TÉMOINS DE L'ARCHITECTURE DE PIERRE SÈCHE EN FRANCE

EXAMPLES OF DRYSTONE ARCHITECTURE IN FRANCE

Christian Lassure


1 - Saint-Saturnin-d'Apt (Vaucluse) : les aiguiers

2 - Le vignoble de Banyuls (Pyrénées-Orientales) : les aménagements lithiques

3 - Camon (Ariège) : les cabanes en pierres sèches

4 - Aubais (Gard): les cabanes en pierres sèches

5 - Langlade (Gard) : les cabanes en pierres sèches

6 - Montignac-sur-Vezère (Dordogne) : les cabanes en pierres sèches

7 - Le Causse de Limogne (Lot) : les cabanes en pierres sèches

8 - Le Causse de Martel (Lot) : les cabanes en pierres sèches

9 - Le Plateau de Millevaches (Corrèze) : les cabanes en pierres sèches

10 - Le département du Var : les cabanes en pierre sèche

11 - Le pays de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) : les cabanons pointus

12 - Le Mont d'Or lyonnais : les cabornes

13 - Le canton de Nolay (Côte-d'Or) : les cabotes

14 - Genouilly (Saône-et-Loire) : les cadoles

15 - Le Barséquanais (Aube) : les cadoles

16 - Le Mâconnais septentrional et le Tournugeois : les cadoles

17 - La garrigue marguerittoise (Gard) : les capitelles

18 - Le Causse Comtal (Aveyron) : les cazelles

19 - Le Causse Rouge (Aveyron) : les cazelles

20 - Soubès (Hérault) : les cazelles ou masicots

21 - Le Plateau de l'Auverne (Hérault) : les constructions en pierre sèche

22 - Le Haut Vicdessos (Ariège) : les cabanes d'orris

23 - Le Nebbio (Haute-Corse) : les pagliaddiu ou paillers

24 - Région de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) : les tonnes

25 - Le canton de Crémieu (Isère) : les cabanes en pierre sèche

26 - Fitou (Aude) : cabanes en pierre sèche à voûte clavée

27 - Le Premier Plateau jurassien : murs et guérites en pierre sèche

28 - Les coteaux de  et de Bucey-les-Gy (Haute-Saône) : les cabordes

29 - Les confins de l'ouest de la Creuse et du nord-est de la Haute-Vienne : les loges

30 - Cabanes et murs en pierre sèches du plateau de Langres (Haute-Marne)

31 - La vallée de Barège (Hautes-Pyrénées : les coueylas

1 - SAINT-SATURNIN-D’APT (VAUCLUSE) :
 LES AIGUIERS

Il existe au nord-est de Saint-Saturnin-d’Apt en Vaucluse, un "pays des aiguiers ", ainsi baptisé car de nombreuses fermes y avaient autrefois pour seul point d’eau une citerne (en provençal aiguié) creusée dans la roche calcaire et alimentée en eau de pluie par un système de récupération des eaux de ruissellement (en langage technique impluvium).

Mais la zone d'extension des aiguiers ne se limite pas à cette commune des Monts de Vaucluse : on en rencontre à Villars, Gordes, Sault, Monieux, Blauvac et Villes-sur-Auzon.

Par nécessité, ces aiguiers sont toujours implantés sur des terrains en pente ou immédiatement en aval de ces derniers. Leur impluvium peut être un plan de roche dénudé et creusé de rigoles de collecte ou un chemin barré d'une rigole oblique poursuivie jusqu'à l'aiguier. (Un autre dispositif, mais qui n'est pas attesté à Saint-Saturnin-les-Apt, consiste en une toiture collectrice concave avec lauses inclinées convergeant en direction du trou de collecte. )

© CERAV

Lieu dit Les Lazarins à Saint-Saturnin-d'Apt (Vaucluse) : aiguier millésimé 1906 sur son linteau

Une crépine de petites branches, placée dans les trous de collecte réservés dans les parois arrières ou les côtés de la bâtisse, servait à filtrer l’eau et à empêcher les petits animaux de tomber à l’intérieur.

La profondeur des cuves oscille principalement de 0 m 90 à 2 m 20. Une seule atteint 3 m 35.

Si quelques aiguiers sont à ciel ouvert et libres d’accès aux troupeaux et au gibier (les grives étant tirées depuis un poste de chasse ou espère édifié à proximité), la plupart sont recouverts et protégés soit par une voûte encorbelée en forme de coupole, bâtie en pierres sèches, soit par une voûte clavée en berceau, aux voussoirs généralement liés par du mortier. Dans le premier cas, le bassin est de plan circulaire ou carré avec arrondissement des angles, dans le deuxième cas de plan rectangulaire. Un troisième type, plus rare, de couvrement est constitué par de grande dalles rectangulaires taillées qui sont posées au niveau du sol, soit en plafond (dalles juxtaposées), soit en bâtière (dalles affrontées) au-dessus d'une cuve rectangulaire.

La porte d’entrée est dans les deux premiers types est tenue soigneusement fermée.

Les aiguiers couverts par une coupole en encorbellement ont pour caractéristique commune d'avoir leur coupole légèrement en retrait par rapport au corps de base. La fonction de cette retraite reste énigmatique : abritait-elle un chéneau circulaire destiné à receuillir l'eau de pluie tombant sur le parement extérieur de la coupole ou est-elle la trace d'une couverture de lauses retirée après l'abandon de l'installation ?

De même, les aiguiers couverts par une voûte en plein cintre présentent un extrados à peine protégé par de la caillasse alors qu'on s'attendrait plutôt à une couverture de grandes lauses à deux pentes.

Enfin, il faut noter que les aiguiers à voûte clavée sont parfois renforcés intérieurement par une arche, maçonnée ou non, soit parallèle à la directrice de la voûte, soit perpendiculaire à celle-ci.

Quel que soit le type de couvrement employé, les parois intérieures de ce dernier sont toujours dans la continuation de celles du bassin creusé dans la roche.

Dépendant généralement d'une ferme proche, l'aiguier servait, selon le cas, à un usage domestique (laver le linge, arroser le potager), un usage pastoral (abreuver les bêtes) ou encore un usage artisanal (distiller la lavande et refroidir le serpentin).

Certains aiguiers portent un millésime, ainsi deux aiguiers au lieu dit Les Lazarins, datés respectivement de 1882 et 1906.

La tradition de creuser des citernes ou aiguiers est cependant antérieure à la fin du 19e siècle. Une mention fort éclairante à ce sujet nous est livrée par Auguste Roux danssa monographie "Villars, un village de l’ancienne Provence" :

"le 28mars 1666, les conseils font observer que la montagne ‘est fort sèche’. Il y a un rocher au quartier de La Brasque ‘propre à creuser un aiguier’ afin d’abreuver les troupeaux … ‘on verra un maître-coupeur de pierres’. Le 6 juin, une partie du rocher est creusée. André Clément et d’autres ont payé le travail dont ils jugent la nécessité. Il est délibéré de poursuivre la besogne conformément ‘au marché fait’, de ‘relarguer’ le tout et de le payer".

(Cité dans A.P.A.RE, Aiguiers et cabanes en pierre sèche des Monts de Vaucluse, inventaire et mise en place d’un programme de sauvegarde et de découverte : 

- rapport méthodologique, Commune de Saint-Saturnin-d’Apt, Avignon, octobre 1986; 

- rapport méthodologique, Commune de Villars, Avignon, septembre 1987).

Sources :

- François et Claude Morenas, Circuits de découverte des Monts de Vaucluse, guide de sentiers pédestres conçu par Regain, Auberge de jeunesse à Saignon (Vaucluse), Reboulin, Apt, 1974, 75 p., en part. pp. 49-54 (le pays des aiguiers) + carte h. t.;

- Pierre Coste, Pierre sèche en Provence, dans Les Alpes de lumière, No 89-90, 1er et 2e trim. 1985, pp. 3-60.

2 - LE VIGNOBLE DE BANYULS (PYRÉNÉES-ORIENTALES) :
LES AMÉNAGEMENTS LITHIQUES

En Roussillon, le long de la Méditerranée, entre Collioure au nord et Cerbère au sud, se dessine un paysage de terrasses schisteuses plantées en vigne : le vieux vignoble de Banyuls, aménagé sur des versants tournés vers l’est et recevant de ce fait toutes les précipitations, dont des orages cataclysmiques tous les trente ans.

Pour enrayer l’érosion mécanique des eaux, les vignerons ont construit toute une infrastructure pierreuse – murets de soutènement, rigoles d’écoulement pavées – mais aussi des abris construits soit isolément soit dans les murailles.

Il y a quelques décennies, plus de la moitié du vignoble était exploitée par des pêcheurs de Collioure et de Banyuls, des débardeurs de Port-Vendres, des cheminots et des douaniers de Cerbère.

