CABANE AU LIEU DIT LA LIBROTTE À BLAUZAC (GARD)

Texte de Christian Lassure, photo de Dominique Repérant


© Dominique Repérant

« Le château » est le surnom humoristique récemment donné à une ancienne habitation entièrement en pierre sèche se trouvant au lieu dit La Librotte sur la commune de Blauzac.

Construit en grès calcareux d’extraction locale, cet ensemble remarquable évoque effectivement deux tours encadrant un pan de courtine. Il regroupe, de gauche à droite :
- une cabane de plan carré, en forme de tour plus étroite au sommet qu’à la base et terminée par une sorte de pavillon surbaissé, avec intérieurement une cheminée d’angle et un étage avec plancher et fenestron;
- un local intermédiaire, constitué d’un mur de façade rectiligne contre lequel vient buter, à l’arrière, un tiers de voûte en berceau;
- une cabane de plan circulaire, en forme de cône rectiligne tronqué.

Une cour fermée par un mur bas, est aménagée sur le devant de l’ensemble, ainsi qu’un petit enclos à droite. Une petite mare est creusée à l’extérieur, devant l’entrée.

Les queues de poire dont sont affublées, en guise d’épis, les deux bâtisses, sont un ajout pittoresque des restaurateurs de la fin du 20e siècle.

Des sondages opérés dans la cabane circulaire ont donné des tessons glaçurés attribuables au 18e siècle ou au début du 19e. Les fouilles effectuées dans la cabane carrée ont livré de la poterie jaune-clair de la deuxième moitié du 19e siècle ou du début du 20e. La cabane carrée serait donc postérieure à la cabane ronde.

Sachant, d’après l’étude des cadastres, que la parcelle d’inclusion était en vigne au début du 19e siècle puis en oliviers un siècle plus tard et regroupée avec les quatre parcelles voisines, on peut échafauder la chronologie suivante :
- deuxième moitié du 18e - début du 19e : édification d’une cabane circulaire à usage purement viticole (d’où les pierres à aiguiser mises au jour);
- deuxième moitié du 19e siècle - début du 20e : adjonction de la cabane carrée à usage d’habitation ainsi que du local intermédiaire et création d’une fermette avec moutons et pâture, enclos, mini-mare, vergers et oliviers, puits.

Selon la tradition orale, les derniers occupants des lieux auraient été, au moment de la première guerre mondiale, un ménage d’ouvriers agricoles travaillant pour le compte d’un écclésiastique local. On est loin de la vie de « château », en fait à l’extrême opposé, tout en bas de l’échelle sociale.

Sources :
- Albert Ratz, Sondage dans une habitation en pierre sèche à La Librotte, commune de Blauzac (Gard), en 1995, dans Pierre Sèche, La lettre du CERAV, bulletin de liaison No 9, septembre 1997, pp. 42-45;
- Christiane Chabert, Dans une colline de l’Uzège, à Blauzac (Gard) : les aménagements pour la mise en culture du parcellaire; essai de datation, dans L’architecture vernaculaire, t. 23, 1999, pp. 7-20, en part. pp. 18-20.


© Christian Lassure

Le 26 septembre 2005 / September 26th, 2005

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