - CERAV

Références à citer / To be referenced as :

Marc Grodwohl

Enjeux esthétiques dans l'architecture rurale au XVIe siècle : le cas de Wolfersdorf (Alsace) (Æsthetics-related issues in 16th-century rural architecture: the case of Wolfersdorf, Alsatia)

L'architecture vernaculaire, tome 36-37 (2012-2013)

http://www.pierreseche.com/AV_2012_grodwohl.htm

18 novembre 2011

L’auteur :

chercheur associé, UMR PACTE 5194, Politiques publiques, Action politique, Territoires, Université Joseph Fourier - Grenoble.

Marc Grodwohl a initié au début des années 1970 des chantiers d’études et de sauvegarde in situ de l’habitat rural en Alsace. Devant l’impossibilité de conserver certains bâtiments in situ, et dans le souci d’approfondir et de partager les connaissances avec un large public, il a été, avec ses collègues de l’association « Maisons paysannes d’Alsace », l’auteur du musée de plein air « écomusée d’Alsace ». Ce dernier, ouvert en 1984, fut sous la direction de l’auteur jusqu’en 2006 un lieu de conservation, d’études et de formation, démontrant avec ses 300 000 visiteurs annuels l’intérêt du public pour le patrimoine ethnologique. Depuis son départ, l’auteur collabore à des projets similaires en France et à l’étranger, reprend ses recherches personnelles et intervient dans des formations universitaires.

Le site de Marc Grodwohl

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