Les outils traditionnels du vigneron étaient la banasta (panier pour porter les pierres) et le cavec (piochon), outre un marteau pointu d’un côté et plat de l’autre pour casser les cailloux et les façonner selon leur place à venir dans la murette.

© Guy Oliver

Murette à Cerbères (Pyrénées-Orientales)

L’expression "construire sa vigne" désigne parfaitement à la création des parcelles de vigne. Une fois que la terre était défrichée, il fallait, avant toute chose, dessiner la vigne, repérer les courbes de niveaux, et surtout, déterminer où l’on allait mettre l’agulla, ou rigole, et le peu de gall, ou "pied de coq", si l’on voulait que l’eau s’écoule bien. Puis on construisait les murettes. Enfin, on répandait la terre dans chaque feixa ou bande de terre, entre deux murettes, pour uniformiser la pente. Ce travail se faisait l’été, avant ou après la vendange. Les agulles et les peus de gall étaient pavés. Les murettes nécessitaient des fondations penchées vers l’arrière, atteignant la roche mère et pouvant dépasser un mètre de profondeur. Les plus gros cailloux, ou cossols, étaient enfouis dans la terre. Pour la partie visible, les viticulteurs-maçons ne choisissaient que les beaux cailloux, petits, avec une face plate. Les autres étaient entassés derrière la murette. Ensuite on couvrait la murette avec une assise de lloses. La largeur des feixes était de cinq rangées de ceps environ, mais quelquefois, le viticulteur construisait une murette pour un seul pied, isolé entre deux rochers. En une journée on érigeait environ trois mètres linéaires de murettes.

Sources : 

- F. Poirot, C. Rosas, A. Dourdan, J.-M. Goyhenex et P. Palau, Les vignerons scupteurs de montagnes, I, dans Terres catalanes, No 5, 1994, pp. 32-49; 

- A. Dourdan, J.-M. Goyhenex et D. Machu, Les vignerons scupteurs de montagnes, II, dans Terres catalanes, No 7, 1994, pp. 26-34.

3 - CAMON (ARIÈGE) :
LES CABANES EN PIERRES SÈCHES

Le village de Camon se trouve dans le canton de Mirepoix, dans la partie nord-est du département de l'Ariège, aux confins de l'Aude. Autour du village, qui est situé dans la plaine de l'Hers, se dressent des collines où affleurent des grès : c'est là que plus de 80 cabanes ont été inventoriées, à partir de 1996, par l'association "Montagne et patrimoine". La soulane de ces collines recèle en effet les vestiges d'une agriculture aujourd'hui défunte : terrasses retenues par des murs de soutènement, chemins dallés, canaux d'amenée d'eau, sources captées, et bien sûr cabanes de pierre sèche.

Une gravure datant de 1825 ("Vue du Château et Monastère de Camon du côté du Nord") montre plusieurs parcelles en vignes sur les versants d'une de ces collines; une cabane, reconnaissable par sa forme et son entrée, est même visible à la base d'une de ces parcelles. C'est le phylloxéra qui, à la fin du 19e siècle, a signé l'arrêt de mort de ce paysage viticole datable des Temps Modernes.

Une typologie à la fois morphologique et fonctionnelle se dégage de l'étude des cabanes. Six exemples précis en rendent compte.

1/ Unecabane parallélépipédique, formée de deux parois encorbellées ou demi-voûtes opposées symétriquement et interrompues par un plafond de grandes dalles, donnant un espace intérieur en forme de nef renversée visible dès l'entrée, les côtés de celle-ci n'étant que l'intersection des plans obliques des encorbellements avec le plan vertical de la façade (dim. intérieures : prof. : 3,20 m, larg. : 1,20 m, haut. : 2,05 m). Pas d'aménagements intérieurs. Fonctions : abri et resserre.

Camon (Ariège) : abri formé de deux demi-voûtes encorbelées opposées symétriquement

2/ Une cabane parallélépipédique, avec entrée axiale ménagée dans un des côtés et donnant dans un espace intérieur de 2 m sur 2,20 m. Le passage du plan subcarré de la base au plan subcirculaire de la voûte, haute de 2,15 m, se fait au moyen de quatre grandes dalles barrant les angles de façon à donner une assise octogonale. Aménagements intérieurs : niches et étagères, bancs en pierre. Fonctions : abri et habitation temporaire.

3/ Une cabane subcirculaire (diamètre intérieur :1,10 m, hauteur de flèche : 2 m), au couvrement extérieurement arrondi. Pas d'aménagements intérieurs. Fonctions : abri et resserre.

4/ Une cabane de petite taille, intérieurement carrée (côté : 1,60 m, hauteur de flèche : 1,50 m), à l'entrée axiale très basse et à la voûte terminée par un plafond de petites dalles. Pas d'aménagements intérieurs. Fonctions : abri et resserres-à-outils.

5/ Une guérite incluse dans un large mur d'enclos construit en galets (poudingues) provenant des champs cultivés. Le couvrement de la guérite dépasse légèrement le faîte de la muraille. L'espace intérieur est carré (côté : 1,40 m, hauteur de flèche : 1,80 m). Pas d'aménagements. Fonction : assietadou (c'est-à-dire endroit où s'asseoir).

6/ Une construction petite et basse incluse dans un mur de soutènement; un étroite entrée donne dans un espace de 1,20 m de côté et de 1,10 m de hauteur de flèche, coiffé d'un plafond de grosses dalles. Fonction : resserre-à-outils.

Le sentier à thèmes tracé sur la soulane dominant le village, rend compte de cette typologie.

Source : Jean Besset, Patrice Castel, Olivier Sanchez, Les cabanes de Camon [Ariège], Montagne et patrimoine - Mairie de Camon, 2000, 74 p.

4 - AUBAIS (GARD) :
LES CABANES EN PIERRES SÈCHES

La petite commune d'Aubais dans le Gard fait partie d'une micro-région portant le nom de Soubergues. Quatre-vint-douze cabanes, intactes ou ruinées, y ont été recensées par Claude Bouet.

Construites en matériau calcaire, elles sont dans des parcelles privées, à l'exception de deux d'entre elles situées dans les anciens communaux. Elles servaient d'abris temporaires aux agriculteurs lors des travaux des champs et pendant les vendanges et les olivades. Des dates inscrites sur les parois y ont été relevées : 4 du 18e siècle, 22 du 19e et 17 du 20e.

Les dimensions extérieures, qui ne dépassent pas les 4 m de côté (à une exception près), font généralement 3 m de longueur sur 2,80 m de largeur et guère plus de hauteur. Sur 83 cabanes à l'entrée identifiable, aucune n'est exposée au nord, 38 le sont au sud, 19 à l'est et au sud-est, 18 à l'ouest et au sud-ouest. Au nombre des aménagements, on trouve fenestrons, oculus, sièges, banquettes et niches. Les sols sont en terre battue ou en affleurement rocheux nivelé ou à pavage de lauses.

Une typologie, fondée sur le plan et la forme extérieurs, distingue :

- le parallélépipède au toit plat;

- le parallélépipède au toit légèrement bombé;

- le parallélépipède au toit plat coiffé d'un dome aplati en retrait, de plan circulaire;

- le parallélépipède au toit plat coiffé d'un dome aplati en retrait, de plan quadrangulaire;

- le parallélépipède au toit plat coiffé d'un tronc-de-cône en retrait;

- le cylindre surmonté d'un dôme, sans discontinuité entre les deux;

- la cabane de plan semi-circulaire et à façade rectiligne;

- la cabane de plan en fer en cheval et à façade rectiligne.

© Christian Lassure

Parallélépipède au toit plat coiffé d'un tronc-de-cône plein
en retrait

Mais le plus grand nombre des édifices consiste en constructions massives, frustes, sans forme bien définie et faisant partie généralement d'un mur ou d'un tas d'épierrement.

Les linteaux d'entrée sont soit une dalle brute en calcaire phonolithique (30 cas), soit un bloc taillé en calcaire marneux ou en molasse coquillère (11 cas).

Pour compenser la fragilité des dalles ou blocs employés comme linteaux, les constructeurs ont fait appel à d'astucieux systèmes de décharge, souvent doubles :

- arc de lauses clavées délimitant un vide semi-circulaire au-dessus du linteau (deux blocs trapézoïdaux superposés forment un succédané de clé);

- dalle horizontale posée sur deux billettes au-dessus du linteau, délimitant un vide rectangulaire, puis à nouveau, au-dessus, deux petites dalles opposées en bâtière, enserrant un vide triangulaire;

- dalle horizontale posée sur deux assises de moellons reposant sur le linteau (pas de vide rectangulaire), puis à nouveau, au-dessus, deux petites dalles opposées en bâtière, enserrant un vide triangulaire (le seul système de décharge effectif);

- doublement de la grande lause formant le linteau par une lause un peu moins longue, cette dernière servant de base à deux lauses opposées en bâtière, enserrant un vide triangulaire;

© Christian Lassure

Linteau double déchargé par une bâtière de lauses

- deux grandes lauses opposées en bâtière, enserrant un espace triangulaire, puis, calé sur cette bâtière, un pseudo-arc clavé en lauses;

- doublement de la mince dalle formant le linteau par une grosse dalle posée sur des billettes et délimitant un vide ténu, puis à nouveau, dalle plus petite posée sur deux piles, enserrant un vide rectangulaire.

iconographie aubaisienne

Sources :

- Claude Bouet, Les cabanes d'Aubais (Gard), polycopié, l'auteur, Aubais, juin 1990, env. 50 p., nombreuses cartes et planches photographiques h. t.;

- Claude Bouet, Micro-géographie de l'habitat agreste d'un terroir du Soubergues (Languedoc oriental). Les cabanes d'Aubais [Gard] (A la découverte des capitelles), E.N.D., Nîmes, 1994, 87 p.

5 - LANGLADE (GARD) :
LES CABANES EN PIERRES SÈCHES

Les cabanes en pierres sèches de la commune de Langlade dans le Gard ont été inventoriées par Gérard Gory. En tout 74 cabanes ont été dénombrées, dont 58 % dans un état qualifié de "bon" ou de "moyen" et 42 % à l'état de ruines.

La majorité des cabanes sont accolées ou incorporées à un mur, seuls 9 % des édifices se trouvent isolés dans la parcelle.

Les plans de base sont principalement ovoïdes (19 %), en forme de Q (36 %) ou en forme de P (33 %). Quelques rares cabanes sont de plan carré ou rectangulaire.

Les zones à vestiges de pierre sèche de la commune se trouvant sur le versant sud d'une colline et étant protégées par le sommet de celle-ci, les ouvertures sont au sud sud-ouest et au nord nord-ouest (malgré le Mistral).

Les linteaux sont à 80 % du type monolithique. Les cabanes servaient d'abris aux bergers et aux agriculteurs.

Exploitant des photographies aériennes faites entre 1973 et 1990, période pendant laquelle 30 % de la commune à connu des incendies, Gérard Gory a pu d'emblée établir une représentation des structures de murs en pierre sèche sur la commune.

Source : Gérard Gory, Les bocages lithiques du Gard. Comparaison entre Nîmes et Langlade [Gard], dans Le point sur la problématique des bocages lithiques, Actes de la journée d'étude du 14 septembre 1994 au Ministère de l'environnement, Paris, rapport polycopié, Ministère de l'environnement - Association "Pierre sèche et patrimoine aubaisien", s. d. (1995), pp. 47-55.

6 - MONTIGNAC-SUR-VEZÈRE (DORDOGNE) :
LES CABANES EN PIERRES SÈCHES

Commune du Sarladais ou de ce qu'il est convenu d'appeler le Périgord Noir, Montignac-sur-Vezère doit à un passé viticole (le vignoble des Gardes produisait un vin réputé qu'Eugène le Roy mentionne dans Jacquou le Croquant) les vestiges d'au moins une cinquantaine de cabanes en pierre sèche.

Ces abris, qui ont été étudiés par Eric Bougeot, se dressent sur les versants et les plateaux calcaires coniaciens qui bordent la plaine alluviale de la Vezère. L'ensemble le plus important est constitué par les calcaires disséminés sur les plateaux des Gardes et des Catalandes surmontant Montignac. Un autre ensemble est formé par les cabanes regroupées autour d'une maison rudimentaire à La Roumagère. En dehors de ces ensembles, les cabanes sont isolées ou groupées par deux.

Le plus souvent les édifices sont, à la base ou jusqu'à mi-hauteur, accolés à la roche, au dénivellé du terrain ou très souvent contre un muret.

Les ouvertures sont toujours orientées vers l'intérieur des enclos, faisant ainsi autrefois face aux vignes. Vingt-six cabanes regardent le sud et le sud-est, huit l'est, huit autres le sud-ouest et l'ouest, une seule regarde le nord-ouest (d'où viennent les vents froids violents et la pluie), sept regardent le nord-est.

Les édifices sont de plan circulaire ou sensiblement ovale, à l'exception d'une cabane bâtie sur plan rectangulaire.

Les parois, réalisées à l'aide de blocs calcaires ou de lauses brutes, sont verticales, avec parfois un léger fruit. Une seule cabane possède un crépi extérieur.

Les couvertures sont le plus souvent coniques, parfois domicales. Trois couvertures sont légèrement campaniformes. Un larmier est présent sur tous les édifices, sauf trois où le passage de la partie cylindrique à la couverture se fait sans discontinuité.

Les entrées sont d'élévation rectangulaire et font 1,50 m-1,60 m de haut pour 0,80 m-0,90 m de large pour les plus courantes. Les piédroits sont faits de blocs calcaires taillés alternant parfois avec de grosses dalles équarries. Les linteaux sont des poutres en bois ou de grosses dalles.

Les aménagements les plus courants sont les lucarnes et les niches, les moins fréquents les dallages de lauses calcaires et les anneaux de pierre.

Les entrées possèdent très souvent des portes en bois aux ferrures métalliques, avec des pierres de butée (dans sept cabanes).

Une cabane présente une cheminée avec piédroits et chambranle en bois, hotte en blocs calcaires et conduit cylindrique réservé dans la masse de la toiture au départ de l'encorbellement et débouchant à l'extérieur.

Nées de l'expansion du vignoble de Montignac au 18e siècle, ces cabanes furent des abris de choix pour les paysans mais aussi des resserres pour le petit matériel de culture. Elles connurent la crise phylloxérique à partir de 1877, puis les replantations avant l'abandon final du vignoble dans les années 1930.

Pendant la 2e guerre mondiale, certaines cabanes servirent de point de rencontre ou de gîte nocturne à des Résistants.

Source : Eric Bougot, Recensement des cabanes en pierre sèche de Montignac-sur-Vezère (Périgord Noir), dans L'architecture vernaculaire, t. 13, 1989, pp. 23-36.

7 - LE CAUSSE DE LIMOGNE (LOT) :
LES CABANES EN PIERRES SÈCHES

Les cabanes en pierre sèche qui parsèment la surface du causse de Limogne dans le Lot ont été étudiées par Pierre Dalon.

Voûtées par encorbellement, elles se répartissent en deux grandes catégories :

- de simples abris aménagés dans l'épaisseur des murs des enclos ou dans des amoncellements d'épierrage;

- des cabanes de belles dimensions et plus soigneusement bâties servant de refuges pour les travailleurs des champs ou de loges pour les animaux (étables, bergeries, poulaillers); répondant au nom local de cabanos, elles constituent l'équivalent, au sud du Lot, des casellos des causses du Nord.

L'emplacement des cabanes est très variable : dans la cour des fermes ou à proximité, dans les champs, les vignes, les pacages ou les bois, au bord des chemins.

Elles peuvent être isolées au milieu d'un enclos ou à un angle; elles peuvent être situées sur une crête, sur un versant ou en terrain plat.

Leur orientation la plus fréquente est entre le sud et l'est.

Les abris simples, peu variés, sont généralement de petites guérites semi-circulaires avec ou sans couverture, qui rappellent les raparros du Roussillon : ils servaient principalement aux bergers pour se protéger du vent.

© Christian Lassure

Coupe-vent en forme de fer à cheval dans d'anciens parcours à moutons

Les grandes cabanes, plus intéressantes, sont très diverses : elles sont soit circulaires (75 %), soit rectangulaires ou en U (20 %), soit carrées (1,5 %); certraines relèvent d'un type particulier : cabanes doubles ou à entichambre (3,5 %).

Les cabanes de plan circulaire sont à toit conique ou à toit plat ou encore de profil cylindro-tronconique ou cylindro-ogival (hauteur égale ou supérieure à 4 m, diamètre supérieur à 3 m).

© CERAV

Lieu dit La Bertrande à Laburgade (Lot) : grande bergerie

Les cabanes de plan rectangulaire, à la voûte en arc brisé délimitant un volume intérieur en forme de carène renversée, ont soit un aspect extérieur caréné, soit la forme d'un parallélépipède rectangle au toit plus ou moins plat.

Les cabanes de plan carré ont un toit conique ou pyramidal; elles sont à coupole sur pendentifs pour la plupart.

Les cabanes doubles ou à antichambre sont ordinairement de plan rectangulaire et à voûte ogivale; parfois la première pièce est rectangualire, mais la deuxième est circulaire. La partie antérieure servait d'abri au bergers, la partie postérieure de logement pour les brebis.

Ls ouvertures sont d'élévation généralement rectangulaire et parfois trapézoïdale (elles ont alors un linteau en pierre ou en bois). Elles peuvent être aussi triangulaires ou en arc brisé (hauteur : de 1 m à 1,50 m).

Les aménagements intérieurs sont variés : niches-placards, bancs de pierre, mangeoires, cheminées, poutres en bois supportant un plancher dans la coupole (grenier), etc. On note aussi des lucarnes d'observation, des trous d'aération, des épis ou pierres quillées (dans les cabanes rondes à toit conique).

La plupart des cabanes encore visibles et connues ont été construites au 19e siècle, entre 1800 et 1880 principalement. Certaines ont pu être édifiées au 18e et vers la fin du 17e siècle : il s'agit alors de constructions robustes et bien entretenues.

Source : Pierre Dalon, Les cabanes en pierre sèche du causse de Limogne [Lot], dans Bulletin de la Société des études littéraires, scientifiques et artistiques du Lot, t. 94, 1973, 2e fasc., avril-juin, pp. 103-131.

8 - LE CAUSSE DE MARTEL (LOT) :
LES CABANES EN PIERRES SÈCHES

Le sud-est du causse de Martel, dans ses parties les plus pauvres, laissées aux ovins, est parsemé de cabanes en maçonnerie sèche dont une soixantaine ont été recensées par Pierre Lannes. Situées en des lieux permettant une bonne observation (sommet, ligne de crête, passage de draille, bord de combe), elles sont soit isolées au milieu d’un enclos (25 d’entre elles), soit en connexion avec un mur ou un angle d’enclos (respectivement 17 et 16) ou avec un cayrou (10). Elles servaient principalement d’abris pour les bergers.

Elles se répartissent en trois types :

- de simples guérites pour une ou deux personnes, aménagées dans l’épaisseur d’un mur ou d’un tas d’épierrement (au nombre de 15, soit 26%);

- des édifices de plan circulaire, dotés d’une belle voûte encorbelée (25, soit 45%);

- des constructions de plan rectangulaire ou carré, à couverture de larges dalles posées en succession ou à voûte circulaire reposant sur des trompes barrant les angles (14, soit 24%).

On a voulu, à tort, les baptiser "capitelles", terme importé, sans racine locale, et qui désigne les cabanes des environs de Nîmes (Gard), alors qu’il eût été plus simple et moins inexact d’utiliser une appellation locale : soit gariote (garioto) pour les guérites rudimentaires, soit caselle (casello) pour les édifices plus importants.

Source : Pierre Lannes, Le problème des capitelles sur le causse de Martel [Lot], Mémoire secondaire de D.E.S., Faculté des lettres de Toulouse, 1967, publié dans Travaux de l’Institut d’art préhistorique de Toulouse, t. 10.

9 - LE PLATEAU DE MILLEVACHES (CORRÈZE) :
LES CABANES EN PIERRES SÈCHES

Il s’agit de petites cabanes rudimentaires aux parois de pierres sèches et au toit formé de branchages chargés de mousses, de mottes de gazon et de bruyère, que l’on rencontre dans la partie haute de la Corrèze (Lissac, Tarnac, Chavanac, etc.), à une altitude supérieure à 800 m. Elles ignorent totalement le procédé de la voûte de pierres encorbelées.

En règle générale, leur plan est approximativement en forme de fer d’âne, plus ou moins resserré à l’ouverture. Quelques exemplaires ont le fond occupé par un siège en pierre que l’on recouvrait d’herbes sèches. Bâties au 19e siècle par des bergers, elles servaient d’abris d’où ils pouvaient surveiller les troupeaux dans les pâturages.

A titre de comparaison, on peut citer les abris similaires qui se rencontrent dans le Quercy : abris semi-circulaires, en forme de fer à cheval, mais sans couverture, que les bergers érigeaient pour se protéger des vents du Nord.

On a voulu voir dans ces cabanes la continuation, la "survivance" d’un mode de construction néolithique : cela ne peut être autre chose qu’une hypothèse tant que la filiation entre cabanes néolithiques et abris de bergers de ces derniers siècles n’aura pas été établie par la découverte et la fouille de chaînons intermédiaires, lesquels, dans le cas présent comme dans bien d’autres, font défaut jusqu’ici. De vagues ressemblances de plan et d’aménagement entre les cabanes visibles actuellement sur le plateau de Millevaches et une hutte néolithique découverte dans les tourbières du Schleswig-Holstein dans le nord de l’Allemagne ne sauraient être considérées comme des preuves.

Sources :

- Eugène Passien, Cabanes de tradition néolithique sur le plateau de Millevaches [Corrèze], dans Etudes limousines, Bulletin de la Société d’ethnographie du Limousin, de la Marche et des régions voisines, juillet-décembre 1970, No 38-39, pp. 101-103.

- Marius Vazeilles, Le pays d’Ussel, préhistoire et histoire ancienne, Tulle, 1962, pp. 34-35.

10 - LE DÉPARTEMENT DU VAR :
LES CABANES EN PIERRES SÈCHES

Les cabanes en pierres sèches du Var forment une longue traîneé qui relie le groupe des Alpes-Maritimes (Tourrettes-sur-Loup, Caussols, Saint-Cézaire, etc.) aux groupes des Bouches-du-Rhône (autour de l'étang de Berre, près d'Aix et sur la chaîne de La Trevaresse, à Trets, à la Ciotat, etc.).

Elles ne se rencontrent que dans les terrains calcaires et sont absentes des massifs cristallins de l'Estérel et des Maures.

Elles se trouvent le plus souvent sur l'ubac d'une colline (sauf dans la région de Toulon où elles sont construites aussi sur l'adret), ou sur un plateau désertique, aujourd'hui envahis par la végétation mais autrefois cultivés.

Les cabanes ne dateraient, pour les plus vieilles, que du 16e siècle (aucune preuve d'une datation aussi haute n'est apportée), et pour les plus récentes, du 19e siècle.

Leur usage est lié aux anciennes cultures pratiquées sur les restanques (pois chiche, blé, orge, oliviers, arbres fruitiers, etc.).

Construites sur des lieux cultivés éloignés des villages et des fermes, elles servaient d'abris temporaires aux cultivateurs, procurant à ces derniers fraîcheur en été et leur servant de couchage pour plusieurs jours lors des grands travaux agricoles. Elles le protégeaient aussi du mistral et des autres vents froids avec leur entrée évitant l'ouest.

En dehors des cabanes agricoles, on trouve aussi des cabanes pastorales associées à un enclos, sur les grandes drailles de transhumance. L'enclos n'avait qu'une entrée étroite par où passait le troupeau et qui était fermée par des branchages. Parfois la porte de la cabane donnait dans l'enclos, ce qui permettait au berger de surveiller les bêtes plus commodément la nuit. Parfois un puits ou une lavogne se trouvait à proximité pour faire boire les bêtes.

Certaines cabanes en pierre sèche servaient d'abris aux charbonniers de bois, très nombreux dans le Var, en particulier dans les bois des Prannes, entre Ampus et Chateaudouble, sur le plateau entre Trans et Les Arcs, dans la forêt entre Tourves et Bras.

Source : Eric Kalmar, Cabanes en pierre sèche de la Provence littorale. 1 - Le Var, coll. "Connaissez-vous ?", l'auteur, 1995, 88 p. + 20 p. intercalées.

11 - LE PAYS DE FORCALQUIER (ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE) :
LES CABANONS POINTUS

Les cabanons pointus des environs de Forcalquier et de Mane dans les Alpes-de-Haute-Provence doivent leur surnom à leur silhouette caractéristique : une base de plan circulaire, parfois carrée, coiffée d'une toiture conique dont la rive en saillie court autour de l'édifice.

Le plus petit a 8 m de circonférence extérieure, le plus grand 45 m; leur hauteur varie entre 2 et 7 m.

Presque tous ont une seule entrée, des placards, des fenêtres étroites, parfois une cheminée ou des étagères.

Ils servaient à protéger les outils d'un jardinier, la provision de bois ou les ruches d'un paysan, ou encore son repos les jours de canicule au moment de la "méridienne"; parfois ils servaient d'écurie pour un âne, un mulet ou un petit troupeau.

Autour des anciennes carrières de Mane, abandonnées au milieu du 19e siècle, les cabanons pointus sont l'œuvre des carriers, auxquels ils doivent leur bel appareillage.

Leur construction remonte rarement au-delà du 17e siècle. Ceux qui sont datés (ou datables) sont tous du 18e ou du 19e siècle.

L'un des plus grands édifices est le "grand cabanon" des Eyroussiers près de Mane, avec sa circonférence de 40 m environ, soit un diamètre de 12,75 m.

Une carte postale du début du siècle et un relevé publié dans le volume Provence du Corpus d'architecture rurale du Musée des ATP sont tout ce qui reste des "cinq cabanons pointus de Forcalquier", ensemble d'édifices juxtaposés qui doivent leur surnom à leur silhouette caractéristique : une base de plan circulaire, coiféee d'une toiture conique dont la rive en saillie court autour de l'édifice.

© CERAV

Les cinq cabanons (presque) pointus de Forcalquier d'après une carte postale du début du 19e siècle.

Source : Pierre Martel, Le sentier des cent cabanons, cahier No 5 (16 p.) de Sentiers de haute Provence, I, Le Pays de Forcalquier, dans Les Alpes de Lumière, Nos 47-48, automne-hiver 1969.

12 - LE MONT D'OR LYONNAIS : 
LES CABORNES

Les cabanes en pierres sèches du Mont d'Or lyonnais sont désignées vernaculairement sous le nom de caborne ou caborgne. D'après le dictionnaire étymologique du patois lyonnais de Nizier de Puitspelu, caborne signifie un "petit réduit, une hutte, dans laquelle les journaliers se mettent à l'abri". "Par extension, se dit avec un sens péjoratif de toute habitation misérable". Un inventaire des cabornes sur les communes de Saint-Cyr, de Saint-Didier et de Saint-Romain au Mont d'Or a été réalisé par Claude Pierron.

l. Les différents types de cabornes

En fonction de leur taille et de leur architecture, les cabornes se répartissent en quatre grands types :

- la guérite pour une personne;

- l'abri pour une, deux ou trois personnes;

- la caborne proprement dite (pour cinq à dix personnes et plus);

- la grande caborne.

1.l. Les guérites pour une personne : Incluses dans un mur d'enclos ou parfois dans un mur de soutènement, les guérites individuelles constituent la version élémentaire de la caborne. De plan rectangulaire, elles sont toujours équipées d'un banc en pierre occupant le fond. Leur hauteur ne permet guère que de s'asseoir.

1.2. Les abris pour une, deux du trois personnes : En forme de hutte au sommet arrondi, ils sont de dimensions réduites et de faible hauteur. Une ou deux personnes, parfois trois, peuvent s'y asseoir ou s'y accroupir, rarement y rester debout (sinon à l'aplomb du sommet). L'entrée, qui n'est jamais orientée au nord, oblige à se baisser pour pénétrer à l'intérieur.

1.3. Les cabornes proprement dites (pour cinq à dix personnes et plus) : De plan circulaire ou carré, d'une hauteur intérieure variant de 1,70 m à 3,00 m selon la surface de la cellule, les cabornes proprement dites sont le type le plus représenté. Soit isolées, soit incorporées ou accolées à des murs ou à des pierriers (appelés chirats localement), elles utilisent différents types de voûtement :

- la voûte clavée en berceau, dont les pierres sur chant sont bloquées entre deux parois renforcées;

- la voûte auto-clavée (avec parfois quatre blocs aux angles en guise de trompes pour le passage du plan carré au plan circulaire);

- le toit de dalles rectangulaires à pente unique.

Lorsque la caborne est incluse dans un chirat, seule son entrée est repérable. Celle-ci, basse, dépasse rarement 1,50 m de hauteur. Comme aménagements intérieurs, il peut y avoir une ou plusieurs niches, un petit ressaut faisant office de banc le long d'une paroi, des pierres encastrées en bas de la paroi en guise de sièges. Quelques cabornes ont un muret de protection devant l'entrée.

1.4. Les grandes cabornes : Les grandes cabornes sont de plan rectangulaire et à voûte en forme de nef renversée, comme les cabanes de Gordes. Elles atteignent 4 m de profondeur, 3 m de largeur et 4,50 m de hauteur. Des trous de boulins donnent à penser qu'un plancher de solives était réalisé pour servir de réserve ou de grenier. Dans cette catégorie, comme dans la précédente, nombreuses sont les entrées qui ont leurs piédroits et leur couverte (couvrement) en pierres de taille et qui possèdent une porte en bois avec loquet et serrure.

2. Usages et date des cabornes

Les cabornes du Mont d'or, comme leurs consœurs d'autres régions, n'ont pas échappé aux tentatives de vieillissement. Elles ont été présentées comme :

- station proto-historique au 19e siècle (Bolo, Falsan et Locard, Chantre, etc,);

- système défensif dans les années 1930, les murs et les chirats étant les fortifications (manuscrit d'Ernest Langlade).

L'enquête orale menée auprès des anciens à Saint-Cyr a révélé une origine et une utilisation plus prosaïques. Les cabornes ou caborgnes étaient construites et habitées temporairement par les caborniers ou caborgniers, ouvriers journaliers célibataires ou mariés; voire avec enfants, qui, pour le compte de propriétaires, enlevaient les pierres des champs et des vignes ou construisaient et réparaient des murs et des pierriers, remontaient la terre des parcelles en pente, en échange de nourriture. Cela expliquerait l'abondance et la taille des murs et des chirats, mais aussi les différences dans leur qualité d'exécution.

Le dernier cabornier connu, un dénommé Dégruel, plus connu sous le sobriquet de "Poète", vivait dans la caborne de la famille Chavannes sur la commune de Saint-Roman, Il aurait vécu également dans deux autres cabornes, ce qui semble indiquer qu'il aurait travaillé pour différents propriétaires.

Une famille vivait dans la caborne du Pinet à Saint-Romain. On les appelait "les Cabornis". Le mari serait mort pendant l'hiver 1925-1926 et serait enterré ainsi que sa femme dans le cimetière de Saint-Romain. La tradition rapporte qu'il aurait été découvert mort de froid et qu'il aurait été redescendu sur une échelle par les habitants du pays, sa femme était absente, retenue par les gendarmes pour abus de boisson.

Certaines cabanes auraient servi de demeures aux carriers et tailleurs de pierre, très nombreux dans la région et qui, venant du Sud ou d'Italie, s'abritaient en construisant une caborne avec des déchets de carrière, à proximité des mareins (déblais de carrière).

Autres usages suggérés :

- abris pour les bergers gardiens des troupeaux de chèvres;

- locaux pour la préparation et la conservation du lait et des fromages, en raison de la fraîcheur sous les chirats.

Sur l'âge des cabornes, deux éléments de datation, outre ceux cités ci-dessus, sont disponibles. Une cabane sur la commune de Saint-Didier porte les inscriptions "Fait par MOY CLAUDE D..." sur le linteau et "1847" sur la fenêtre ouest. Sur une commune voisine, un agriculteur rapporte avoir vu son oncle construire une caborne. Celle-ci, semblable à d'autres de ce même terroir, a toutefois une finition irrégulière qui pourrait provenir d'un manque de métier ou de soin.

Source : Claude Pierron, Les cabornes du Mont d'Or lyonnais. Premiers résultats d'enquête, rapport remis au Comité du Pré-inventaire des Monuments et richesses artistiques du Rhône, octobre 1986, photocopie, 7 p.

13 - LE CANTON DE NOLAY (CÔTE-D’OR) : 
LES CABOTES

Les cabanes en pierre sèche des communes de La Rochepot, Saint-Aubin, Cermot-Le-Grand et Chassagne-Montrachet dans le canton de Nolay (département de Côte-d’Or) ont livré leur secret grâce à l’étude d’Elisabeth Reveillon.

Dénommées localement cabotes, elles se présentent toutes associées à un mur de délimitation ou de soutènement. Le couvrement le plus courant est la coupole hémisphérique surbaissée sur plan circulaire, semi-circulaire, carré, voire rectangulaire, mais une voûte en carène sur plan trapézoïdal est également attestée.

Les aménagements sont rares : quelques blocs faisant office de banquette rustique, parfois une niche ou une retraite du mur formant tablette. La présence d’une cheminée distingue, outre une cabane de vigne, deux cabanes de lavier (carrier extrayant des laves ou lauses) sur la commune de La Rochepot : foyer d’angle dans l’une, foyer central dans l’autre (l’une des deux constructions est dénommée "la Mougnotte", c’est-à-dire la petite maison).

Ces édicules, ainsi que la tradition orale en conserve le souvenir, ont été construits par les propriétaires eux-mêmes, cultivateurs ou vignerons. Une cabane date de la fin du 19e siècle, une autre du début du 20e et une troisième enfin des alentours de 1930 (fin de la tradition constructive donc).

Sur un recueil de plans de 1764, concernant des terres à la limite des finages de Baubigny et de La Rochepot, sont dessinés les murgers (murs et tas d’épierrement) ainsi que des figures plus petites, circulaires ou carrées, représentant vraisemblablement des cabanes isolées (la tradition constructive est donc attestée dès le milieu du 18e siècle).

Source : Elisabeth Reveillon, Cabanes de pierres sèches, dans Canton de Nolay, architecture et œuvres d’art, catalogue de l’exposition de Nolay, juillet-août 1981, Secrétariat régional de l’Inventaire général de Bourgogne, Dijon, 1981, pp. 98-105.

14 - GENOUILLY (SAÔNE-ET-LOIRE) :
LES CADOLES

Etudiées par Jean-Pierre Large de 1973 à 1976, les cabanes en pierre sèche ou cadoles de ce secteur du Mâconnais sont souvent de plan circulaire et de profil cylindro-conique.

Ouvertes à l’Est, elles ont une entrée exiguë.

Elles montrent, comme aménagements intérieurs, banquettes, niches, fenêtres, portes à serrure. Une cadole est même crépie intérieurement.

Certaines cadoles constituent par leurs dimensions de véritables maisons permettant le séjour de plusieurs personnes.

Sources :

- Jean-Pierre Large, Etude des cadoles du Mâconnais, dans Bulletin annuel de la société d’études et de recherches archéologiques et historiques de Vagnas (S.E.R.A.H.V.) (Ardèche), No 8, avril 1974, pp. 9-14;

- Jean-Pierre Large, Les cadoles du Mâconnais (suite). Secteur de Genouilly [Saône-et-Loire], dans Bulletin annuel de la Société d’études et de recherches archéologiques et historiques de Vagnas (S.E.R.A.H.V.) (Ardèche), No 9, avril 1975, pp. 19-20, et No 10, avril 1976, pp. 23-29.

15 - LE BARSÉQUANAIS (AUBE) :
LES CADOLES

Aussi appelées loges, les cadoles ou anciennes cabanes de vigne des collines de Courteron, de Gué-sur-Seine et des Riceys dans l’Aube, ont été redécouvertes par Jean-Claude Dubreuil et Guy Lazzarotti au milieu des bois et des friches où elles se dressaient abandonnées depuis le phylloxéra à la fin du 19e siècle.

Parmi les dizaines de témoins encore intacts, une morphologie domine : plan intérieur dérivé du cercle, absence générale de larmier à la base de la toiture, présence parfois d’une retraite entre le bas et la toiture (aux Riceys en particulier), toiture en forme de cône plus ou moins arrondi ou de pain de sucre, présence de contreforts ou de murgers contre la circonférence extérieure.

© CERAV

Lieu dit Comèle au Conard à Courteron (Aube)

Les cadoles ont payé un lourd tribut d’une part aux occupants allemands de la 2e guerre mondiale, lesquels ont détruit des cabanes à la grenade pour les empêcher de servir d’abris à des résistants, d’autre part aux engins de terrassement remettant en valeur les friches dans les années soixante à l’instigation de la SAFER.

La vie dans les loges vigneronnes semble avoir été idyllique : "En hiver comme en été (…), une loge était accueillante, confortable (…) Elle était fraîche pendant la canicule, grâce à l’épaisseur de ses murs et à l’absence de trop grandes ouvertures (…) On n’y rencontrait jamais de moustiques, ni de mouches, ni de taons. Une cavité creusée sous une partie de mur permettait qu’on y garde au frais la boisson, recouverte d’une poignée d’herbe humide de rosée. On s’y retirait de même à la mauvaise saison et la froidure ne vous y atteignait que difficilement. On y faisait du feu et, si la fumée s’échappait par le trou central de la voûte, les pierres de la paroi absorbaient la chaleur, la conservaient et la restituaient. C’était 'comme dans un four', affirment les anciens".

Certaines loges, situées en terrain communal, rassemblaient les vignerons d’un même secteur ne possédant pas de cabanes individuelles.

D’autres loges, situées sur le plateau, en limite de forêt, étaient fréquentées par des bûcherons et des gardiens de chèvres.

En dehors des loges, existait un autre type de construction en pierre sèche : l’acoigneau, coupe-vent bâti en demi-lune et tournant le dos à l’est, contre lequel on s’adossait pour se garantir du vent et de la pluie.

Source : Jean Daunay, Les cadoles du Barséquanais [Aube], Comité du Tourisme du Barséquanais, Bar-sur-Seine, 1985, 32 p.

16 - LE MÂCONNAIS SEPTENTRIONAL ET LE TOURNUGEOIS :
LES CADOLES

Etudiées par Gabriel Jeanton et Charles Dard dans l’entre-deux-guerres, les cadoles ou cabanes en pierre sèche du Tournugeois ont livré quatre types morphologiques :

- la cabane circulaire à coupole hémisphérique,

- la même, hissée sur un socle en pierres sèches,

- la cabane incluse sous un murger,

- la cabane rectangulaire rattrapant le plan circulaire au niveau de la calotte.

L’emploi du bois apparaît dans les édifices les plus récents.

Quelques cadoles datent du 18e siècle, ainsi la cadole dite "à Jean Guyot", au lieu dit La Combe sur la commune de Mancey, porteuse du millésime 1756 (date correspondant à la période d’extension des vignobles).

On construisit des cadoles jusqu’en 1920.

Les cadoles sont liées à la culture de la vigne, même là où le vignoble a cédé la place à des pâtures.

Certaines cadoles furent des habitations permanentes.

Source : Gabriel Jeanton et Charles Dard, Les cadoles en pierres sèches voûtées en coupole du Tournugeois, dans Bulletin de la Société des amis des arts et des sciences de Tournus, t. 42, 1942, pp. 165-177.

17 - LA GARRIGUE MARGUERITTOISE (GARD) :
LES CAPITELLES 

Ces édifices, recouverts par la végétation, ont reparu au grand jour après l'incendie du 2 août 1989 qui vit se consumer un millier d'hectares dans les collines au nord de Marguerittes, ville située à 10 km à l'est de Nîmes.

Leur recensement, conduit par l'Association pour la sauvegarde du patrimoine de Marguerittes, a permis de dénombrer 122 capitelles, dont 30 en bon état ou légèrement dégradées, 21 écroulées mais réparables, et 71 complètement effondrées.

Elles se rencontrent surtout dans la moitié sud de la garrigue, le sous-sol y étant constitué par des bancs calcaires gélifs aux affleurements abondants. Elles sont moins nombreuses dans la moitié nord, qui est constituée principalement de marnes et de calcaires massifs.

Elles se dressent dans la partie haute ou aux angles de petits enclos de quelques ares, autrefois plantés d'oliviers, de vignes et d'arbres fruitiers.

Sur 105 unités dont l'entrée est identifiable, 85 sont orientées au Midi (c'est-à-dire sud, sud-est et sud-ouest), 10 à l'ouest et 1 au nord-est, 6 à l'est et 3 au nord-est. Les constructeurs ont donc tenu compte de la direction des vents dominants (Mistral et Tramontane).

Morphologiquement, les constructions sont trapues, avec des parois verticales marquées par un léger fruit et avec un sommet plat ou bombé.

On distingue :

- des cabanes à plan carré extérieurement et intérieurement, soit articulées à un mur d'enclos, soit isolées, avec une entrée axiale ou décalée; certaines cabanes indépendantes ont leurs angles légèrement arrondis; une cabane est carrée à l'extérieur mais circulaire à l'intérieur;

- des cabanes à plan circulaire, soit incorporées dans un mur-pierrier, soit isolées; certaines tendent vers l'ellipse, l'entrée étant, selon le cas, dans l'axe du grand diamètre ou dans celui de petit diamètre;

- des cabanes à plan semi-elliptique, avec une façade ou un côté rectiligne;

- des cabanes à plan circulaire mais à façade rectiligne.

Les surfaces intérieures vont de 1 m2 à 13 m2.

Les entrées ont leur élévation rectangulaire avec un linteau souvent déchargé par une lucarne.

Quand ils existent, les aménagements se résument à une niche, une banquette, un foyer avec conduit de cheminée réservé dans le voûtement, un fenestron.

Dans le cadre de la création d'une zone paysagère entre les premières crêtes des collines de la garrigue au nord de Marguerittes et le tronçon de l'autoroute Nîmes-Remoulins au sud, un conservatoire de la pierre sèche a été érigé dans la "Combe des Bourguignons" : un circuit de découverte serpente au milieu des murs, terrasses et capitelles restaurés ou remontés par l'entrepreneur en maçonnerie Maurice Roustan pour le compte de la commune. 

Source : Raymond Martin et Bruno Fadat, Les capitelles de la garrigue marguerittoise [Gard], Association pour la sauvegarde du patrimoine de Marguerittes, 1991, 96 p.

18 - LE CAUSSE COMTAL (AVEYRON) :
LES CAZELLES

Situé au nord de Rodez, à une altitude de 600 m, le Causse Comtal – un des "petits causses" – est limité au sud par la vallée de l'Aveyron, au nord par le Dourdou, à l'ouest par le Rougier de Marcillac. Il se fond, à l'est, avec le causse de Séverac.

Le Causse Comtal comporte plusieurs zones à cabanes, situées près de villages, sur les parties caussenardes et le plus souvent sur des terrains communaux, ainsi sur les communes de Muret et de Rodelle au nord, et de Gages au sud (avec de 15 à 20 cabanes par zone).

Etudiées par Bernard Monestier, les cazelles du Causse Comtal sont des bâtisses rudimentaires, petites, construites en matériau d'épierrement (pierres calcaires plates brutes).

Elles ont servi à des bergers ou à des cantonniers.

De par leur forme extérieure, elles font penser, vues de côté, à des manteaux de berger posés au sol, aux capelines de bure des anciens bergers caussenards.

Les plans au sol sont

- soit circulaires ou subcirculaires, avec une entrée aux côtés généralement ébrasés vers l'extérieur;

- soit rectangulaires ou subrectangulaires, avec une entrée occupant la totalité ou la majeure partie d'un petit côté.

Dans les "capelines" de plan en fer à cheval et à ouverture ébrasée, la voûte oblongue se présente sous la forme de deux parois d'abord verticales puis encorbelées se rejoignant au sommet; elle fait penser à la nef renversée d'un navire.

Sur la commune de Rodelle, deux cabanes sont bâties sur les vestiges d'un dolmen dont elles réutilisent les dalles latérales servant de support à la table disparue.

Sur la commune de Bezonnes, deux cabanes ont pour couvrement un pan de dalles ou de grosses lauses reposant sur des pièces de bois.

D'autres abris sont construits à des angles de murs ou dans des clapas.

Comme aménagements on note, dans certaines cabanes, des pierres saillantes faisant office de siège, dans d'autres, un fenestron.

Sources :

- Bernard Monestier, Constructions de pierres sèches, No 3 (Les "cazelles" du Causse Comtal [Aveyron]), s. d. (1988), l'auteur, polycopié, 60 p.;

- Bernard Monestier, Constructions en pierre sèche sur les causses Comtal et Rouge [Aveyron], dans Architecture de pierre sèche, Causses et Cévennes, revue trimestrielle du Club Cévenol, 100e année, t.XVIII, No 2, avril-mai-juin 1995, pp. 49-50.

19 - LE CAUSSE ROUGE (AVEYRON) :
LES CAZELLES

Situé à l'ouest de Millau, à une altitude oscillant entre 600 et 700 m, le Causse Rouge est un des "petits causses". Au nord, il se perd dans le causse de Séverac; à l'est, il est séparé du causse de Sauveterre par la Lumansonesque; au sud-est et au sud, il est bordé par le bassin du Tarn; à l'ouest, il est interrompu par la vallée de la Muze. Il a une vocation agricole et pastorale (moutons, vaches).

Répondant au nom de cazelles, les cabanes en pierre sèche du Causse Rouge ont été étudiées successivement par Bernard Monestier et André Fages.

Elles se répartissent en trois grandes zones de la partie sud du causse :

- entre Navas et Thérondels et entre Caudas et Comprégnac, deux zones qui comportent une cinquantaine d'édifices, de plans et de formes diverses;

- vers Soulobres, une zone qui comporte une dizaine d'édifices, plus une trentaine de clapas parementés sur 1 m à 1,70 m de haut et remplis de pierres brutes.

Si toutes les cazelles sont bâties en pierres calcaires, les plus grandes et les plus belles font appel à de grosses pierres de grès taillées pour les encadrements d'ouvertures (entrées, fenêtres) et, dans le cas de bâtisses quadrangulaires, pour les chaînes d'angle. Ces pierres de grès proviennent des Monts du Lévezou proches ou ont été récupérées sur des constructions anciennes en ruine.

Le calcaire local étant gélif, certaines cazelles, construites uniquement en pierres calcaires, sont plus ou moins ruinées.

Le plan au sol prédominant est circulaire; la forme prédominante est le cylindre surmonté d'un couvrement très aplati (généralement délesté de sa couverture de lauses).

M. Monestier a publié le relevé et le descriptif d'une quinzaine de cazelles; citons, parmi les plus belles :

- à Comprégnac, une très grande cabane consistant en un haut cylindre (diam. int. : 6,30 m; ép. parois : 1 m), couverte d'un toit en forme de soucoupe renversée (du fait que seul en subsiste le coyau, les assises de lauses au-dessus ayant été retirées); voûte en coupole culminant à 7 m de haut; entrée axiale (larg. : 1 m), couverte par une dalle calcaire surmontée de plusieurs lauses formant larmier; comme aménagements : trois fenestrons (à l'est, au nord et à l'ouest), une niche;

© CERAV

Comprégnac (Aveyron) : grande cabane délestée de ses lauses

- à Comprégnac, au lieu dit Thérondels, une grande cabane consistant en un cylindre de 2,50 m de haut (diam. int. : 4,70 m; ép. parois : 0,80 m), surmonté d'un deuxième cylindre en retrait, moins élevé, lui-même coiffé d'un cône aplati (le tout étant en fait l'extrados de la voûte, mis à nu par l'enlèvement des lauses de couverture); voûte culminant à 6 m de haut; entrée aux piédroits en blocs de grès (larg. ext. : 1 m); comme aménagements : trois fenestrons (à l'est, au nord et à l'ouest), deux pierres d'attache à l'intérieur, deux autres de part et d'autre de l'entrée, une niche;

- à Comprégnac, une construction de plan quadrangulaire, ouverte sur tout un côté (prof. : 3 m); entrée (larg. : 2,60 m, haut. : 1,82 m) aux piédroits en blocs de grès soutenant un linteau de bois de 3 m de long; intérieurement, coupole aplatie de 3,30 m de flèche; au fond, une mangeoire de pierre; à proximité, un abri situé dans un mur-clapas;

- sur la commune de Millau, une cabane carrée (côté int. : 2,40 m) au toit légèrement pyramidal; dalle de faîte disparue; pas d'aménagements;

- à Saint-Beauzely, bel édifice en forme de cylindre (diam. int. : 3,90 m; ép. parois : de 0,90 m à 1 m), surmonté d'un deuxième cylindre en retrait, lui-même coiffé d'un pain de sucre (ici encore, l'extrados de la vôute mis à nu par le vol des lauses); voûte à encorbellement partant du sol et culminant à 5 m de haut; entrée axiale (larg. ext. : 0,80 m, haut. ext. : 1,55 m); aménagements : un fenestron au sud-ouest et des poutres d'échafaudage faisant office de mezzanine; autre édifice, de même modèle, mais plus petit, à proximité.

Au nombre des aménagements des cazelles, on note :

- des dalles en larmier au-dessus du linteau de l'entrée;

- des pierres trouées en saillie dans les parois (pour attacher un animal);

- des niches murales ou placards;

- des fenestrons aux points cardinaux.

Aucune inscription (date, initiales) n'a été remarquée à l'extérieur ou à l'intérieur des constructions.

Sources :

- Bernard Monestier, Constructions de pierres sèches, No 2 (Les "cazelles" du Causse Rouge [Aveyron]), s. d. (1988), l'auteur, polycopié, 51 p.;

- Bernard Monestier, Constructions en pierre sèche sur les causses Comtal et Rouge [Aveyron], dans Architecture de pierre sèche, Causses et Cévennes, revue trimestrielle du Club Cévenol, 100e année, t. XVIII, No 2, avril-mai-juin 1995, pp. 49-50.

- André Fages, Caselles et pierre sèche, collection Passion des Causses, Les Adralhans, Millau, 2000, 230 p.

- Christian Lassure, Nouveaux éclairages sur les cabanes en pierre sèche dépossédées de leur toiture de lauses, dans www.pierreseche.com, 4 septembre 2003.

20 - SOUBÈS (HÉRAULT) :
LES CAZELLES OU MASICOTS

La commune de Soubès dans l'Hérault se répartit en trois zones bien distinctes : le plateau, recouvert de landes et de forêts; les pentes du plateau, recouvertes de bois et de taillis; la partie basse, qui contient les cultures, étagées en faisses ou traversiers. C'est dans cette partie basse qu'ont été recensées 180 cabanes de pierre sèche, appelées dans le pays cazelles ou parfois masicots (le nombre réel dépasse certainement 200).

Leur densité est généralement fonction de l'éloignement du village et de la richesse des ténements en matériaux de construction. Il n'y en a pas, ou guère, dans les bas fonds, au voisinage des rivières, et sur les parties plates, riches en alluvions mais pauvres en pierres.

Dans les parcelles, les cabanes sont situées :
- soit dans un tas d'épierrement ou casal (ce sont en général les plus belles);
- soit dans ou devant des murs d'épierrement séparant deux terres de même niveau;
- soit dans des murs de support d'étagères de culture (ce sont généralement les plus petites).

Dans leur grande majorité, les cabanes sont en pierres calcaires provenant de l'épierrage des sols, mais une ou deux sont en pierres de tuf.

La forme extérieure de la cabane a souvent peu de rapport avec sa forme intérieure et, fréquemment, une construction en prisme droit extérieurement, renferme un abri circulaire. Il n'y a guère qu'une douzaine de cabanes qui ont des dimensions importantes, c'est-à-dire mesurant environ 5 m de hauteur pour une superficie de base supérieure à 10 m2.

La proximité des cabanes avec des cultures actuelles ou abandonnées indique qu'elles ont été ou sont encore des abris d'occasion pour l'agriculteur, pour ses outils, pour ses produits (fumier, engrais, poudres, piquets, ficelles, etc.).

Source : Albert Reynes, Les "capitelles" de la commune de Soubès (Hérault), dans L'architecture vernaculaire, suppl. No 3, 1983, pp. 112-113.

21 - LE PLATEAU DE L'AUVERNE (HÉRAULT) :
LES CONSTRUCTIONS EN PIERRE SÈCHE

Bordé au sud par le lac artificiel du Salagou et au nord par la vallée de la Lergue, le plateau de l'Auverne, dans le département de l'Hérault, présente un ancien maillage lithique (mursde parcelles, terrasses de culture, cabanes en pierres sèches, etc.) plus ou moins à l'abandon, à l'exception de quelques champs de céréales et vignes. S'il abrite une capitelle fort connue, celle dite du Mas Audran, il recèle tout un ensemble anonyme de bâtiments construits en basalte recensés par M. Jean-Pol Nicol.

Ce sont en tout une quarantaine de constructions que l'auteur a inventoriées sur un terrain couvrant 350 hectares. La typologie proposée distingue :

- les capitelles (cabanes non-incluses, voûtées par encorbellement, à usage supposé de grenier provisoire);

- les cabanes rectangulaires (cabanes non voûtées, à usage supposé d'écurie ou d'abri à charrette);

- les "abris" (guérites incluses dans des murailles);

- les "enclos" (c'est-à-dire des abris sans couverture);

- les "fauteuils de berger" (c'est-à-dire des niches murales);

- les "puits-capitelles".

A plusieurs reprises, l'auteur note la présence de "mares" à proximité de constructions : ne s'agirait-il pas des creux où auraient été retirées les pierres de la construction ? Il est aussi impressionné par la quantité (une vingtaine) de "fauteuils de berger", dont certains distants entre eux de quelques mètres seulement : l'hypothèse d'anciens ruchers en pierre sèche comme ceux observés en Provence ne serait-elle pas plus plausible ?

© CERAV

Lieu dit Mas Audran à Lacoste : grande cabane à degrés

A propos des capitelles "à redans successifs" rencontrées sur le plateau, M. Nicol note très justement que ces degrés servaient d'échafaudages extérieurs permettant au bâtisseur de limiter les efforts de levage des pierres : "La hauteur des redans, qui varie de 50 à 80 cm suivant la taille des capitelles, correspond à la position d'une pierre portée à bout de bras (de l'ordre de 20 à 80 kg) pour un homme debout de taille moyenne. Cela lui permet de travailler avec ses jambes et ses reins et évite de porter l'effort sur ses bras" (p. 16).

Source : Jean-Pol Nicol, Le plateau de l’auverne (Hérault). Constructions en pierre sèche : cabanes, capitelles, fauteuils de bergers, enclos et murs, polycopié, l’auteur, 1992, 48 p.

22 - LE HAUT VICDESSOS (ARIÈGE) :
LES CABANES D'ORRIS

Contrairement à ce qu'on peut trouver écrit ici ou là, le terme orri désignait en Ariège une réalité non pas architecturale mais spatiale : il s'appliquait uniquement au site d'habitation et d'exploitation pastorale lors des estives de juin à septembre. "Faire orri" signifiait non pas construire une cabane en pierre sèche mais faire fonctionner les installations déjà existantes de traite des brebis et de fabrication de fromages dans les quartiers d'estive (la jasse).

La vie dans les orris ariégeois au 19e siècle a été décrite par divers auteurs (Joseph Dangerma; Claude Rivals; Jean Besset et al), en prenant comme exemple le haut Vicdessos en pays de Foix.

Pendant qu'une partie de la famille s'activait dans les vallées aux travaux des champs et des prés, un ou deux membres "montaient à l'orri" , c'est-à-dire aux estives, pour y surveiller les bêtes, ovins ou bovins. L'orri englobait tout un ensemble de petits bâtiments ou dispositifs : la cabana, le masuc, le cabanat, la marga, le parec.

La cabana ou cabane des bergers  était un édifice voûté par encorbellement, de 3,50 m de long sur 2,50 m de large en moyenne et d'au moins 2 m de haut, recouvert d'une bonne épaisseur de terre engazonnée ou girbage et doté d'un long couloir d'entrée servant de sas, avec pour toute cheminée, un trou dans la paroi. Seule la porte était en bois, du moins dans les temps les plus récents. Pas de table, les genoux en tenant lieu. Comme sièges, un quartier de roc ou un banquet en bois. Un bat-flanc en lauses, ou jas, recouvert de paille, de bruyère ou de genêt, pour tout lit. Un coffre pour les provisions. Des finestroles, ou niches, pour le rangement des menus objets. Dans un coin, les ustensiles pour la fabrication du fromage. A côté de l'entrée, la niche du chien affecté à la garde comme à la défense.

Le masuc, formé d'un conduit menant à une salle souterraine haute en moyenne de 1,20 m, n'était rien d'autre qu'une cave où, sur des étagères, mûrissaient les fromages. Il était parfois intégré à la cabane des hommes. Son lieu d'implantation, son orientation et son matériau étaient choisis avec soin.

Le cabanat était un grand abri pour les bêtes malades ou prêtes à mettre bas ou encore pour l'âne.

Le parec, ou parré, était un enclos de murs en pierre sèche servant à protéger les bêtes des loups la nuit ou à les rassembler en vue des soins ou de la traite.

Une marga, ou margue, couloir plus ou moins long, d'un mètre de largeur environ, servait à serrer les brebis en vue de la traite, facilitant ainsi la tâche du trayeur, lequel se tenait à l'extrémité la plus étroite et la plus fraîche, souvent à l'ombre d'un rocher. La margue étatit parfois semi-souterraine, voire souterraine, et se terminait alors dans le cabanat.

A ces cinq bâtiments fondamentaux s'ajoutaient :
- la soue, pen ou parson del porc, où l'on enfermait chaque soir les cochons, nourris avec le petit lait;
- les poulaillers, abris rudimentaires intégrés aux murs des bâtiments et munis de perchoirs;
- le canal d'amenée d'eau, besau ou canaleta, conduisant l'eau à l'orri.

La construction de tous ces ouvrages nécessitait l'emploi de divers outils : bêche, barre à mine, levier, masse, chèvre ou palan. Certains bergers, les peïriés, étaient même spécialisés dans la construction des orris. Les pierres étaient prélevées dans les éboulis proches.

Le partage des estives, la distribution spatiale des orris, relevaient d'ententes tacites.

Il existait des groupements de plusieurs orris appartenant à diverses familles.

Aujourd'hui, les bergers "ne font plus l'orri" et les sites d'estive sont à l'abandon depuis 1965.

© Guy Oliver

A défaut de cabane ariégoise, une cabane des Hautes-Pyrénées. On notera la grande dalle qui servait à clore l'entrée  (collection Guy Oliver)

Sources :

- Joseph Dangerma, Il était une chapelle ... au fond d'une vallée, impr. Gadust-Steffan, Foix, 1979, en part. pp. 11-16 et 104-106 (photos);

- Claude Rivals, volume Midi toulousain et pyrénéen du Corpus de l'architecture rurale française, Berger-Levrault, 1979, en part. chap. 6 (L'habitat pastoral de haute montagne), pp. 102-104;

- Jean Besset, Patrice Castel, Olivier Sanchez, Les orris du haut-Vicdessos [Ariège], dans L'architecture vernaculaire en pierre sèche du Midi de la France : unité, diversité, prospective, Actes du colloque d'Auzat et Suc-et-Sentenac des 12 et 13 juin 1999, Fédération méridionale de la pierre sèche, s. l., 2000, pp. 3-15.

- Yves Gruet, Les orris du Vicdessos (Ariège) en moyenne et haute montagne : l'environnement, la structure et le fonctionnement de ces habitats de pierre, communication au 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques (Terres et hommes du Sud), Toulouse, 2001, résumé à ttp://www.cths.fr/4DACTION/www_Con_Communic/75.

23 - LE NEBBIO (HAUTE-CORSE) : 
LES PAGLIADDIU OU PAILLERS

Les pagli